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N°42-Dec 2025

Gnahoubi Jean Esdras GNAMBA et Edith KOULAI- DJÉDJÉ

Gestion des déchets plastiques à Port-Bouët : défis et perspectives pour un cadre de vie durable

Article

Résumé

Cet article analyse les pratiques de gestion des déchets plastiques à Port-Bouët, commune littorale d’Abidjan la capitale économique de la Côte d’Ivoire. À partir d’enquêtes de terrain et d’observations directes, quatre modes principaux ont été identifiés : l’enfouissement artisanal, le brûlage à ciel ouvert, l’abandon des plastiques sur les plages et les initiatives communautaires de collecte. Si ces pratiques traduisent une volonté de réduire la pollution, elles demeurent limitées et présentent des risques environnementaux et sanitaires majeurs. Cette étude a montré que seule une approche intégrée, associant communautés locales et acteurs institutionnels, peut offrir des perspectives durables pour améliorer le cadre de vie à Port-Bouët.

Abstract

This article examines plastic waste management practices in Port-Bouët, a coastal municipality of Abidjan. Based on field surveys and direct observations, four main practices were identified: artisanal burial, open-air burning, abandonment of plastics on beaches, and community-based collection initiatives. While these practices reflect an intention to reduce pollution, they remain limited and generate environmental and health risks. The study highlights that only an integrated approach, combining local communities and institutional actors, can provide sustainable perspectives for improving the living environment in Port-Bouët.

Plastic waste; Coastline; Community management; Environmental health; Port-Bouët

Texte intégral

pp.181-198

Introduction

1La pollution plastique est devenue l’un des enjeux environnementaux les plus préoccupants de ce début de siècle. À l’échelle mondiale, près de 8 millions de tonnes de déchets plastiques rejoignent chaque année les océans (J. R. Jambeck et al. 2015). Ces apports massifs fragilisent les écosystèmes marins et côtiers, compromettent la biodiversité et menacent les activités économiques liées à la pêche et au tourisme (UNEP, 2018). Dans les pays du Sud, la situation est aggravée par une urbanisation rapide, la faiblesse des infrastructures adéquates de gestion des déchets et une consommation croissante de plastiques à usage unique (Hopewell, Dvorak et Kosior, 2009 ; A. K. Boadi et M. Kuitunen, 2005).

2En Afrique de l’Ouest, plusieurs études ont mis en évidence les impacts multiples des déchets plastiques. Au Ghana, par exemple, Derra et al. (2019), montrent que la pollution plastique est devenue l’une des premières sources de dégradation des plages urbaines. Au Nigéria, Adebola (2006), souligne le rôle déterminant des comportements des populations et du déficit de politiques de recyclage dans la prolifération des déchets. Plus récemment, S. Ndiaye (2021) au Sénégal, a insisté sur les effets combinés de la pollution plastique et des algues sargasses sur les zones littorales, rendant urgente l’adoption de stratégies intégrées de gestion.

3La Côte d’Ivoire n’échappe pas à cette problématique. Avec un littoral d’environ 550 km, elle fait face à une accumulation croissante de déchets plastiques, particulièrement dans le district d’Abidjan (E. Kouadio, 2020). Au sein de ce district, la commune de Port-Bouët occupe une place stratégique. Elle abrite l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny, de vastes zones résidentielles et des plages très fréquentées, ce qui en fait un espace fortement exposé à la pollution plastique. Les observations de terrain révèlent que les bouteilles, emballages et sachets plastiques constituent la fraction la plus visible et la plus problématique des déchets échoués. Les méthodes locales de gestion demeurent rudimentaires, reposant essentiellement sur le ramassage manuel, le brûlage à ciel ouvert et l’enfouissement sommaire ; pratiques qui, bien que ponctuellement efficaces, posent des questions de durabilité et de santé publique (E. Kouadio, 2020 ; A. Aké, 2022).

4C’est dans ce contexte que s’inscrit la présente étude, qui analyse la gestion des déchets plastiques à Port-Bouët en mettant l’accent sur les défis rencontrés et les perspectives pour construire un cadre de vie durable. La question centrale est la suivante : dans quelle mesure les pratiques actuelles de gestion contribuent-elles à l’amélioration du cadre de vie, et quelles alternatives durables peuvent être envisagées ? L’hypothèse est que, malgré les efforts communautaires et municipaux, l’absence d’une stratégie intégrée et durable limite l’efficacité des actions entreprises et accentue la vulnérabilité environnementale et sociale de la commune.

Méthodologie

Site de l’étude

5La recherche a été menée dans la commune littorale de Port-Bouët (Figure 1), au sud du district d’Abidjan (Côte d’Ivoire). Bordée par l’océan Atlantique, cette commune stratégique concentre des infrastructures majeures (aéroport international Félix Houphouët-Boigny, port de pêche), un front d’habitat en pleine expansion et l’un des linéaires côtiers les plus fréquentés du pays.

6 Figure 1 : Localisation de la zone d’étude dans le district d’Abidjan

7Le littoral de Port-Bouët est caractérisé par des plages sableuses exposées aux houles atlantiques, mais aussi par des zones urbanisées et des mangroves relictuelles en arrière-plan. Ce milieu combine forte attractivité socio-économique (pêche, commerce, tourisme balnéaire) et grande vulnérabilité environnementale. En effet, les déchets plastiques issus des usages quotidiens et transportés par les réseaux de drainage urbain s’accumulent massivement sur les plages. Les pratiques locales de gestion reposent principalement sur le ramassage manuel, le brûlage à ciel ouvert et l’enfouissement artisanal. Si ces méthodes témoignent d’une certaine mobilisation, elles soulèvent néanmoins des interrogations quant à leur efficacité et à leur durabilité. La Figure 1 présente la localisation de la zone d’étude dans le district d’Abidjan et met en évidence les segments de plage ayant fait l’objet d’observations et d’enquêtes.

Population d’étude

Quatre catégories d’acteurs ont été retenues, afin de couvrir l’ensemble de la chaîne de production, de perception et de gestion des déchets plastiques :
Les usagers des plages : visiteurs, baigneurs et jeunes pratiquant des activités de loisir en bord de mer, producteurs directs de déchets plastiques (sachets, bouteilles, emballages).
Les acteurs économiques littoraux : pêcheurs, mareyeuses, vendeurs de nourriture et de boissons, commerçants de proximité. Leur activité quotidienne les confronte à la présence des déchets et les conduits parfois à improviser des actions de nettoyage.

Les agents municipaux et communautaires : employés de la propreté publique et volontaires d’associations locales, chargés du ramassage et du suivi du nettoyage, souvent avec des moyens limités.
Les riverains : habitants installés en front de mer, directement exposés à l’accumulation des plastiques, aux nuisances du brûlage (fumées, odeurs) et aux impacts de l’enfouissement (insalubrité, dégradation du sol). Leur rôle est crucial car ils vivent au quotidien avec les conséquences des pratiques de gestion mises en place.

Échantillonnage

8L’échantillonnage a été mené selon une approche raisonnée et qualitative. Les segments de plage étudiés ont été choisis en fonction de leur fréquentation, de leur accessibilité et de la visibilité des dépôts plastiques. Les enquêtés ont été sélectionnés de façon ciblée dans chacune des quatre catégories identifiées, de manière à garantir la diversité des points de vue.
L’objectif n’était pas la représentativité statistique, mais la richesse des perspectives recueillies auprès des différents acteurs concernés par la gestion des déchets plastiques. Cette démarche reflète les contraintes méthodologiques inhérentes à une recherche descriptive de terrain, fondée sur une campagne ponctuelle d’observation et d’entretiens.

Outils de collecte des données

Deux outils complémentaires ont été mobilisés :

La grille d’observation directe a permis de recenser les types de déchets plastiques présents (bouteilles, sachets, films, fragments), leur abondance apparente et les pratiques locales de gestion (ramassage, regroupement, brûlage, enfouissement). Les observations ont été systématiquement documentées par des photographies insérées dans l’article pour illustrer la réalité du terrain.
Le questionnaire semi-structuré a été administré auprès des quatre groupes (usagers, acteurs économiques, agents municipaux, riverains). Il a permis de recueillir des informations sur la perception des impacts des plastiques, l’efficacité des pratiques de gestion existantes et les difficultés rencontrées par chaque catégorie.

Analyse des données

9L’analyse a suivi une démarche descriptive et qualitative, conforme aux orientations de la revue. Les observations de terrain ont permis d’identifier les formes dominantes de gestion et leurs limites, tandis que les entretiens ont enrichi l’analyse par la perception des différents acteurs. Les riverains, en particulier, ont apporté un éclairage essentiel sur la dimension vécue des pratiques de brûlage et d’enfouissement.

10Les résultats ont ensuite été confrontés aux travaux menés dans d’autres contextes urbains et côtiers d’Afrique de l’Ouest (Adebola, A., 2006 ; Derra et al., 2019 ; Ndiaye, S., 2021), afin de mettre en évidence les spécificités locales de Port-Bouët et les convergences régionales.

Résultats

Devenir des déchets plastiques à Port-Bouët

11L’enquête de terrain révèle que le devenir des déchets plastiques sur les plages de Port-Bouët dépend des pratiques de gestion adoptées par les différents acteurs locaux. En l’absence d’un système institutionnel de collecte organisé et continu, ce sont essentiellement les riverains, les usagers des plages et quelques associations communautaires qui déterminent le sort de ces déchets. Quatre trajectoires principales se dégagent.

L’enfouissement artisanal

L’enfouissement constitue la pratique la plus répandue parmi les riverains et certains usagers réguliers des plages. Les déchets plastiques collectés (principalement des bouteilles, sachets et emballages alimentaires), sont déposés dans des fosses creusées manuellement, atteignant parfois deux mètres de profondeur. Ces fosses sont ensuite recouvertes de sable, de manière à isoler les plastiques de la surface et à prévenir leur dispersion par le vent ou les vagues.

Ce procédé présente un avantage immédiat : la disparition visuelle des déchets, donnant l’impression d’une plage nettoyée. Toutefois, il s’agit d’une solution de court terme :
Les plastiques, matériau non biodégradable, persistent dans le sol et peuvent réapparaître sous l’effet de l’érosion marine ou des ruissellements pluviaux ;
L’accumulation souterraine de ces déchets modifie la qualité du substrat sableux, compromettant la régénération naturelle de l’écosystème côtier.
Les riverains, interrogés, considèrent néanmoins cette pratique comme la plus « efficace » au quotidien, car elle demande peu de moyens matériels et réduit l’insalubrité visuelle immédiate.

Le brûlage à ciel ouvert

La seconde méthode fréquemment observée est le brûlage des déchets plastiques. Après ramassage et regroupement en tas, les plastiques sont incendiés directement sur la plage. Cette pratique est motivée par la volonté d’« éliminer » rapidement les déchets, faute d’un dispositif de collecte institutionnelle.
Les observations de terrain révèlent des signatures caractéristiques :
zones de sable noircies ou vitrifiées ;
amas de plastiques partiellement fondus ;
dépôts de cendres résiduelles.
Les riverains reconnaissent que cette méthode entraîne des fumées denses et toxiques, causant des nuisances olfactives et des irritations respiratoires. D’un point de vue environnemental, le brûlage à ciel ouvert libère des substances polluantes (dioxines, hydrocarbures aromatiques polycycliques) dont les impacts sur la santé et l’atmosphère sont largement documentés (N. E. Ettien, 2023).

12Planche 1: Résidus de plastiques post-brûlage

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Esdras GNAMBA, 2025

L’abandon et la dispersion par les courants marins

13Une fraction importante des plastiques demeure abandonnée directement sur les plages, faute de prise en charge adéquate. Emportés par les marées et les courants, ces déchets finissent par contribuer à la pollution marine. Ce processus présente un double enjeu : d’une part, il altère l’esthétique et l’attractivité touristique du littoral en donnant une image de négligence environnementale, et d’autre part, il constitue une menace sérieuse pour la biodiversité marine, exposant poissons, tortues et oiseaux marins à l’ingestion de plastiques, avec des risques d’asphyxie ou d’obstruction intestinale. Cette trajectoire « passive » révèle ainsi l’incapacité des dispositifs locaux à prendre en charge l’ensemble des déchets générés.

14Figure 3 : Plastiques abandonnés : entre activités humaines et dérive vers l’océan

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Esdras GNAMBA, 2023-2024-2025

Les initiatives communautaires : un contrepoids citoyen

15En contraste avec ces pratiques peu durables, certaines associations de femmes, appuyées par des particuliers volontaires, organisent régulièrement des opérations de ramassage ciblées. Ces collectes concernent principalement les bouteilles plastiques, plus faciles à manipuler et parfois destinées à une revente pour le recyclage.
Ces initiatives témoignent d’une prise de conscience locale et d’une volonté de participer à la réduction de la pollution plastique. Toutefois, elles se heurtent à plusieurs limites :
Absence de filière formelle d’évacuation ou de recyclage ;
Manque de moyens logistiques (bacs adaptés, gants, véhicules de transport) ;
Couverture spatiale restreinte à certains tronçons de plage.
Malgré ces contraintes, ces actions demeurent essentielles pour compléter les interventions municipales et illustrent le rôle potentiel de la société civile dans une gestion plus adéquate et durable.

Analyse et Discussion

Synthèse des résultats

L’étude conduite à Port-Bouët révèle que le devenir des déchets plastiques repose sur quatre modalités principales de gestion :
L’enfouissement artisanal : les déchets, principalement des bouteilles et sachets plastiques, sont enterrés à une profondeur approximative de deux mètres. Cette pratique, largement portée par les riverains, répond à une logique d’assainissement immédiat du paysage littoral.
Le brûlage à ciel ouvert : les déchets plastiques collectés sont regroupés et incendiés, réduisant leur volume mais au prix de fumées nocives pour l’environnement et la santé humaine.
L’abandon et la dispersion marine : une partie des plastiques demeure sans traitement, livrée aux courants marins qui les redistribuent sur la côte et au large.
Les initiatives communautaires : certaines associations, notamment féminines, et des individus isolés organisent ponctuellement des opérations de ramassage, souvent motivées par la revente des bouteilles collectées.
Ces pratiques révèlent une gestion fragmentée et hétérogène, davantage guidée par des réponses de proximité que par une politique institutionnelle structurée.

Interprétation à la lumière des théories et des écrits scientifiques

16Les observations faites à Port-Bouët trouvent écho dans plusieurs travaux scientifiques sur la gestion des déchets plastiques en Afrique et dans le monde.

L’enfouissement artisanal

17Si l’enfouissement offre une dissimulation visuelle des déchets, il ne constitue pas une solution définitive. En effet, comme le soulignent Adeniran et Shakantu (2022), dans les zones côtières d’Afrique subsaharienne, l’enfouissement non contrôlé aboutit à une « pollution latente » : les plastiques, peu ou pas biodégradables, persistent et réapparaissent sous l’action de l’érosion et des intempéries. Ces résultats convergent avec ceux de Hopewell et al. (2009), qui rappellent que le plastique est conçu pour sa durabilité et que son enfouissement ne fait que retarder sa dispersion dans l’environnement.

Le brûlage à ciel ouvert

18Le recours au brûlage, fréquent à Port-Bouët, est également documenté ailleurs. Feig et al. (2023), en Afrique du Sud, ont montré que la combustion informelle des déchets libère une combinaison de polluants atmosphériques dangereux : CO, NO₂, particules fines et dioxines. Ces substances sont reconnues par l’Organisation Mondiale de la Santé comme responsables de maladies respiratoires chroniques, de troubles cardiovasculaires et d’effets cancérogènes. Le constat des riverains de Port-Bouët, qui dénoncent les fumées irritantes et l’odeur persistante, illustre de manière empirique ces impacts.

La dispersion marine

19Les plastiques abandonnés, entraînés par les marées, participent à la pollution océanique. Van Dyck et al. (2016), ont démontré que sur le littoral ghanéen, 60% des déchets marins provenaient de dépôts côtiers. La situation de Port-Bouët s’inscrit dans cette logique : les déchets plastiques abandonnés localement alimentent un problème global, menaçant la biodiversité marine (oiseaux, poissons, tortues). En 2015, Jambeck et al. affirment que,, l’Afrique de l’Ouest figure parmi les régions où les apports de déchets plastiques vers l’océan sont les plus élevés, faute de systèmes de collecte organisés.

Les initiatives communautaires

20Les mobilisations locales observées à Port-Bouët, en particulier celles portées par des associations de femmes, confirment l’importance du capital social dans les processus de gestion des déchets. L’expérience conduite par Ceesay, I. (2012) en Gambie, à travers le mouvement One Plastic Bag, illustre la capacité des communautés locales à transformer un déchet en ressource, en articulant assainissement de l’environnement, activités artisanales et génération de revenus alternatifs. De même, les projets WACA (Banque mondiale, 2023) misent sur la participation des populations pour construire des filières circulaires de recyclage. Ces exemples démontrent que la réussite d’une gestion durable dépend de l’articulation entre initiatives locales et soutien institutionnel.

Contribution scientifique de l’article

Cette recherche offre plusieurs contributions originales :
Sur le plan théorique, elle montre que la gestion des déchets plastiques dans les villes côtières africaines ne relève pas uniquement d’un problème environnemental, mais aussi d’un enjeu social, sanitaire et politique, où les pratiques locales révèlent une gouvernance « par défaut ».
Sur le plan méthodologique, l’article combine l’observation directe des pratiques, leur documentation photographique et la collecte des perceptions des acteurs (riverains, usagers, associations). Cette triangulation permet de dépasser une analyse strictement descriptive et de proposer une lecture intégrée des dynamiques locales.
Sur le plan conceptuel, il contribue à la réflexion sur le rôle des communautés locales dans la transition vers un cadre de vie durable. L’étude met en évidence que la durabilité de la gestion des déchets plastiques à Port-Bouët passe nécessairement par la reconnaissance et l’appui aux pratiques citoyennes existantes.

Limites de l’étude

Cette recherche, bien qu’inédite, comporte certaines limites :
Temporalité restreinte : les données reposent sur une campagne ponctuelle, sans prise en compte des variations saisonnières.
Absence de quantification fine : faute de moyens logistiques, la masse exacte des déchets n’a pas été mesurée, ce qui limite l’analyse comparative avec d’autres sites.
Échantillon partiel : les perceptions recueillies ne couvrent pas l’ensemble des acteurs institutionnels (ministères, grandes ONG).
Absence de suivi longitudinal : il n’a pas été possible d’évaluer l’évolution des pratiques de gestion dans le temps.
Ces limites invitent à la mise en place de programmes de recherche longitudinaux et pluridisciplinaires, intégrant sciences sociales, sciences de l’environnement et santé publique, pour approfondir la compréhension et proposer des solutions durables.

Conclusion

21L’analyse de la gestion des déchets plastiques à Port-Bouët met en lumière la complexité d’un problème à la croisée de l’environnement, de la santé et du social. Les résultats montrent que les pratiques actuels d’enfouissement artisanal, brûlage à ciel ouvert, abandon sur les plages et dispersion marine traduisent une gestion fragmentaire et peu durable. Si ces pratiques offrent des réponses immédiates, elles ne permettent pas de réduire durablement la pollution plastique et en accentuent même parfois les impacts, notamment par la libération de polluants atmosphériques ou la contamination marine.
Toutefois, l’étude révèle également l’existence de dynamiques locales positives. Les mobilisations communautaires, en particulier celles portées par des associations féminines et certains riverains, traduisent une conscience croissante du problème et une volonté d’action. Ces initiatives rejoignent les expériences réussies observées ailleurs en Afrique de l’Ouest et constituent un socle sur lequel il est possible de bâtir une gestion plus intégrée.
Sur le plan scientifique, cet article contribue à enrichir les réflexions sur la gestion des déchets plastiques dans les espaces côtiers africains, en montrant que toute approche durable doit dépasser les solutions techniques isolées pour intégrer les dimensions sociales, sanitaires et communautaires.
En perspective, il apparaît urgent de renforcer les capacités locales (outils de collecte, sensibilisation, appui institutionnel), de développer des alternatives au brûlage et à l’enfouissement artisanal, et de favoriser l’économie circulaire par la valorisation des plastiques collectés. Seule une synergie entre acteurs institutionnels, riverains et associations permettra d’assurer à Port-Bouët un cadre de vie réellement durable et reproductible dans d’autres contextes littoraux de Côte d’Ivoire et d’Afrique de l’Ouest. Des recherches futures pourront approfondir la quantification des flux de déchets et l’évaluation de l’efficacité des initiatives communautaires.

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Pour citer ce document

Gnahoubi Jean Esdras GNAMBA et Edith KOULAI- DJÉDJÉ, «Gestion des déchets plastiques à Port-Bouët : défis et perspectives pour un cadre de vie durable», Mu Kara Sani [En ligne], Dossier, N°42-Dec 2025, mis � jour le : 20/01/2026, URL : https://mukarasani.com:443/mukarasani/index.php?id=856.

Quelques mots à propos de :  Gnahoubi Jean Esdras GNAMBA

Doctorant

Institut de Géographie Tropicale (IGT)

Université Félix Houphouët-Boigny, Abidjan

gnambagnahoubi@gmail.com

Quelques mots à propos de :  Edith KOULAI- DJÉDJÉ

Maître de conférences

Institut de Géographie Tropicale (IGT)

Université Félix Houphouët-Boigny, Abidjan

koulaidjedje@gmail.com