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N°42-Spécial
Crises alimentaires et stratégies de survie dans l’espace Soꬼey-zarma de 1973 à 1985
Résumé
Les années 1970 marquent un tournant essentiel dans la vie des communautés sur les questions relatives aux crises alimentaires au Sahel et singulièrement dans l’espace soꬼey-zarma. Cet espace, en dépit de ses multiples ressources, fait l’objet de crises alimentaires qui constituent un grave problème d’insécurité et une menace constante fragilisant la cohésion communautaire. La problématique de survie apparait de toute évidence dans ce contexte, comme un enjeu sinon un défi majeur pour les communautés de cet espace. Ce texte à travers une recherche de type rétrospective des crises alimentaires des années 1973-1985 tente de cerner les stratégies mises en place pour la survie des populations dans l’effort d’atténuation des crises d’où l’intérêt qu’il suscite. L’approche amène ainsi à s’intéresser aux méthodes d’atténuation des crises alimentaires et à analyser les impacts humanitaires à caractère d’urgence.
Abstract
The 1970s constituted an essential turning point in the life of communities on issues relating to food crises in the Sahel and particularly in the zarma-songoy area. This space, despite its multiple resources, is subject to food crises which constitute a serious problem of insecurity and a constant threat weakening community cohesion. The issue of survival clearly appears in this context, as an issue if not a major challenge for the communities in this space. This text, through a retrospective analysis of the food crises of years 1973-1985, attempts to identify the strategies put in place for the survival of population in the effort to mitigate the crises. The approach thus leads to an interest in methods of mitigating food crises and to analyzing the humanitarian impacts of an emergency nature.
Table des matières
Texte intégral
pp. 366-381
Introduction
1L’espace soꬼey-zarma, qui correspond à l’empire soꬼey à son apogée est une zone dotée d’intenses activités agricoles faisant face à des multiples récessions économiques qui se traduisent par l’insécurité alimentaire. En effet, cette insécurité se traduit par des famines depuis des décennies conduisant aux pertes en vies humaines et animales.
2L’empire soꬼey est un Etat précolonial d'Afrique de l’Ouest se développant entre 1464 et 1591. Cet empire prend sa racine de Gao et obtient sa liberté de l’empire du Mali sous la dynastie de Sonni Ali Ber. Dans le cadre de cette étude, les crises alimentaires et stratégies de survies sont cadrées dans l’espace ayant abrité l’empire soꬼey dont une partie représente la région de tillaberi.
3Au-delà du Niger, cette région connait depuis la période coloniale des grandes phases de sécheresses et de crises alimentaires. Ainsi, les années 1901-1903,1913-1914 et 1931-1932 ont été des années de crises alimentaires aggravées par l’extraversion du mode de production paysanne et la dégradation des conditions climatiques. Cette situation s’explique par le fait qu’au Niger la principale activité qui est l’agriculture (production du mil et du sorgho…) est pratiquée dans des conditions extrêmement difficiles. Ces différentes techniques sont archaïques, car les sols sont pauvres, la pluviométrie est insuffisante, irrégulière, et mal répartie dans le temps et dans l’espace. Ensuite, on note l’avancée du désert et les attaques des ennemis de culture tels que (les criquets, les rongeurs, les oiseaux granivores, les chenilles, etc.).
4 Les déficits agricoles exposent les populations soꬼey-zarma à des situations de crises alimentaires. Il faut noter que les phénomènes des crises alimentaires et les changements climatiques exposent ces populations à entreprendre des systèmes de modifications notamment les stratégies de survie sous plusieurs angles d’une responsabilité personnelle. Dans cette étude, les questions qui se posent sont : quelles sont les origines et conséquences des crises alimentaires dans l’espace soꬼey-zarma à partir de 1973 et 1985 ? Quelles sont les solutions prises par les autorités nationales pour faire face à ces crises alimentaires ? Quelles sont les stratégies adoptées par les populations soꬼey-zarma afin de juguler ces phénomènes catastrophiques ?
5 L’objectif de cette étude est de situer les crises alimentaires auxquelles les populations soꬼey-zarma font face au cours des années 1973-1985.
6Ainsi, pour enrichir cette analyse nous avons adopté une méthodologie de nature qualitative qui a permis d’approfondir l’état des connaissances scientifiques sur la question étudiée, puis le travail de terrain, qui vient d’une part compléter les informations et d’autre part relancer des nouveaux axes de recherche.
Les crises alimentaires de 1973-1974 et de 1984-1985
7 Les années 70-80 ont principalement marquées la mémoire des populations soꬼey-zarma suite aux crises alimentaires majeures de 1973-1974 et celle de 1984-1985.
La crise alimentaire de 1973-1974
8 La crise alimentaire de 1973-1974 se particularise par une pénurie de ressources alimentaires généralisées, liée à plusieurs facteurs défavorables, car elle résulte d’une situation d’insécurité alimentaire conjoncturelle ou chronique.
Les causes
9Cette crise alimentaire résulte de la sécheresse qui avait commencé à se manifester à travers tout le Sahel à la fin des années 60. En effet, cette sécheresse est liée à l’insuffisance de la pluviométrie et surtout aux invasions acridiennes. Á côté des causes naturelles se dressent des causes anthropiques.
10 L’homme dans le processus de satisfaction de ses besoins, a toujours été un agent destructeur de l’environnement. Pour ce qui concerne la crise alimentaire de 1973 à 1974 au Niger, l’homme a constitué un mobile incontestable à travers : le déboisement, le feu de brousse, les systèmes de production peu performants, la forte pression démographique, la vulnérabilité et la pauvreté structurelle, la réduction ou l’absence des réseaux d’entraide et de solidarité, les politiques et stratégies alimentaires inadaptées. Comme l’a si bien dit Alpha Gado :
Les causes de cette crise sont caractérisées par une intensification des causes humaines qui engendrent une modification du couvert végétal, notamment les déboisements massifs des régions tropicales et l’exploitation abusive de bois de chauffe dans la grande métropole africaine. (Alpha Gado, 198 : 370).
Ainsi, les conséquences de cette crise sont nombreuses.
Les conséquences
11Les conséquences de la crise de 1973-1974 sont principalement d’ordre démographique et politique
12 L’invasion acridienne liée aux criquets sénégalais de 1973-1974 a occasionnée des pertes en vies humaines. Selon notre informateur Monsieur Marou Ayouba : les chiffres sur le nombre des morts provoquées par cette crise alimentaire ne peuvent pas être fournis mais, ils ont concerné les habitants d’une grande partie de l’ouest du Niger.1 Á l’état actuel de nos connaissances, nous ne disposons pas des données statistiques sur les pertes en vies humaines. Aussi, la crise entraina l’exode de population rurale vers les centres urbains attirée par la distribution de vivre par l’OPVN. Enfin, s’ajoute les maladies accentuant le taux de mortalités infantiles.
13 Les difficultés essentiellement économiques et sociales, mises au grand jour par la crise alimentaire de 1973-1974 ont conduit à la prise du pouvoir du CMS à la tête duquel se trouve le lieutenant-colonel Seyni Kountché. Ce coup d’État du 15 avril 1975 surnommé « putsch de la sécheresse » fait l’objet des réponses urgentes causées par les crises alimentaires aux personnes vulnérables.
14Selon Mallam Issa M :
« c’est l’un des coups d’Etat [le] plus sanglant connu en Afrique. » (Malam I, 2008 : 127). Les auteurs du coup d’État évoquent l’incapacité du régime à juguler la crise alimentaire. Un autre élément non négligeable qui a gangréné l’époque de cette crise alimentaire est la corruption à outrance au sein de l’administration au point où les donateurs extérieurs se sont mis à investiguer afin de s’enquérir de la direction que prend l’aide alimentaire destinée aux populations nécessiteuses. Ce qui témoigne une incapacité notoire du régime antérieur (Malam I, 2008 : 131).
La crise alimentaire de 1984-1985
15Dix ans après la grande famine de 1973-1974 la population soꬼey-zarma sombra dans un autre déficit alimentaire au cours de la période de 1984-1985. Cette crise est liée à plusieurs facteurs.
Les causes
16Elles sont à la fois naturelles et humaines.
17Les causes naturelles de la crise alimentaire de 1984-1985 sont liées aux sécheresses successives de 1968 à 1985. En effet,
La grande sécheresse consécutive à la détérioration des conditions climatiques a plongé le pays dans un autre déficit alimentaire comparable à celui de 1973-1974. Les paysans nigériens, qui n'ont jamais pu retrouver une situation d'équilibre alimentaire durable, vont être confrontés à nouveau à une autre grande crise. Suite à la situation alimentaire critique de 1984-1985, les besoins d'aide alimentaires ont été estimés à 410 000 tonnes, en plus des importations commerciales de 125 000 tonnes. (Aïssatou et al, 2006 : 7)
18 Notons également que cette famine a été occasionnée par un environnement physique défavorable, la sècheresse répétitive, l’action des ennemis des cultures et enfin, le déficit pluviométrique. Une information tirée dans le journal SEEDA montre que :
En 1983 la majorité des stations pluviométriques du Sahel ont enregistré des déficits pluviométriques jamais enregistrés auparavant. Ainsi pour la première fois dans la mémoire des nigériens, la traversée du fleuve Niger aux environs du grand hôtel à Niamey s’est effectuée à pied. (SEEDA, 2014 : 10).
19 En ce qui concerne la famine de 1984-1985, elle a les mêmes mobiles humains que celle des années 70. Il s’agit entre autres : le déboisement, le feu de brousse, ce qui rend l’environnement physique défavorable ; les systèmes de production peu performants. La forte pression démographique a non seulement réduit les terres cultivables et la pauvreté mais aussi, a occasionné la réduction ou l’absence des réseaux d’entraide et de solidarité ; les politiques et stratégies alimentaires inadaptées. « Dans un pays où plus de 63 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et 34% en dessous du seuil d’extrême pauvreté, l’accessibilité économique pose le problème de capacité d’ajustement des ménages face à une crise alimentaire » (CPM/ CCA, 2003 : 29).
Les conséquences
20Cette famine fut la plus catastrophique de l’histoire du Niger, particulièrement ancrée à la mémoire des communautés soꬼey-zarma car elle a occasionné beaucoup de pertes en vies humaines et animales. Selon notre informateur monsieur Moussa Idrissa :
La famine de 1984-1985 était à la base des pertes énormes en vies humaines et animales. Tellement la population était éprouvée, elle était obligée de creuser les termitières pour se procurer des céréales et creuser dans le sol afin de résorber la faim accumulée des jours durant. Je vous informe aussi que, cette calamité a causé beaucoup des pertes en vie humaines surtout chez les enfants. Les invasions acridiennes ont occasionné la destruction de la production agricole.2
21Il y’a également une migration massive des populations sinistrées pour se diriger vers les pays voisins.
22Selon Grégoire Emmanuel :
« Dans le domaine de l’élevage, qui a eu également des graves incidences figurent parmi les principales victimes de ces années de disettes, leurs troupeaux ayant été en grande partie décimés ». (Grégoire E. 1990 : 19). Cela raisonne combien de fois le degré de perte de pouvoir économique des paysans est lié à cette famine. Face à ces crises, des solutions ont été proposées afin d’atténuer les souffrances des populations.
Les stratégies d’atténuation et de survies
Les solutions de l’autorité politique
23Pour soutenir les populations soꬼey-zarma face aux crises alimentaires, les autorités nationales d’antan ont créé un organisme public répondant aux souffrances alimentaires notamment l’Office des Produits Viviers du Niger (OPVN). Ces solutions sont de deux types à savoir l’aide alimentaire et la vente des produits céréaliers à prix modéré.
L’aide alimentaire des années 1973-1985
24La création de l’OPVN par la loi n°70 du 17 Août 1970 a permis de juguler les effets de la crise alimentaire. L’aide aux populations nécessiteuses est non seulement une stratégie adoptée par les autorités nigériennes afin de lutter contre les crises alimentaires mais aussi, un moyen d’assurer à terme l’autosuffisance alimentaire dans les pays sahéliens en général et au Niger en particulier. En effet, à partir des années 1973-1975, en raison des déficits alimentaires que traverse le Niger depuis quelques siècles, la mise en jeu de la stratégie d’aide alimentaire occupe une place centrale dans la politique nationale de sécurité alimentaire. L’Etat évalue les besoins alimentaires, mobilise les moyens nécessaires et organise la distribution des aides alimentaires d’urgences. Cela explique évidemment une importante série de fonction à laquelle il faudra renforcer l’aptitude de procéder à la planification d’urgence de la répartition des vivres. La sécurité alimentaire fut l’une des raisons pour lesquelles la politique de l’autosuffisance alimentaire a été mise en place pour répondre aux urgences des crises alimentaires à la fois structurelles et conjoncturelles.
25Les interviews accordées aux personnes enquêtées témoignent l’intervention de l’office de l’OPVN au cours de la crise alimentaire des années 1984-1985. Il s’agit à titre illustratif des propos d’aide alimentaire de cette époque a marqué la mémoire des populations. Selon Monsieur Morou Ayouba, une victime de cette crise :
L’année 1984-1985, fut celle qui a été meilleure en matière d’aide alimentaire malgré la famine nous n’avons pas eu des souffrances majeures comme celle de 1954 causée par les aléas climatiques qui ont conduit des paysans à consommer la farine de manioc. Par contre, au temps du régime de Seyni Kountché nous avons eu plusieurs formes d’aides alimentaires caractérisées par le mil, maïs, le sorgho,et même, les produits laitiers et des biscuits… ont été distribués aux pauvres3.
26Ces informations témoignent le rôle qu’avait joué l’OPVN pendant cette période de crise.
La vente à prix modéré des produits vivriers
27 Pour juguler les problèmes alimentaires, l’office effectue deux manières de ventes de ses céréales. Ces manières sont entre autres la vente en gros et ces celles sur les marchés. En effet, la vente en gros consiste à réserver les céréales aux personnes morales, aux grosses sociétés de la place, et aux collectivités publiques. Ensuite, la vente en détails qui se fait sur les marchés et ; est généralement différente de celle dans les magasins de l’OPVN suite à l’augmentation des produits vivriers. Les stratégies de vente par les commerçants ne font qu’appauvrir d’avantage les populations soꬼey-zarma surtout pendant la période de soudure que même les magasins de l’OPVN ne contiennent pas suffisamment des vivres. Pour cela Grégoire affirme que :
L’O.P.V. N éprouve maintes difficultés à concurrencer l’action de ces commerçants et à enrayer leurs manœuvres spéculatives comme ce fut le cas en 1981 où le prix de mil atteignit 25 000 francs après la saison sèche alors qu’il n’était que de 9 000 francs un an auparavant ; enfin les liens qu’ils ont eu à tisser avec les paysans au travers notamment de la pratique du crédit renforçant leurs positions sur les marchés. (Grégoire E, 1990 : 68).
28 Les séries de prix des céréales sur les marchés changent de temps en temps. Cependant, ces données ne sont jamais analysées ni contrôlées, elles servent au plus à établir une moyenne arithmétique annuelle du prix de chacun des produits. Aucune indication sur le volume de produits échangés, sur la variation du prix les jours du marché, ou d’un jour du marché à l’autre, ou sur la qualité du produit correspondant, n’accompagne ces relevés, de plus l’unité de volume utilisé pour mesurer les prix n’est pas toujours la même, c’est tantôt le kilogramme, tantôt la « tiya ». 4
29Il faut noter par conséquent, ce commerce se fait également dans un circuit privé où en dehors des stockeurs qui achètent des céréales à l’office pour les revendre sur les marchés dans les zones rurales, il y’a des « grossistes » qui cherchent à tisser des relations avec les commerçants des zones rurales généralement productives pour acheter et vendre ces produits en gros seulement dans des régions surtout les zones rurales, déficitaires. Il faut ajouter que ces grossîtes peuvent être des transporteurs des camions qui s’occupent des céréales lorsqu’il s’agit des dons ou d’une capacité de transport disponible. Toutes ces contributions des autorités étatiques n’ont pas permis de résoudre les problèmes alimentaires et pour cette raison les populations soꬼey-zarma ont prises leurs engagements d’une manière à autres afin de subvenir à leurs besoins alimentaires.
Les stratégies d’atténuation préconisées par les populations
30Elles regroupent toutes les initiatives prises individuellement par les populations en vue d’atténuer les crises. Ces stratégies vont de l’adaptation à la survie. Le concept d’adaptation est généralement utilisé pour désigner une stratégie paysanne à long terme afin d’atténuer les variations climatiques à travers le système de la productivité agricole. Cette méthode a pour objectif de changer d’une façon individuelle ou collective des initiatives pour résoudre les famines. Alpha G explique que :
Les stratégies d’adaptation impliquent une dynamique du changement ou d’adaptation des nouvelles techniques de production. En pays zarma-songhay, l’expression Kambe bareyan (boboye) ou kambe-baraw (zarmaganda) qui veut dire « changer de main » c’est-à-dire : « changer de façon de faire. » (Alpha Gado, 2010 : 115).
31Cette expression montre que pendant la période de crise alimentaire, malgré les contributions des autorités nationales et les travaux personnels des zones sinistrées, la situation alimentaire ne fait que s’aggraver. Il faut donc entreprendre d’autres modifications pour subvenir aux besoins alimentaires. La stratégie de survie quant à elle ; est généralement utilisée pour désigner une méthode à court terme. Elle est liée à des situations avant une crise alimentaire et pendant la crise alimentaire. Il faut noter que selon Alpha Gado : « c’est une expression généralement utilisée pour désigner les crises alimentaires de la production vivrière consécutive à des pénuries prolongées des biens de consommation courantes dans les sociétés paysannes ». (Alpha Gado, 2010 : 115). Pour ce qui est de la consommation de différentes feuilles des plantes et arbres est une forme de stratégie d’adaptation pour survivre aux crises alimentaires. Ces feuilles fréquemment consommées sont : le moringa, le choux, épiphyte (kasi, qui pousse sur les arbres), les oseilles (gissima), les feuilles de haricot et « fuubay », « youlayoula », des fruits produit aux alentours du fleuve : comme le bololi ou nénuphar (Nymphaca lotus). Alpha Gado nous cite tant d’autres comme :
Une des tubercules à tubercules non latin ou non identifié appelée matinga par les songhay-zarma est très toxique, la pelure de son tubercule brule la gorge qui dans beaucoup de cas s’enfle jusqu’à la mort. Ce sont généralement des feuilles, des fruits, et des tubercules à deux types de nénumphar qui sont journalièrement consommés. Cest la variété des nénuphars qui présente des pompes comestibles que les songhay appellent dundu. (Alpha Gado, 2010 : 143).
32En ce qui concerne une autre forme d’atténuation des crises alimentaire que les soꬼey-zarma connaissent depuis longtemps, est la stratégie de prévoyance ou « Bon-battu ». Elle est l’une des méthodes utilisées par la population afin d’atténuer les effets de crises alimentaires sévères. Ces pratiques existent depuis la période précoloniale, et jouent toujours un rôle crucial.
Dans tous les cas il s’agit d’une réserve spéciale, qui n’est jamais touchée même en période de soudure. Le paysan sait que le mil en épi « suna » peut être renouvelée ; le contenu de la dimension du grenier de réserve « barma bébé » dépendait généralement de la productivité ou de la dimension de la famille. Dans certaines grandes familles, la réserve atteignait deux ou trois greniers en période de bonne récolte. C’est seulement au cours des crises alimentaires très aiguës et généralisées qu’on touchait ces greniers. (Alpha Gado, s d : 49).
33Figure 1 et 2 : Greniers de réserves ou institution de prévoyance

Images prises le 11 juillet 2025 à zeyban fiti (zone de Tillabéry)
34 Ces images de modèles différents représentent l’une des meilleures stratégies d’atténuation des peuples soꬼey-zarma. Ces greniers traditionnels sont utilisés pour le stockage des produits vivriers pour la consommation pendant une crise alimentaire sévère. Il faut noter que pour chaque grenier de réserve contient au moins 500 ou 250 bottes des céréales notamment le mil, le sorgho, et le maïs qui sont stockés pour la plupart des populations désirant les conserver afin de se résilier pendant les périodes surtout de soudure.
35Dans le souci de préserver les greniers de reserves et les champs, la stratégie avant la crise ou méthodes de lutte antiacridienne, elle est utilisée pour lutter contre les ennemis de cultures et les criquets qui ravagent toute une bonne partie des mils pendant la culture vivrière. De tout temps, chaque personnalité trouve des moyens pour lutter contre les invasions acridiennes, comme consommation de ces criquets qui a été découvert en période de crise alimentaire (1930-1933). Relativement à l’utilisation (des feuilles et fruits) des arbres et plantes sauvages a été découvert en période de crises alimentaires très aiguës par les populations soꬼey-zarma. Parmi ces plantes nous avons comme exemple le baobab. Il offre nombreux bienfaits pour la santé à savoir l’énergie pour le cerveau, les reines, le foi … ; ses fruits contiennent également une source d’énergie durable grâce à sa teneur en glucides naturels. Ils sont communément appelés « pain de singe » et peuvent être mangés crus tout comme sa transformation en jus naturel pour la commercialisation surtout, il faut noter que ces feuilles peuvent être mangées crues et après la cuisson. Alpha Gado explique que :
De tous les arbres utiles auxquels les populations ont recours en période de famine, le baobab occupe une place de choix. (…) Les fruits et les feuilles sont consommés (…) en cas de famine, leur cueillette revêt une tout autre importance. Les populations préparent de véritables repas avec de l’amande du fruit qui est, soit mélangée avec du lait ou de l’eau, soit mélangée à du son de mil. Ces graines de l’amande peuvent être également broyées sur des meules de pierres. (Alpha Gado, 2010 : 140).
36Figure n° 3 et 4: Le baobab

internet, consulter le 11juillet 2025
Ces deux images représentent la plante et les fruits du baobab.
37 Par apport à une autre forme de stratégie, le fonio sauvage ou « gansi », une plante qui a été découverte pendant les famines, contient une des principales graines de céréales très mineurs et ancienne récoltée par les populations. Elle est reconnue pour sa valeur nutritionnelle avec des nombreux bienfaits à travers notamment des sources de protéines végétales, des fibres, des vitamines du groupe B et des minéraux essentiels.
38Figure n°6 : Le fonio

internet, consulté le 15 juillet 2025
39 Ces photos présentent le fonio avant et après le pilage. L’extraction de ces graines est très difficile sauf pour les gens qui le cultivent en sachant comment enlever les pépins.
40Les crises alimentaires très aiguë conduisent les populations soꬼey-zarma à consommer les graines d’un arbre très amères pour sauver leurs vies. Communément appelé « Anza » ou boscia senegalensis est généralement cultivé pendant les périodes de famines. Ses feuilles, graines, racines sont exploitées pour leurs propriétés médicinales et alimentaires
41Figure n°7 : Le boscia senegalensis

Internet, consulté le 15 juillet 2025.
42Ces images présentent l’arbre et fruits du boscia senegalensis ou anza. Les recherches scientifiques montrent que cet arbre à plusieurs facettes avec son importance variée à l’amélioration de vertus traditionnelles.
43Quant à la mise en gage ou « tolme », une des stratégies individuelles adoptée pour la satisfaction alimentaire, elle se pratique d’une manière à donner des champs des cultures ou des animaux et même des enfants sous forme de prêt pour obtenir de vivres auprès des personnes qui en disposent afin de juguler la crise alimentaire. Les phénomènes des crises alimentaires perpétuelles, les inondations, l’insécurité, les invasions acridiennes, et la mauvaise production agricole créent toujours du regret aux personnes victimes d’abandonner temporairement ou définitivement leurs résidences pour des zones agricoles ou commerciales plus favorables. Cette migration constitue toujours pour les populations soit un désarroi ou un succès car, ces dernières ses dirigent vers les zones urbaines comme à Niamey et les autres pays voisins notamment (Ghana, Lybie, côte d’Ivoire, Lomé, Nigeria, Bénin...). Elle contribue aux conséquences significatives sur les zones de départ et d’arrivée car elle entraine des transformations démographiques, économiques et sociales, y compris les changements des modes de vie familiales. Le départ des jeunes provoque une diminution des paysans actifs et un vieillissement de ceux restés sur place tout en affectant l’abondant des terres agricoles, une diminution des mains d’œuvre avec des conséquences majeures des crises alimentaires. Pour le petit commerce et la vente des ressources conjugales, une vente de condiments ou articles de ménage qui se fait surtout chez les femmes. Cependant, ce commerce atténue les crises alimentaire car, très peu d’époux pensent à la famille après la migration. Il faut noter que plupart de ces femmes, se dirigent vers les zones urbaines pour les travaux de (ménages ou bonnes, la mendicité…). La prostitution, le banditisme armé, les vols des grains et de bétails ne sont absolument pas à négliger. Dans l’objectif d’atténuer les souffrances alimentaires, les réponses d’urgences à travers l’entraide et la solidarité jouent un rôle très important dans la société soꬼey-zarma car, de part à d’autres ces paysans trouvent toujours un moyen d’aider et contribuer aux souffrances des voisins ou des familles victimes des crises afin d’éviter la perte en vie humaine. « En cas des calamités, guerre, maladies, famines etc.. ; les villages ou les régions touchées se replient sur leurs voisins. Les populations hôtes acceptaient volontiers de partager leurs réserves avec les éprouvés ». (Alpha Gado, 2010 : 24). Ces propos se développent pendant une crise très aiguë suite à un degré d’incapacité alimentaire, les personnes de grande capacité distribuent à moitié leurs réserves pour secourir ces dernières. Toutefois, l’entraide et la solidarité continuent toujours à régner en grande échelle pour la cohésion sociale.
Conclusion
44 Les années 1973-1985 ont été celles de crise alimentaire cyclique (1973-1974) et (1984-1985). En effet, la crise alimentaire de 1973-1974 est liée aux grandes sécheresses et aux famines qu’avaient connu le Niger depuis 1969 et aux aléas climatiques. Après cette crise, le Niger connut en 1984 une autre crise alimentaire. Cette crise a mis au grand jour la vulnérabilité des paysans soꬼey-zarma. Pour juguler ces fléaux socio-économiques, les autorités n’ont ménagés aucun effort afin de satisfaire les populations en nourriture, en créant des organismes permanant qui jouent des rôles primordiaux face à l’insécurité alimentaire à travers la distribution gratuite et le commerce des vivres à prix modéré. Malgré ces stratégies de l’Etat, la situation se poursuit et les populations sont toujours victimes de famines. C’est dans cette optique que les peuples soꬼey-zarma ont entrepris à leur niveau, différentes méthodes pour juguler ces fléaux. Parmi ces stratégies de survie, les plus pratiques sont entre- autres : le stockage traditionnel ou grenier des resserves, la consommation des graines des arbres (Anza, gansi…), des fruits des plantes (bololi, garbey, pain de singe…) des feuilles des plantes et arbres (baobab, moringa, épiphyte, …), l’entraide et la solidarité, la salaria agricole ou koboukobou, le développement de la pisciculture et la migration.
Bibliographie
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ALPHA GADO Boureima., (1993), « Une histoire des famines au sahel, études des crises alimentaires (XIXème-XXème siècle) », Paris, l’Harmattan, 200 p.
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Notes
1 Entretien réalisé le 04 novembre 2022 à 13h.
2 Entretien réalisé à Tillabéry le 22 novembre 2022.
3 Entretien réalisé à Niamey le 04 novembre 2022 à 13h.
4 RAYMOND Audette., (1983), « stockage traditionnel des céréales vivriers en milieu paysan au Niger », Thèse de doctorat en science économique de l’Agriculture et de l’Alimentation, Université de Laval, 227 pages.