Mu Kara Sani
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N°42-Spécial

Dourhamane AYOUBA

L’usage du Hã dans les traditions soŋey

Article

Résumé

L’Afrique est la terre de prédilection des pratiques mystiques courantes. Dans l’univers traditionnel soŋey, l’homme est un être cosmique. C’est-à-dire que l’homme se trouve dans une connexion énergétique avec les forces de la nature. Partant, l’homme baigne dans un mouvement vibratoire subtil avec les forces de l’univers. Ainsi, le "Hã" est la relation métaphysique entre l’homme et le flux énergétique généré par l’univers. En ce sens que le Hâ constitue le catalyseur permettant la construction du devenir de l’homme en milieu soŋey. Au plus le Hã est une pratique bien connue dans l’occultisme traditionnel africain. Cette pratique vise le renforcement de l’aura, la vitalité et le pouvoir motivateur de la volonté de l’action humaine. Ainsi, le Hã ou la force vitale relève de la dimension ésotérique théorique et pratique. Toute chose permettant aux adeptes du Hã d’obtenir tout ce qu’ils désiraient auprès des forces naturelles et surnaturelles. Ce qui leur a permis d’avoir des pouvoirs de protection mystiques temporels considérables. C’est pourquoi le Hã est une demande formulé par celui qui désir accroitre son pouvoir d’influence sociale et politique. Au prix de multiples efforts et de sacrifices, le candidat au Hã peut accéder à la sphère du savoir à travers des formules secrètes d’invincibilité. En somme, le Hã assure une protection préventive, gage de succès dans les actions conquérantes voire de la préservation de l’identité culturelle séculaire. Ce qui permet au fortuné de pouvoir imposer sa volonté de puissance aux autres. Comment recentrer le Hã dans le processus de redynamisation de la manifestation du peuplement soŋey ? Le présent article a pour ambition d’étudier la place et l’importance du Hã chez les Soƞey-zarma-dendi à partir d’une approche analytique.

Abstract

Africa is the land of predilection for common mystical practices. In the traditional soŋey universe, man is a cosmic being. That is to say, man finds himself in an energetic connection with the forces of the nature. Though, man is immersed in a subtle vibratory movement of the universe. Hence, the "Hã" is the metaphysical relationship between man and the energetic flux of the universe. In the sense that the Hã constitutes a catalyze allowing the construction of the future of man in a Soƞey environment. In addition, Hã is a practice of secular African occultism, aimed at strengthening the aura, vitality and the motivating power of man’s will to act. Hã or vital force is of an obtain everything they desired from natural and supernatural forces. This has allowed them to have considerable temporal mystical powers of social and political influence. At the cost of multiple efforts and sacrifices, the candidate for Hã can access to the sphere of knowledge through secret formulas of invincibility. In short, Hã ensures preventive protection, a guarantee of success in conquering actions or even the preservation of secular cultural identity. This allows the fortunate person to be able to impose his will on others. How can the Hã be refocused in the process of revitalizing the manifestation of the Soƞey population? The present article aims to study the place and importance of the Hã among the Soƞey-Zarma- Dendi by using an analytical approach.

Texte intégral

pp. 206-223

Introduction

1Qualifié abusivement de magie noire ou de la sorcellerie par les profanes, le Hã relève de la dimension ésotérique des traditions soŋey. L’homme est un être aux esoins multiples. Parmi les besoins, les plus intenses qu’il désire satisfaire, figurent le sentiment de protection. Dans les traditions africaines, en général et en particulier soŋey, l’homme a recours au Hã pour se protéger des mauvais yeux, des mauvaises langues et autres attaques voire entités maléfiques. Ă cet effet, l’homme s’inscrit dans un mouvement vibratoire énergétique avec les forces et les éléments de la nature. Ainsi, l’homme est subtilement connecté au mouvement énergétique de l’univers. Ce qui lui permet de se procurer plus de pouvoir et de fortune. En ce sens que le Hã est la relation métaphysique entre l’homme et le flux énergétique généré par l’univers. Manifestement, le Hã assure à l’homme une protection, en béton armé, avec un code vibratoire supérieur et des moyens d’action en conséquence. Ainsi, la pratique du Hã fonctionne sur un double plan ésotérique (théorique et pratique) relevant d’un certain art. Il s'agit de renforcer les pouvoirs et les capacités d’action de l’homme visant à impacter positivement le vécu d’un peuple. En effet, l’univers traditionnel soŋey-zarma-Dendi est régit par un système d'équilibre de forces de la nature. Comment le Hã peut aider à la reconquête de la liberté et de l’identité d’un peuple, objet à des mutations profondes ?

2Ă l’ère de la redynamisation des valeurs traditionnelles, le recours à la pratique du Hã est d’une nécessité indispensable. A cet effet, il existe un lien subtil entre le Hã et les savoirs endogènes. Ce qui implique l’impact pragmatique du Hã dans la culture traditionnelle Soƞey. En plus de la nécessité d'un diagnostique préventif traditionnelle qui est le gossi. Étant donné que l’ancrage traditionnel du Hâ peut servir de perspectives de progrès et de prospérité dans la préservation l’identité Soŋey-Zarma-Dendi.

Apport ésotérique du Hã

3Généralement, les Africains perçoivent le monde dans une vision cosmique intégrant à la fois l'homme et les forces, dans une dynamique, d’un seul tenant. Pour Boubou Hama l’homme traditionnel africain est en relation directe avec les forces de la nature. Car l’homme est un être cosmique. Partant, il y’a plusieurs sources de pouvoirs qui renforcent la protection de l’homme. Parmi lesquelles, les" savoirs endogènes", comme émanation du culte des ancêtres et détenus par certains prêtres initiés Soƞey et autres érudits, en la matière. Il convient d’admettre avec le penseur britannique Francis Bacon que la connaissance, c’est le vrai pouvoir. Dans cette optique, le recours au Hã relève exclusivement du domaine de la connaissance herméneutique traditionnel soŋey. Il s'agit de l’application de la "connaissance directe" voire la science dans sa dimension mystique. Dans la cosmologie soŋey, le monde réel a deux dimensions à savoir : une exotérique et l’autre ésotérique. Mais c’est le second domaine qui nous occupe. S'agissant de l’évocation du culte des ancêtres en passant par le rôle dévolu aux prêtres et autres spécialistes traditionnels ayant la maitrise du verbe sacré. En ce sens que les savoirs endogènes peuvent-êtres réactualisés au besoin de l’homme par la puissance de la parole sacrée. De plus, l’utilisation optimale du potentiel énergétique culturel traditionnel, dont le Hã est l’héritage, qu’il convient de s'approprier absolument.

4Dans l’optique de la quête du pouvoir d’invincibilité voire le renforcement de la volonté de puissance mystique de l’homme africain. Donc, le recours au Hã est indispensable à tous. Ce qui se traduit par le concept de "Hã et tu sauras" . Selon la formulation de Farmo, l’expression suppose l’action de demander le secret au prés des gens mieux indiqués. Ă ton tour de pouvoir inscrire le sens de ton combat. Il s’agit d’une pratique courante dans l’occultisme traditionnel soŋey. C’est le moyen par lequel l’homme devient invulnérable à toute attaque mystique. Partant, le Hã renforce la protection de l’homme pour devenir plus puissant. Alors, le but visé par le Hã est d'activer le désir d’introduire une demande au prés des prêtres détenteurs du savoir endogène et occulte. Pour pouvoir mieux orienter les actions dans la vie sociale et autres.

5Métaphysiquement parlant, il est question de chercher le pouvoir d'action à travers la science occulte. Cette pratique vise à accroitre l’aura et l’influence sociale voire politique de l’homme comme finalité. Pour le soŋey authentiques, c’est une question de volonté de puissance voire de manifestation de soi. Dans des circonstances sécuritaires, il convient de renforcer son pouvoir sur fond des techniques endogènes. Parfois, la formation de l'enfant à l’adulte s'accompli dans l'éclat de la technique maîtrisée sur fond d’éthique. Le plus important, dans la bienveillance guidée par l’esprit de la famille ou du clan. C'est pourquoi les traditionalistes Africains sont plus solidaires sur le principe du partage des connaissances ordinaires que secrètes. Parant, plusieurs canaux sont disponibles, directement ou indirectement, en vue de construire le devenir historique d’un peuple. C'est ainsi que les savoirs endogènes relèvent de l’imprégnation des éléments et forces cosmiques par l’homme soŋey. En ce sens qu’on peut acquérir le pouvoir par la voie de l’héritage comme chez les Do. Notons que les Do sont les maitres des eaux et de tous ceux qui vivent dedans. Chez les soŋey, certains pouvoirs, en tant que connaissance spécifique s’acquièrent par héritage. Dans ce cas la science, un domaine de précision peut avoir une origine biologique ou spirituelle. À l'image des forgerons qui demeurent maîtres du feu et du fer. Ainsi, les forgerons ont la capacité d’ordonner au feu de ne pas chauffer le fer ou de le faire à volonté. Ce qui démontre le pouvoir mystique que détient le forgeron sur le feu et le fer. Somme toute deux forces de la nature terriblement puissantes. C’est un pouvoir héréditaire acquis par l’effort des ancêtres émérites.

6Par ailleurs, l’apprentissage au prés d’un maitre ou précepteur par l’initiation. Comme ce fut le cas du rapport entre Kotia et le grand maitre Bi. A ce sujet Boubou Hama (1971, p.117) écrit :

L’aspect occulte de la religion des soŋey, surtout basée sur la "foi", leur confiance en eux-mêmes, il y a la "science"(…) qui n’est pas due à l’intervention des esprits, mais qui est de l’expérience puisée dans la nature, auprès des grands maîtres de la pharmacopée africaine. A cette connaissance directe de la nature, sont associées, parfois, des formules magiques.

7Donc l'initiation permet à l’homme d'acquérir le pouvoir au moyen du Hã et ses principes reactifs. Ainsi, le Hã offre la forte personnalité, l'esprit coriace et perspicace permettant d’accomplir sa mission protectrice. Dans cette optique la foi et la confiance en soi sont les socles tangibles de la spiritualité soŋey. Gage d'efficacité, de succès et de pragmatisme visé par le Hã et de satisfaction tout azimut. Cette étape marque le parachèvement de la formation spirituelle de l'apprenant.

8C’est pourquoi le soŋianké poursuit l’apprentissage du Hã dans la pratique de la vie courante. C'est pourquoi le recours au savoir endogène approfondi devient bénéfique. Pour Boubou, l’homme est pour nous une finalité. C’est-à-dire qu’il est au cœur de la vision cosmique du monde traditionnel Soƞey. Au plus, l’examen de cette conception forces rend compte des valeurs traditionnelles soŋey. Selon toujours notre auteur (1973, P.35-36) Il s’agit de gérer l’énergie-force sur un double plan matériel et immatériel :

La magie, telle que le sorcier la pratique, est une façon de communiquer avec les forces de la nature comme si elles étaient des présences intelligentes et agissantes, comme si elles possédaient une volonté qui doit être amadouée ou contrecarrée. Lorsqu’il conjure, devine ou jette un sort, le sorcier s’adresse à une personne en guettant ses réactions et en tenant compte de son humeur mais aussi de la dignité. Pour le sorcier, le monde est un lieu grouillant de personnalités invisibles et puissantes, ayant leurs propres objectifs, parfois mystérieuses comme ceux d’une personne. Le sorcier est en rapport étroit avec ces présences auxquelles il s’adresse. Il leur parle directement pour les conjurer ou les rendre favorables.

9Autrement dit, l’usage du Hã apparait pour le commun des mortels comme quelque chose de mystérieuse. En réalité, c’est le savoir des initiés qui font cette pratique par une connexion énergétique vibratoire. C'est-à-dire une tradition réservée à des gens ayant accès exclusivement à la science des soŋianké, conservateurs de l’occultisme soŋey. Notons que la technique des soŋianké émane d’un vieil esprit mu par la connaissance scientifique des "Sih ou Senu" devenue "Sonni" voire "Ci" dérivé de la Maât. Considérée comme la base de toute démarche scientifique depuis l’antiquité égyptienne. Ainsi, le savoir endogène soŋey est englué dans la Maât1. Autrement dit, c’est la question fondamentale résultante de toute démarche scientifique. Commeconceptionnt faire face à n’importe quelle situation. Ce qui implique la de la "sagesse africaine" sur fond de vérité, justice et la solidarité.

10C’est la raison pour laquelle les Soŋianké sont très avancés dans la maitrise de la culture endogène. Ă ce sujet Boubou Hama (1973, p.99) écrit : « Les sages soŋianké savaient, avec la parole créatrice, produire des forces qui obligeaient les esprits à se mettre à leur disposition; ils obtenaient d’eux tout ce qu’ils désiraient. C’est à partir de telles possibilités que des hommes se nourrirent du verbe créateur. » En ce sens que la sagesse traditionnelle soŋey-zarma-Dendi réside dans la maîtrise de la science des soŋianké sur fond de pouvoir redoutable. Les détenteurs de tels pouvoirs mus d’humanisme sont des soŋianké, en plus d'être des sonni. Ces derniers ont la vocation de protéger les autres membres de la communauté contre les forces maléfiques. C’est ainsi que le pouvoir des soŋianké a fait, tellement d’échos, à tel enseigne que le Pharaon de l'époque a fait appel aux services des prêtresses de Gounguia (ancienne capitale de l’empire Soƞey) face à Moïse.

11Pour mémoire Sonni Ali Ber qui fut un général d’armée accomplis, doublé de meneur d'hommes. Dans les guerres de conquête, toujours vainqueur et jamais vaincu. L’empereur soŋey est un esprit rompu dans l’art du Hã et de la guerre. Il est devenu le bâtisseur de l’empire Soƞey. C’est un grand commandeur d’hommes, à la stratégie offensive basée sur la rapidité du mouvement de l’armée avec une puissance militaire foudroyante d’après Halidou Yacouba. De plus, l’empereur Sonni est un génie militaire mu par le Hã. Dont la vaillance résonne à travers ses conquêtes expansionnistes coloniales. En effet, Sonni Ali Ber est descendant du clan des "Ci" ou "Sih" devenu Sonni du clan des soŋianké détenteurs des pouvoirs mystiques considérables. D’où le symbole de l’invincibilité basé sur la bravoure militaire, l’esprit conquérant, la prospérité et la sécurité dans la conscience historique du peuple soŋey. Bien plus, les prouesses guerrières de l’empereur (18em Roi de la dynastie Sonni) s’explique par la maitrise du Hã.

12Analogiquement il convient d’admettre avec Tempels, que la base de la puissance de l’homme Bantou réside dans "la force vitale" provenant directement du double humain. Il s’agit d’acquérir plus de pouvoir, la force voire l’énergie génératrice de puissance mystique pour l’homme. Notons que le Hã renforce davantage le double, en tant que la substance vitale de l’homme. C’est la résultante des vibratoire des actions glorieuses sur fond de progrès matériel et spirituel. En effet, le Hã vise à garantir une protection solide voire un blindage mystique. La détention d’un tel pouvoir d’action est recherchée par les élites politiques (traditionnelles et modernes), civiles ou militaires et par certains hommes d’affaires. Bref, tout ce qui peut aider à renforcer ou de maintenir le pouvoir d’influence politique.

13A cet effet, il y a un besoin fort de renforcement du pouvoir, dans la quête de devenir plus puissant, en vue d’imposer sa volonté aux autres. Donc le vrai pouvoir réside dans le culte de la pratique du Hã, sur la base d’un travail laborieux, intense et constant. Il s’agit du développement de la personnalité avec un ancrage au savoir endogène et culturel. Au plus le Hã participe de la "bonne spiritualité africaine" assurant la liberté et la sécurité. Ce processus métaphysique apparait plus intéressant d’un point de vue didactique. En d’autres termes le Hã, dans la sphère du savoir endogène s’intègre et raffermis l’impact positif de l’action humaine. Par ailleurs, le double de l’homme participe également au renforcement du pouvoir mystique.

Le rapport entre le Hã et le Double

14Le rapport entre le double humain et le Hã est déterminant. Ainsi, dans la conception africaine traditionnelle, l’homme a une essence spirituelle dont le double, l’âme et les opérations de l’esprit entre autre. Bien plus, le double est le support virtuel de l’homme sur le plan spirituel. Partant, il convient de noter la présence du double physique et du double virtuel. Selon Boubou Hama, le double exprime dans la tradition soŋey, l’harmonie entre le corps physique, l’âme et l’esprit de l’être qu’il incarne. Pour reprendre l’expression de notre auteur (1969, P.143) :

De mon double primitif, je peux faire l’âme : une conscience ouverte sur l’univers, et de l’être en moi, une unité, mais encore, une entité distincte, une totalité consciente : objet dont la sphère de quelque coté qu’on la retourne, ramène toujours à Dieu, l’énergie des énergies à la source de la vie et de la matière.

15Autrement dit, le double symbolise la puissance mystique virtuelle de l’homme métaphysiquement parlant. En ce sens que le double canalise la lumière vitale produisant le flux énergétique émanant des forces de la nature ou de l’esprit évolué. Cette énergie spirituelle alimente à la fois l’âme et l’esprit fort de l’homme déterminant ainsi, la direction de son existence. Le double facilite l’orientation énergétique garantissant la protection de l'homme. À cet effet, le double permet à l’homme de vibrer au rythme de la puissance du Hã.

16Même si le double de l’homme semble être son ombre projetée sur une surface ou un écran. Ainsi, le double renvoi à l’image du sujet, qu’on peut voir au miroir ou sur la surface d’une eau calme. C’est aussi le reflet matériel de l’individu sur le plan astral. Cette conception du double indique que l’homme est soumis au phénomène comme objet à la vibration cosmique.

17Dans l’univers traditionnel soŋey tout est question de vibration. Selon les codes et le rapport avec les éléments et forces qui connectent l'homme a la nature. C'est ainsi que les propos de Jean Boulnois (1954, p.79) corrobore cette conception :

Le double n’est pas conçu comme d’une spiritualité pure : dans la mentalité Sonrai, une certaine "matérialité est attachée à la nature de ce double. Il a une forme, une couleur, une ressemblance physique et morale, à celle du corps qu’il quitte dans le rêve, celle qui réapparait avec la réincarnation chez le descendant et qu’il emporte donc outre-tombe, une matière éthérée, aérienne. C’est pourquoi les Sonrhaï comparent ce double à l’ombre qui pour eux est l’intermédiaire entre l’esprit, immatériel, et la matière.

18Pour les soŋey, le principe de la haute spiritualité chez l’hommeréside dans le double. Sur le plan astral ou mystique, le double représente le corps de la personne dans toutes ses dimensions. C’est pourquoi on parle souvent des gens ayant un double fort, puissant et coriace. Pour d’autres, le double peut être léger, faible et vulnérable tout dépend des facteurs psychologiques et des circonstances existentielles.

19Manifestement, la foi permet d’avoir la confiance en soi ce qui raffermis la pratique du Hã. Ainsi, le double connecte l’homme par ses intuitions, la raison et l'esprit à Dieu, lui insufflant la connaissance et autres avantages des lois de l’univers. Dans ces conditions, l’homme peut témoigner des avantages des forces de l’univers dans lequel il git. Toute fois, les forces en question peuvent êtres fastes ou néfastes. Ce qui implique que le double a la capacité de diriger l’énergie connectée aux lois cosmiques.

20Dans la vision du monde traditionnel soŋey, le double peut avoir une seconde existence corporelle, virtuelle subtilement mystique. Ă l’image du double puissant de Sonni Ali Ber témoigne de l’évocation de la "conscience historique" du peuple Soŋey. D’ailleurs, l’empereur-guerrier soŋey a toujours montré qu’il est un adepte du Hã. Donc, un fin praticien dialectique de la science occulte africaine. Le double de l’empereur Soŋey est profondément englué dans le syncrétisme spirituel. C'est-à-dire qu’il combine sa foi avec la science des soŋianké héritée des "Sih" ou "Ci" venant des ancêtres. Toute chose qui lui a permis de parvenir au sommet de la gloire, de l’envergure d’homme d’État illustre.

21Notons que le Hã a considérablement renforcé le double et sous-tendu par la maitrise et l’art de la guerre par Sonni Ali Bero. C’est à dire que le Hã représente l’alpha et l’oméga du succès militaire, politique et religieux de l’empereur du soŋey médiéval. Durant son règne, les activités commerciales et les échanges florissants se font en toute liberté et sécurité avec d’autres contrées voisines. Le commerce transsaharien a connu un essor sans précédant et peut être sans second. C’est la raison pour laquelle le peuple soŋey revendique le retour d'un double comme celui de Sonni, en tant que libérateur. Dans un contexte sécuritaire, à l’image du terrorisme qui sévit dans les pays du Sahel. C'est le lieu de convoquer les ancêtres, afin d'implorer leurs bénédictions.

22Dans le même sillage, il convient d’évoquer le cas d’un autre double remarquablement puissant. Il s'agit du double d'un prince Boubou Ali Maiga alias Bonzey2 de Gao. Il fut un prince et petit fils d’Askia Daoud. Très imbu de la philosophie des Maiga sur fond de générosité légendaire. Il s’agit de la capacité de donner et d’aider les autres, surtout les plus déminus. Ce qui implique le pouvoir de commander et d’imposer sa volonté aux autres. C’est ainsi que Bonzey est devenu un rempart contre la tyrannie de son oncle Askia Elhaj II. Donc, le prince s’est hissé en justicier et redresseur de tort contre les abus du pouvoir. Ce qui lui confère une reconnaissance et popularité, sans précédant, au prés des habitants de Gao. Du reste, cette notoriété de l’envergure du prince a pour soubassement l’usage du Hã. Ă l’instar de Sonni Ali Ber, le prince Rebel pratique également le syncrétisme et adepte du Hã. Car il détient les secrets de la haute spiritualité islamique, en plus de la collaboration avec 120 génies ou esprits. Ce qui fait de lui un homme puissant mystiquement, admiré et craint à la fois. Cependant, l’attitude de Maiga Boubou Ali n’est pas du goût dans la sphère du pouvoir royal. C’est ainsi qu’il est qualifié de "prince Rebel" qu’il faut ramener à l’ordre, à tout prix. Ce fut le début de la tragédie ayant conduit à son assassinat avec une rare brutalité.

23Ă la suite du drame, le double du défunt prince a intégré un caïman résidant dans le fleuve Niger à la berge de Gao. Ce phénomène paranormal s’appelle la métensomatose. C'est-à-dire le mouvement par lequel le double d’un être, à la suite d’une tragédie ou non, peut se refugier par le dédoublement, en choisissant de continuer la vie à travers un animal. Ă cet effet, l’animal incarne désormais l’esprit et la volonté de l’entité qui l’occupe. Partant, il a la possibilité de faire des actions fastes ou néfastes. Malgré la tragédie, le double du défunt prince mu par l’éthique. En vue d’immortaliser voire humaniser sa mémoire. Par humanisme, l’esprit du défunt prince a volontairement transféré ses pouvoirs mystiques bienfaiteurs à ses cousins vivants pour continuer de servir la communauté. Ce transfert de compétence traditionnel s’est effectué en 4 volets : le pouvoir de l’eau comme chez les Do, la science des chasseurs, le pouvoir du feu chez les forgerons et le don de la guérison des malades.

24En outre, un double peut devenir vulnérable, solitaire et cours le risque d’être pourchassé par les sorciers et autres forces maléfiques. Dans ce cas le double vulnérable est en déficit du Hã voire de protection. Car les forces maléfiques sévissent fréquemment la nuit, où elles se déploient en vue d'éventuelles victimes. Ainsi, seuls les initiés et/ou les grands prêtres possèdent le pouvoir mystique voire la capacité de détecter les êtres privés de double.

25C’est pourquoi le Hâ apparait comme la technique imparable contre les attaques maléfiques. Par ailleurs, les ténors de ce mode d’action diurne et nocturne ont recours à cette méthode soit pour protéger soit pour nuire aux gens. En ce sens qu’il est formellement interdit de laisser trainé les restes du corps humains (ongles, cheveux coupés et des vêtements utilisés)voire le restant de la nourriture consommée. Au risque de s’exposer à des dangers ou autre usage maléfique. C’est à travers des tels éléments corporels que les sorciers peuvent atteindre facilement leurs victimes.

26Cependant, le Hã permet de posséder la parade nécessaire lorsque le double regorge l’énergie vitale abondante. C’est-à-dire que la pratique du Hã permet de créer une barrière de protection métaphysique. Afin d’échapper à toute attaque mystique. Autrement dit, un double puissant, conscient et évolué peut impacter positivement le devenir d’un peuple. Partant, le "double de l’homme" est considéré comme une sorte d’énergie ou force vitale produisant la puissance mystique sur fond du Hã. Dans la tradition Soƞey, un tel double est par essence invincible et immortel. Dans l’optique du besoin de protection, les soŋey-zarma-Dendi font recours également au Gossi.

Le Gossi ou la science des soŋianké

27Les soŋianké sont considérés comme la caste des prêtres ayant la maitrise de la "science" héritée des "Sih ou Ci" depuis l’Egypte antique. Ainsi, le fondement de la "puissance mystique soŋianké" repose sur l’initiation comme base de la maitrise de la science. C’est ainsi que Boubou Hama a évoqué des similitudes entre les pratiques mystiques des prêtres pharaoniques et les prêtresses de Goungia (1ere capitale de l’empire soŋey). Notons que les soŋianké sont englués dans la Maât. C’est la raison qui motive leur tendance à l’humanisme séculairement. Chez les Soƞey, peuple riverain du fleuve Niger, seuls les prêtres soŋianké initiés peuvent diriger le gossi ou goci3. Il s’agit d’une cérémonie d’initiation ésotérique qui consiste à faire des préparatifs mystiques. Toute chose qui doit prendre en compte plusieurs aspects de la vie sociale, culturelle et politique. La cérémonie se déroule en plusieurs étapes. La première phase consiste à préparer les jeunes filles aptes au mariage. En effet, l’opération vise d’abord un test de virginité et de leur état de fécondité. Le processus consiste à rassembler les candidates dans un lieu choisit à cet effet. Ensuite on procède par la levée des jeunes filles. C'est la désignation, à l’avance, des candidates comme future épouse. A l’issu de l’opération, il est question de la détermination exacte du nombre d’enfant de chaque candidate, dans sa future maternité.

28L’autre volet du gossi porte sur le bilan de l’année qui s’achève et préparer l'année a venir. Il s'agit d'un diagnostic préventif complet de la prochaine année, en fonction des présages bons ou mauvais. Tout se fait sur la base des connaissances, il n’y a pas de place pour le hasard. Car il s’agit surtout de prévenir toutes les éventualités, afin de prendre les dispositions qui s’imposent. C’est ainsi que les soŋianké organisent leur science ou gossi sur fond du Hã. Pour pouvoir faire face à toutes les situations. Cette pratique scientifique tire ses origines des "Ci ou Sih voire Sonni". C’est ainsi que les soŋianké ont développé l’art de la prévoyance dans la gouvernance sociétale, culturelle, économique, religieuse, politique et spirituelle. C'est-à-dire la capacité d’anticiper efficacement sur les événements politiques majeurs.

29Il est question d’éviter toutes surprises désagréables pouvant venir des ennemis. Ces derniers peuvent tenter d'agir, en toute discrétion, avec une capacité de nuisance féroce. C’est la raison pour laquelle l’organisation du gossi se fait sur un double plan métaphysique.

30Manifestement, on peut observer les gens agirent dans la réalité matérielle, mais l’essentiel du déroulement cérémonial se fait dans la sphère occulte. C’est ainsi que Boubou Hama à évoqué l’expérience vécue par Sabbou Monzon venu immédiatement de Gold coast (actuel Ghana) en renfort à son père Monzon Béni qui organise un gossi à Téra. Aussitôt Sabbou eu vent du danger que court son père et sa sœur. Ces derniers ont besoin d’aide car le goci risque de tourner au fiasco.

31À cet effet, la technique du voyage mystique est bien connue par les soŋianké. Car ils disposent, parmi leurs pouvoirs, de la maîtrise des airs et du temps. Ce principe leur permet de pouvoir se déplacer dans l’espace, d’un point A à un point B, en un temps record. A travers le pouvoir du Hã, dont le Soŋianké détient le secret d’une autre dimension. Ce qui lui confère la capacité de se déplacer instantanément et intégralement. Le téléportage se fait sur des longues distances, lorsque la situation l’exige pour faire ses interventions. Dans l’optique de sauver des vies humaines. Notamment la vocation des soŋianké réside dans la protection de la société contre les attaques mystiques des tierkow (mangeurs d’âmes). Le soŋianké est l’incarnation de l’humanisme, la puissance spirituelle, scientifique, l’art et la magie du peuple Songhay.

32En plus du gossi, les soŋianké dirigent également l’initiation destinée à des futures élites. Somme toute, il s’agit d’une opération dirigée par un maître initiatique ou prêtre traditionnel soŋey. L’initiation est un processus de longue durée, pouvant se faire plusieurs années durant. Ainsi, le jeune Soŋianké apprend surtout (par héritage et par apprentissage) la "science" du Hã. Ensuite le maitre commence les préparatifs par des prélèvements chez des plantes, des animaux et d’autres éléments de la nature. Il s’agit de voir dans ces prélèvements le principe vibratoire énergétique pris dans chaque objet. Partant, le candidat à l’initiation parachève sa formation au bout d’un septennat, sous la direction assistée de son maître et/ou de son père. Ce dernier enseigne, toutes les étapes secrètes, au jeune candidat.

33A l'image du rapport entre le Grand maître Bi et son disciple Souba. Dans ces conditions, l’esprit du jeune initié découvre les valeurs morales à l’usage de son clan, pour qu'il puisse s’en approprier avec mesure. Comme l’indique Boubou Hama (1966, p.195), "l’art de guider l’enfant est souvent celui qui consiste à l’inscrire dans les rites qui conditionnent sa compréhension correcte de la vie et son habileté à la traduire dans l’objet avec exactitude"». Cette formation vise à attribuer les secrets du Hã au candidat. De plus, il aura la faveur de l’intervention des forces extérieures bénéfiques. Ainsi, le jeune initié s’inscrit dans un rite qui raffermi le support de la "foi" qu’il doit posséder. Ce qui lui permet d’acquérir une solide confiance en soi et renforce sa capacité d’action. A la mesure du secret de sa technique du Hã, dans la maîtrise de son action, le sens profond et spirituel de son pouvoir d’accomplissement. Dans la réalité matérielle de la culture Soŋey transparait l’expérience du Hã. L’exercice du pouvoir à travers les voisinages et de tous les enjeux de dominations. Ce qui a prouvé le caractère indestructible et la puissance d'adaptation par le Ha.

34Ă l’image de la fonction dévolue au grand maitre initiatique "Bi" chargé de la sauvegarde, la prospérité et la protection de la communauté. La quête du Hã s’acquiert par un voyage jalonné de plusieurs épreuves et enseignements reçus, sous la tutelle du Maître initiatique. C’est lui qui a accès à toutes les portes mystérieuses durant cette ultime étape. Le grand maître, Bi, incarne aussi la "lumière de la connaissance et de la sagesse". Comme pour reprendre l’expression de Hama Boubou : « L’œil de l’esprit et l’œil de la matière ». It s’agit de "l’œil de l’esprit qui dirige l’acquisition de la science, la sagesse du monde ésotérique. De plus, c’est le prolongement de la conscience humaine, d’un point de vue spirituel. Ensuite il est conduit dans le monde réel, où c’est le tour du jeune initié Souba de faire ses preuves.

35Toute étude vise une fin, le peuple Soƞey-Zarma-Dendi peut faire face aux défis de son époque. Ă partir de sa spiritualité séculaire, par la réappropriation de ses savoirs endogènes et sur fond d’ancrage culturel. Dans cette optique, il est surtout question d’actualiser les valeurs endogènes identitaires, en vue de l'esprit d’ouverture avec les voisins.

Conclusion 

36En effet, les traditions africaines font l’objet de reproche d’animisme et de "magie noire" considérées comme rétrograde. Pourtant, ces traditions constituent (en grande partie) la source d’un pouvoir motivateur fécond. C’est ainsi que le Hã relève de la science et non de la magie. La pratique du Hã permet d’acquérir le pouvoir, la foi et la confiance en soi. En vue de renforcer considérablement ses capacités d’action. Pour Boubou Hama, la culture soŋey-zarma-Dendi a vécue dans une réalité dynamique et vivante. Malgré les mutations intervenues au cours de son histoire. Certes les traditions sont affaiblie, mais ne meurent jamais car elles sont tenaces. Ce qui implique leurs ancrages dans les savoirs endogènes. Selon les justes propos de Farmo, « sachez, Africains, que si vous perdez votre culture. Vous serez des exilés condamnés à errer éternellement dans le désert de la civilisation.» Ă en croire notre autre n’oubliez jamais, Africains d’être ce que vous êtes. Demeurez dans l’essence de ce que vous êtes. Ă cet effet, le peuple soŋey est conscient de la fécondité et de l’abondance de sa culture. C’est pourquoi les Soŋey-Zarma-Dendi ont la Responsabilité historique d’actualiser ses valeurs culturelles afin de répondre aux défis du millénaire.

Bibliographie

BOULNOIS Jean, L’Empire de Gao, Histoire, Magie et Coutumes des Songhay, Bordeaux, Maisonneuve, 1954, 182 pages.

FARMO Moumouni, Aux sources de la connaissance directe : la parenté entre l’égyptien ancien et le Songhay, Paris, MENAIBUC, 2008, 154 pages.

FARMO Moumouni, Penser/panser l’Afrique, Paris, MENAIBUC, 2013, 148 pages.

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YACOUBA Halidou, Justice sociale et paix en Afrique, Réflexions sur les voies du droit, Paris, L’Harmattan, 2017, 266 pages.

Notes

1 Dans l’Egypte ancienne, la Maât a des implications sociales, scientifiques et politiques. Selon Wallis Budge, dans son dictionnaire Hiéroglifique, évoque la connaissance du verbe sacré, la science et la capacité de faire des choses utilitaires. Il s’agit de satisfaire un ordre social juste, universel et cosmique. En ce sens que la Maât suppose la tendance à la sagesse, l’éthique, la vérité, rectitude, la justice, l’équilibre, la solidarité, dans les échanges, et à la perfection etc… Notamment le fondement de tout raisonnement juste et scientifique.

2 Signifie cheveux abondant sur la tète, mais ne se coiffe jamais. Car, en plus de sa connaissance du Coran (livre de l’Islam), il a 120 génies ou esprits qu’il gère. Ce qui lui confère des pouvoirs mystiques considérables. Partant, Bonzey dont l’aura est forte, il détient un double mystique très puissant et invincible. Boubou Ali incarne la vision des Maiga. C'est-à-dire maitre des lieux ayant le pouvoir de donner aux autres. C’est à partir de lui que le patronyme Maiga a pris plus d’ampleur. Mais il fut victime d’une tragédie par la tyrannie de son oncle roi, Askia Elhaj de Cao. Notons que le prince Rebel est petit fils du monarque Askia Daoud, lui-même, fils d’Askia Mohamed Touré.

3 C’est la base de toute démarche scientifique ou encore le centre incubateur endogène. Le Goci est aussi la cérémonie initiatique des jeunes (filles et garçons), sur fond d’un diagnostic complet pour la fécondité des filles et de la prospérité matérielle, spirituelle et sociale pour tous. Il s’agit de la conception d’un centre technique traditionnel visant à produire les élites sociales et politiques. Le goci ou gossi, relève du savoir endogène Soƞey, pratiqué par le peuple de l’époque médiévale à nos jours. C’est la science qui permet de prévenir les choses à l’avance, en vue de prendre les mesures qui s’imposent. Dans le gossi réside l’art de la prévoyance des événements majeurs (fastes ou néfastes) pour pouvoir anticiper sur le cours des événements et changer le devenir historique.

Pour citer ce document

Dourhamane AYOUBA, «L’usage du Hã dans les traditions soŋey», Mu Kara Sani [En ligne], Dossier, N°42-Dec 2025, N°42-Spécial, mis � jour le : 13/02/2026, URL : https://www.mukarasani.com:443/mukarasani/index.php?id=942.

Quelques mots à propos de :  Dourhamane AYOUBA

Université Abdou Moumouni de Niamey

Faculté des Lettres et Sciences Humaines

Doctorant au Département de Philosophie, Culture et Communication

sphinx1770@yahoo.fr