- accueil >
- Dossier >
- N°42-Dec 2025 >
- N°42-Spécial >
N°42-Spécial
Enjeux et défis de la dynamique de l’occupation des sols dans la commune frontalière de Ouessa (Burkina Faso)
Résumé
La tendance évolutive des formations végétales est essentiellement régressive entre 2000 et 2020. En effet les superficies des formations végétales communales sont passées de 73,87% en 2000 à 28,43% en 2020 alors que les superficies combinées des sols nus, des sols cuirassés et des affleurements rocheux sont passées de 3 663, 71 ha (soit 19%) en 2000 à 13 569, 181 ha (soit 70,8%) en 2020. Avec une économie essentiellement basée sur les activités agropastorales et l’informel, la commune fait face aujourd’hui à une dégradation progressive de ses formations végétales pourtant indispensables à la dynamique de l’économie locale. Le présent article vise à cerner d’une part, les causes de la dégradation des formations végétales dans la commune frontalière de Ouessa, et d’autre part, analyser ses conséquences sur le développement local. Ainsi, en plus de la recherche documentaire, une collecte de données quantitatives et qualitatives dans la zone d’étude a été nécessaire. Il ressort de l’étude que sous l’effet conjugué du climat et de l’action anthropique, les ressources naturelles végétales de la commune de Ouessa subissent une dégradation inquiétante mettant en péril le développement socioéconomique local. Des projets d’intensification agricole et d’aménagement de l’espace sont donc nécessaires pour faire face à ces menaces qui à long terme pourraient compromettre l’avenir de cette commune frontalière rurale du Burkina Faso.
Abstract
The evolutionary trend of plant formations is essentially regressive between 2000 and 2020. Indeed, the areas of municipal plant formations have fallen from 73.87% in 2000 to 28.43% in 2020, while the combined areas of bare soils, armored soils and rocky outcrops have increased from 3, 663. 71 hectares (I.e. 19%) in 2000 to 13, 569.181 hectares (i.e.70.8%) in 2020. With an economy essentially based on agro-pastoral and informal activities, the municipality is today facing a gradual degradation of its plant formations, which are nevertheless essential to the dynamics of the local economy. This article aims to identify, on the one hand, the causes of the degradation of plant formations in the border Town of Ouessa and on the other hand, to analyze its consequences on local development. Thus, in addition to the documentary research, a collection of quantitative and qualitative data in the study area was necessary. Il appears from the study that under the combined effect of the climate and human action, the plant natural resources of the municipality of Ouessa are undergoing a worrying degradation, jeopardizing local socioeconomic development.
Agricultural intensification and spatial planning projects are therefore necessary to deal with these threats which I the long term could compromise the future of this rural border town of Burkina Faso.
Texte intégral
pp. 130-159
Introduction
1La déforestation et la dégradation des milieux naturels par l’homme ne sont pas un phénomène nouveau, mais leur intensité et leurs conséquences à travers le monde, aussi bien à l’échelle locale que planétaire, soulèvent des questions dans le monde de la communauté scientifique (J. Bogaert, I. Bamba et al., 2008, p.72). La pression sur les ressources naturelles est particulièrement forte dans les pays pauvres où la pression démographique et la pauvreté font que les populations sont préoccupées par les objectifs de survie à court terme (S. Zakari, I. T. Imorou et al, 2018, p. 451). Avec une économie essentiellement basée sur les activités agrosylvopastorales et informels, la commune rurale de Ouessa au Sud-Ouest du Burkina Faso fait face à une dégradation progressive et inquiétante de ses formations végétales pourtant indispensables à la dynamique de son économie. Une étude de la dynamique de l’occupation des terres permettra de mieux appréhender la dynamique spatio-temporelle de l’environnement, notamment le couvert végétal dans la commune rurale de Ouessa et les enjeux et defis. L’objectif de cet article est donc de cerner d’une part, l’ampleur des menaces sur les formations végétatives en cours dans la commune ainsi que les causes et d’autre part, de montrer ses impacts sur le développement économique locale en vue de faciliter la gestion durable des ressources territoriales dans la commune de Ouessa.
Démarche méthodologique
2La commune rurale frontalière de Ouessa est située dans la région du Sud-Ouest du Burkina Faso. Elle est localisée à 11° 02̕ 18 ̕ N et 2° 46̕ 46̕ O et située à seulement 7 km de la République du Ghana. La commune est limitée au nord par la commune de Niambouri (province de la Sissili), au sud par la République du Ghana, à l’est par les communes de Niégo (Ioba) et Boura (Sissili) et à l’ouest par les communes de Disshin et de Koper (Ioba), avec une superficie 192,79 Km2 (confère carte n° 1 suivante).
3Carte 1: Les limites administratives de la commune rurale de Ouessa et les sites d’étude

4La démarche méthodologique adoptée est basée sur une approche cartographique, analytique et diachronique basée sur l’utilisation de la télédétection et des systèmes d’information géographique. Pour les besoins de l’étude, des images satellitaires Landsat USGS/ETM+ et USGS/OLI de 2000, 2010 et 2020 ont été utilisées dans la perspective de mieux appréhender les changements environnementaux intervenus dans le temps. Elles ont été choisies en tenant compte de leur qualité et de leur période d’acquisition. La résolution spatiale des images est de 30 mètres. Les scènes retenues ont été prises entre les mois d’octobre et de novembre, période correspondant à un faible taux de couverture nuageuse (avec une bonne expression de la végétation liée à la fin récente de la saison pluvieuse (Y. Hountondji, 2008). Le choix de cette période vise également à se soustraire des épisodes de feux de brousse qui débutent généralement entre la troisième décade du mois de novembre et la première décade du mois de décembre (T.P. Zoungrana et al., 2015, cité par R.N. Gansaonré, 2018, p. 6). Le traitement des données des images satellites s’est fait en utilisant les deux méthodes de classification en télédétection. Il s’agit des méthodes de préclassification qui tendent, en général, à améliorer ou synthétiser l’information contenue dans les images satellites afin d’en faciliter leur analyse future et les méthodes de classification qui permettent de transformer les images sous forme de carte thématique (Y. Dehbi et al., 2007, p. 188).
5Les cartes d’occupation du sol, résultat de l'interprétation des images satellitaires, donnent les superficies des différentes classes d’occupation du sol, calculées au moyen du logiciel Arc Gis 10.1. Ce qui a permis d’effectuer l'étude diachronique des situations des années de référence afin de faire ressortir la dynamique du couvert végétal des zones d'étude. Concernant les enquêtes ménages, après l’estimation du nombre de ménages, la taille minimale de l’échantillon de l’étude a été déterminée par la méthode probabiliste de Schwartz (1995) : Tme = [(Zβ) 2×Ƥ (1 — Ƥ) /ԁ2] avec au total 127, soit 5% du total des ménages enquêtés. Tme représente la taille minimale de l’échantillon à enquêter ; Zβ l’intervalle de confiance. Cet intervalle de confiance est de 95 % et correspond à une valeur type de 1,96 ; Ƥ correspond à la proportion de la population des sites d’études par rapport à celle de la commune ; elle est de 32,30 % et ԁ représente la marge d’erreur tolérée généralement fixée à 5 % (Le tableau n° 1).
6Le tableau n° 1 ci-dessous indique le nombre total de ménage enquêté par site d’étude.
Tableau : Ménages enquêtés par localité dans les communes de Batié et de Ouessa
|
Communes |
Localités enquêtés |
Population par sites enquêtés |
Effectifs des ménages enquêtés |
Proportion des ménages enquêtés (%) |
Échantillon théorique |
|
Ouessa |
Kolinka |
1 461 |
579 |
23 |
29 |
|
Hamelé |
2 079 |
963 |
38 |
48 |
|
|
Ouessa |
2 026 |
990 |
39 |
50 |
|
|
Total |
03 |
5 566 |
2 532 |
100 |
127 |
RGPH, INSD, 2019
7Les fiches de collecte de données ont servi à appréhender les perceptions locales face à la dynamique des formations végétales communales et ses impacts sur le développement socioéconomique local. À cela s’ajoutent des entretiens réalisés auprès de certains services et de personnes-ressources. Le traitement des données qualitatives et quantitatives a permis d’avoir des résultats fiables à travers des informations en rapport avec l’objectif de la recherche. Le traitement des données recueillies a été effectué à partir d’un dépouillement manuel et à l’ordinateur. Le logiciel Excel 2016 a servi pour le traitement des données et à la réalisation des tableaux, Arc Gis 10.1 pour la réalisation des cartes et Word 2016 pour la rédaction.
Résultats
Une commune frontalière aux ressources naturelles propice au développement mais avec de fortes menace
Des atouts naturels favorables au développement socioéconomique
8Les données utilisées dans cette partie concernant les facteurs physiques de la commune de Ouessa sont issues des documents portant sur la monographie de la région du Sud-Ouest (2022), des plans communaux de développement de Ouessa (PCD, 2014 et 2021), du programme d’Investissement forestier (PIF, 2017) du Burkina Faso, des entretiens réalisés auprès des services en charge de l’eau, de l’environnement et de l’agriculture, ainsi que les travaux de thèse de Somé P. H.( 2005) et la carte du relief de la commune de Ouessa.
9Le milieu naturel de la commune de Ouessa est à l’image de celui de la région du Sud-Ouest avec quelques fois des spécificités. Son relief est formé d’un ensemble topographique faiblement accidenté avec une succession de plaines, de plateaux et de bas-fonds. Les altitudes varient entre 251 et 329 mètres avec une pente générale orientée d’est en ouest (confère carte n°2 suivante).
Carte 2: Le relief de la commune rurale de Ouessa
10Cet aspect contrasté du relief favorise l’érosion hydrique des terres cultivables dans la commune. La commune de Ouessa appartient à la zone sud- soudanienne ou pré-guinéenne, comprise entre les isohyètes 900 dans la partie nord et 1200 dans la partie sud, avec une pluviométrie relativement bonne. La commune connaît deux (2) saisons à savoir une saison sèche qui dure environ 5 mois (de novembre à mars) et une saison pluvieuse qui s’étale sur environ 7 mois. La saison sèche est caractérisée par l’harmattan, un vent sec et frais de novembre à février avec des températures oscillant entre 21°C et 32°C. Tandis que la saison humide se caractérise par des moussons, vent chaud et humide soufflant du Sud-Ouest au Nord-Ouest (P.H. Somé, 2005, p.22). La moyenne annuelle des températures est de 27,91°C tandis que celle des précipitations est de 1094,92mm. Quant aux températures mensuelles, elles sont comprises entre 25,53°C et 31,17 °C, soit une amplitude thermique de 5, 64°C (confère graphique n°1).
11Graphique : Diagramme pluviothermique de la station synoptique de Gaoua (1991-2020)

Météorologie Nationale du Burkina Faso, 2021
Toutefois, deux saisons de transition les entrecoupent permettant de distinguer quatre périodes :
12une période froide de décembre à février caractérisée par l’harmattan ; une période très chaude de transition (mars à mai) ; une courte période fraîche et humide de juin à septembre et une courte période chaude de transition (octobre à novembre). La distribution interannuelle de la pluviosité permet de cerner la tendance pluviométrique dans un espace donné. L’examen du graphique n° 2 ci-dessous montre qu’en dépit de la constante variabilité (R2(1991-2020) ≈ 1%), la pluviosité annuelle a tendance à augmenter (pente = a = 1,8845) pendant la normale (1991-2020). Cette tendance haussière de la pluviosité peut s’expliquer par la remontée des précipitations au Sahel à partir des années 1990 (A. Ali , 2010 ; B. Fontaine B. et al, 2012, cité par M. Ouandé, 2021, p.126). De même le retour à une situation humide est aussi constaté par d’autres auteurs (P. Yanogo et al, 2018, p. 234 et M. Ouandé, 2021, p.126). Le graphique n° 2 suivant présente la variation interannuelle des précipitations à la station synoptique de Gaoua.
Graphique : Variation interannuelle des précipitations à la station synoptique de Gaoua entre 1991 et 2020

Météorologie Nationale du Burkina Faso, 2021
13Pour germer, la graine a besoin d’une certaine température. En dessous de cette température, il n’y a pas de germination. C’est le zéro de la germination. Chez la plupart des organismes une vie active n’est possible qu’entre 0ºC et 50ºC. L'optimum de croissance se situe en général entre 25 et 35°C et la croissance est stoppée entre 40 et 45°C (DEMBELE Y., 2011 : 14-15). Ainsi à l’image des températures maximales et minimales, l’analyse des statistiques descriptives (valeurs moyennes) permet d’appréhender la variabilité et la tendance globale de la température générale de l’air. Le graphique n° 3 ci-dessous traduit bien l’évolution des températures moyennes générales entre 1991 et 2020 dans la zone d’étude. Ces températures moyennes générales comprises entre (26,8°C et 28,6°C), correspondent à l’optimum de croissance dont parle l’auteur Y. Dembelé (2011). L’évolution en dent de scie de la courbe des températures moyennes générales traduit une fluctuation interannuelle de celles-ci durant 1991-2020. Cette variation des températures moyennes globales est mise en évidence par l’évolution croissante de la valeur du coefficient de détermination (R2(1991-2020) ≈ 20%) (Confère graphique n° 3).
14Graphique : Variation interannuelle des températures à la station synoptique de Gaoua, 1991 et 2020

Météorologie Nationale du Burkina Faso, 2021
15Au regard de ces données climatiques, la commune frontalière de Ouessa jouit sans doute d’une bonne pluviométrie et comptent ainsi, parmi les zones les mieux arrosées du Burkina Faso. Comme l’a souligné P.H. Somé (2005), la pluviométrie préoccupe tous les acteurs intervenant dans le processus de développement : pouvoirs publics, bailleurs de fonds privés, associations et organisations non gouvernementales (P.H.Somé, 2005, p. 25). Par ailleurs, les conditions édaphiques font partie également des paramètres déterminants de la mise en place de la population et du déroulement de ses activités économiques (I. Goubgou, 2018, p.124).
16La diversité des sols de la commune de Ouessa est sans nul doute, un énorme potentiel pour les activités agricoles dans la commune de Ouessa. Dans l’ensemble les sols de la commune de Ouessa se regroupent en plusieurs catégories selon leurs valeurs agronomiques. On rencontre les sols ferrugineux peu évolués sur matériaux gravillonnaires qui regroupent les sols lessivés ou appauvris et les sols d’érosion. Ils sont dépourvus de colloïdes organiques et minéraux, ce sont des sols moyennement riches avec une faible rétention en eau mais aptent aux cultures de haricot, maїs, coton, mil, sorgho, taro et arachide. Les sols vertiques, regroupent les sols à pseudogley, les sols grumosoliques, les sols bruns eutrophes et les sols remaniés. Ces sols se caractérisent par un humus à forte activité biologique. Ils sont profonds avec une texture limono-argileux. L’argile qui les constitue est de type montmorillonite. La proportion d’argile qui les compose est élevée (>30%). Sur le plan chimique, les sols vertiques les plus riches. Mais leur mise en valeur est entravée par leur texture lourde et leur exploitation nécessite l’utilisation de moyens mécaniques. Les vertisols présentent une bonne valeur agronomique pour la culture du maïs, du sorgho, de l’igname, de l’arachide, des arbres fruitiers. Les sols hydromorphes ou les sols humifères à pseudogley. Ces sols, de couleur allant du gris au gris-clair, sont profonds (>120cm) et sont localisés le long des cours d’eau et dans les bas-fonds. Leur texture est fine, argilo-limoneuse à argileuse. Le taux de concrétion ferro-maganique est faible. Ces sols se caractérisent par une forte teneur en argile. Ils ont une capacité de rétention en eau très élevée faisant d’eux des sols lourds. Ils sont beaucoup plus favorables à la riziculture pluviale ou irriguée, aux cultures maraîchères et des patates douces en fin de saison pluvieuse.
17Globalement donc, le profil pédologique est dominé par des sols favorables à la pratique des activités agricoles. La combinaison de la bonne pluviométrie et des sols propices permettent une intensification et une diversification des activités dans ces communes. Ces conditions naturelles favorables font alors de ces communes, des zones d’accueils pour les migrants venant d’horizons divers à la recherche de terres cultivables. Cependant, les sols connaissent dans leur ensemble une forte dégradation par les actions anthropiques (les systèmes de production extensifs ; la coupe abusive du bois de chauffe ; l'occupation anarchique des terres) et aux impacts des changements climatiques (sècheresse, vents violents, inondation, etc.) (Rapport final CNDD, Juillet 2021, p.14).
18En termes d’hydrographie, la commune est drainée par un réseau hydrographique dense constituées de fleuves, d’affluents périodiques et de bas-fonds. Ce sont des cours d’eau à régime pluvial tropical, fortement tributaire des précipitations. Le réseau hydrographique de Ouessa est aussi dense est constitué principalement du fleuve Mouhoun et de nombreux autres cours d’eau secondaires dont le plus important reste le Kabarvaro. L’ensemble de ces cours d’eau secondaires dans leur course se jette dans le Mouhoun et sont de régime saisonnier excepté le Mouhoun qui ne sèche pas totalement mais l’eau se retire jusqu’au lit mineur par endroit à partir du mois de mars. Les cours d’eau dans les communes de Ouessa sont exploités pour l’abreuvement des animaux, les cultures maraîchères et les activités sylvicoles. Les espèces aquatiques sont composées de silures, tilapias, carpes, anguilles, sardines, silures à épine dorsale et capitaines. Des aménagements ont été faits sur certains affluents avec la construction des barrages et de retenues d’eau en vue d’améliorer la disponibilité de l’eau, notamment pour les activités de production. Cependant, on note très peu de bas-fonds aménagés dans la commune de Ouessa malgré l’existence du potentiel irrigable dans chaque village. Selon, la ZAT, elle dispose de 1435 ha de terres aménageables. Mais seulement cinq (05) sites de bas-fonds d’une superficie estimée à 200 ha ont été aménagés sur un potentiel aménageable de 335 ha pour l’ensemble de ces sites. Nonobstant quelques difficultés relevées dans l’exploitation de certains sites, ces aménagements sont suffisamment exploités et sont destinés pour la plupart à la culture du riz et la culture maraichère (entretien avec la ZAT, 2022). Il ressort donc que malgré la disponibilité du potentiel en eaux de surface et souterraine, on note une insuffisance des ouvrages de maîtrise d’eau préjudiciable au développement des actvités agro-sylvo-pastoral en saison sèche dans les communes de Batié et de Ouessa. Par ailleurs, les conditions édaphiques font partie des paramètres déterminants de la mise en place de la population et du déroulement de ses activités économiques. Le profil pédologique de la commune de Ouessa est constitué de sols à pseudogley, les sols d’érosion et les sols peu humifères à pseudogley. Globalement ce profil pédologique communal est dominé par des sols favorables à la pratique des activités agricoles à savoir les cultures céréalières, de tubercules, des arbres fruitiers, du coton, etc.
19La combinaison de la bonne pluviométrie et des sols propices permettent ainsi une intensification et une diversification des activités. Ces conditions naturelles favorables font alors de la commune de Ouessa une zone d’accueil pour des migrants. La commune dispose également d’un réseau hydrographique dense, constitué principalement du fleuve Mouhoun à régime pérenne et de nombreux autres cours d’eau secondaires comme le Kabarvaro.
20Le climat et le sol jouent un rôle déterminant dans la formation de la communauté végétale ou phytocénose. C’est ce qui en fait un témoin privilégié des changements climatiques. La communauté végétale renseigne sur le potentiel biologique du milieu, le sens de son évolution, sa vocation naturelle et la valeur agricole des sols (S. Guinko, 1984). Dans la commune de Ouessa, la formation végétale dominante est constituée de savanes arborées et arbustives. Toutefois, on note une diminution de la densité des grands arbres lorsqu’on évolue du sud vers le nord. Le long des cours d’eau, on rencontre également, des forêts galeries. Par endroits, les affleurements latéritiques entraînent une raréfaction de la végétation. La commune de Ouessa, elle dispose d’une forêt villageoise d’une superficie d’environ 49 ha. Cette forêt, située à Dianlé à 6 km au nord de Ouessa, fait l’objet d’une gestion bipartite entre la population locale et le service forestier. Les principales espèces végétales dans ces communes sont entre autres le Khaya senegalensis (caïlcédrat), Afzeliaafricana (lingué), Adansonia digitata (baobab), Sclerocarya birrea (Prunier sauvage), Pterocarpus erinaceus (vène), Detarium microcarpum (Détarium), Vittelaria paradoxa (karité), Parkia biglobosa (néré), Daniellia olivieri, Anogeissus leiocarpus, Crossopterix febrifiga (Boussole du paysan), Pliostigma thonningii, Ficus gnaphalocarpa (Figuier), Terminalia, macroptera, Burkea, africana, Isoberlina, doka. À cette végétation naturelle s’ajoutent aussi des espèces exotiques ou dites importées. Il s’agit principalement de Azadirachta, indica (neem), camaldulensis, Gmelina arborea, Cassia, siamea, Delonix, regia (flamboyant). Presque dans tous les villages de la commune, se rencontrent aussi des plantations de Anacardium occidentale (anacardiers) et de vergers de Mangifera indica (Manguiers). Mais, il s’agit pour la plupart de plantations insuffisamment entretenues ; ce qui réduit considérablement leur potentiel de production. Les espèces fauniques fréquemment rencontrées sont : les Ourebia ourebi (Ourébis), les Hystrix cristata (porcs-épics), les Lepus capensis (lièvres), les Phacochoerus aethiopicus (phacochères), les Loxodonta africana (éléphants), les Numida meleagris (pintades sauvages), les Francolinus bicalcaratus.
21Les conditions du milieu naturel influencent grandement les activités socioéconomiques dans la commune frontalière de Ouessa. De ce fait, elles déterminent la part de mobilisation des ressources endogènes pour le développement local.
Dynamique spatio-temporelle de l’occupation des sols dans la commune de Ouessa au cours des périodes 2000-2010 et 2010-2020
22L’évolution de l’occupation des terres permet de rendre compte des dynamiques territoriales dans la commune. Les cartes ci-dessous issues des images satellitaires USGS/ETM+, USGS/OLI indiquent des changements notables concernant les différentes unités d’occupation des terres au cours des périodes 2000-2010 et 2010-2020 (confère carte 2 ci-dessous).
23À travers ces cartes, il ressort une nette progression des sols cuirassés et une réduction des formations végétales dans la commune de Ouessa en 2000, 2010 et 2020.
24Carte 3 : Dynamique d’occupation des terres dans la commune de Ouessa

25À travers ces cartes, il ressort une nette progression des sols cuirassés et une réduction des formations végétales dans la commune de Ouessa en 2000, 2010 et 2020. Le tableau n°2 ci-dessous indique les superficies et pourcentages des unités d’occupation des terres dans la commune au cours des années 2000, 2010 et 2020.
26Tableau 2 : Superficie et taux des unités d’occupation des terres en 2000-2010-2020 dans la commune
|
Unités d'occupation des terres |
Superfici e en hectare (ha) en2000 |
Superficie en % 2000 |
Superficie en hectare (ha) en2010 |
Superfici e en hectare (ha) en % 2010 |
Superfici e en hectare (ha) en2020 |
Superfici e en hectare (ha) en% 2020 |
|
Affleurement rocheux |
137,6 |
0,71 |
1 272,77 |
6,60 |
136,072 |
0,71 |
|
Champ |
1 149,49 |
5,96 |
33,12 |
0,17 |
29,7 |
0,15 |
|
Sol cuirassé |
3 486,78 |
18,09 |
5 759,99 |
29,88 |
12 335,638 |
63,99 |
|
Habitat |
126,85 |
0,66 |
1 26,85 |
0,66 |
126,85 |
0,66 |
|
Plan eau |
97,47 |
0,51 |
57,15 |
0,30 |
71,326 |
0,37 |
|
Savane arborée |
2 283,29 |
11,84 |
1 074,09 |
5,57 |
1 553,162 |
8,06 |
|
Savane arbustive |
1 1957,48 |
62,03 |
5 130,82 |
26,61 |
3 928,065 |
20,38 |
|
Sol nu |
39,33 |
0,20 |
5 823,5 |
30,21 |
1 097,471 |
5,69 |
|
Total général |
1 9278,29 |
100,00 |
19278,29 |
100,00 |
19278,29 |
100,00 |
USGS/ETM+, USGS/OLI, 2000, 2010 et 2020
27À travers ce tableau n°2, il ressort qu’en 2000, la superficie totale des formations végétales (savanes arborée et arbustive) était de 73,87% contre 0,20% pour la superficie des sols nus. Ce qui permet de dire que l’intensité du phénomène de la dégradation de l’environnement était très faible dans la commune. En 2010, les unités dominantes d’occupation des terres dans la commune de Ouessa étaient la savane arbustive, les affleurements rocheux et les sols cuirassés et nus. L’analyse des données du tableau montre que la superficie totale des sols cuirassés (29,88%), des sols nus (30,21%) et des affleurements rocheux présentent un taux de l’ordre de 66,69%, plus de la moitié de la superficie totale communale contre 32,18% de la superficie totale de la superficie des formations végétales communales. Le constat qui se dégage est que contrairement en 2000, la commune de Ouessa a connu en 2010, une forte dégradation de son environnement physique, notamment sa végétation. Les superficies des sols nus et des sols cuirassés ont connu une forte progression entre 2000 et 2010 passant ainsi respectivement de 0,20% à 30,21% pour les sols nus et 18,09% à 29,88% pour les sols cuirassés tandis que celles des savanes arborée et arbustive ont connu une forte régression dans la même période avec respectivement 11,84% à 5,57% pour les savanes arborées et 62,03% à 26,61% pour les savanes arbustives. En 2020, les terres de la commune de Ouessa sont occupées majoritairement par quatre unités à savoir les savanes arborée et arbustive, les sols nus et cuirassés. Des données du tableau, il ressort qu’en 2020, la superficie totale des formations végétales à savoir la savane arbustive, la savane arborée était de 28,44% alors que la proportion de la superficie totale des sols nus et sols cuirassés était de l’ordre de 69,68% (environ 70%). La superficie des sols cuirassés a connu un bon spectaculaire, passant de 29,88% en 2010 soit environ un tiers de la superficie totale communale à environ 64% en 2020, soit plus de la moitié de la superficie totale de la commune. Ce qui permet de conclure que parallèlement en 2010, les effets du phénomène de la dégradation de l’environnement dans la commune de Ouessa, en 2020, se sont fortement intensifiés avec une forte régression de la superficie des formations végétales et une perte considérable des terres propices aux activités agrosylvopastorales.
28Dans l’ensemble, les unités d’occupation des terres ont évolué différemment entre 2000, 2010 et 2020 dans la commune. Le tableau n°3 ci-dessous indique les tendances d’évolution dans l’occupation des terres entre 2000, 2010 et 2020 dans la commune de Ouessa.
Tableau 3 : États de variations des superficies des unités d’occupation en hectare entre 2000-2010 et 2010-2020 dans la commune de Ouessa.
|
COMMUNE DE OUESSA |
|||
|
Unité d'occupation des terres en hectare |
2000-2010 |
2010-2020 |
2000-2020 |
|
Affleurement rocheux |
+1 135,17 |
-1 136,698 |
-1,528 |
|
Champ |
-1 116,37 |
-3,42 |
-1 119,79 |
|
Sol cuirassé |
+2 273,21 |
+6 575,648 |
+8 848,858 |
|
Habitat |
0 |
0 |
0 |
|
Plan d’eau |
- 40,32 |
+14,176 |
-26,144 |
|
Savane arborée |
-1 209,2 |
+479,072 |
-730,128 |
|
Savane arbustive |
-6 826,66 |
-1 202,755 |
-8 029,415 |
|
Sol nu |
+ 5 784,17 |
- 4 726,029 |
+1 058,141 |
USGS/ETM+, USGS/OLI
+ : accroissement des superficies ; - : réduction des superficies ; 0 : absence de changement.
29Dans l’ensemble à travers ce tableau n°2, des changements majeurs sont à noter au cours des périodes 2000-2010 et 2010-2020 dans la commune frontalière de Ouessa avec une intensité de dégradation de l’environnement physique inquiétante. En effet la comparaison de l’évolution des espaces des ressources naturelles entre 2000, 2010 et 2020 dans la commune montre un accroissement des superficies des affleurements rocheux, des sols cuirassés, des sols nus au détriment de la superficie des formations végétales au cours de la période 2000-2010. Cette tendance s’est poursuivie encore la décennie suivante (période 2010-2020) avec un accroissement important de la superficie des sols cuirassés et une réduction de la superficie de la savane arbustive. La superficie des formations végétales communales (savane arborée et savane arbustive) a connu une forte régression passant ainsi de 14 240,77 ha en 2000 (73,87% du territoire communal) à 6 204,91 ha en 2010 (32,19% de la superficie communale) et à 5 481,227 ha en 2020, soit 28,43% du territoire communal. En l’espace de 20 ans (2000 à 2020), les changements majeurs au cours de la période 20002020 ont concerné les champs, les sols cuirassés, la savane arborée, la savane arbustive et les sols nus. Durant ces deux décennies, les superficies des champs, des savanes arborée et arbustive ont connu des régressions respectivement de l’ordre de 1 119, 79 ha pour les champs, 730,128 ha pour la savane arborée et 8 029, 415 ha pour la savane arbustive tandis que celles des sols cuirassés et sols nus ont connu un accroissement avec respectivement 8 848, 858 ha pour les sols cuirassés et 1 058, 141 ha pour les sols nus.
Les facteurs de la dégradation des formations végétales et ses conséquences sur le développement socioéconomique dans la commune
Les facteurs de la dégradation du couvert végétal
30L’évaluation de la dynamique spatio-temporelle révèle une intensité des effets du phénomène de la dégradation de l’environnement dans la commune rurale de Ouessa. Il en ressort de même des entretiens effectués auprès des services de l’environnement chargés de la protection des ressources naturelles communales. En effet, selon le chef de poste de la Direction de l’Environnement du département de Ouessa, la coupe abusive du bois et la carbonisation illégale du charbon sont les types de menaces qui pèsent sur les ressources naturelles végétales de la commune et les changements climatiques. En 2021 et 2022, ce sont respectivement 3 ou 4 infractions, qui ont été interpellées par son service, liées à la coupe abusive du bois et à la carbonisation illégale. Mais pour le Chef de poste si ces infractions sont jugées mineures au regard du nombre, elles sont loin de traduire les réalités des faits sur le terrain. Le manque de personnel pour assurer une meilleure surveillance territoriale (5 agents des eaux et forêts) pour sept villages que compte la commune, l’insuffisance des moyens roulants pour assurer convenablement les patrouilles des agents, l’insuffisance des sensibilisations et la faible coopération de la population avec ces agents, limitent une protection efficace des ressources naturelles communales. Le tableau n°4 ci-dessous indique les quantités du charbon produites, de stères de bois et de perches coupés dans la commune de 2018 à 2022.
31Tableau 4 : Quantités du charbon produites, de stères de bois et de perches coupés officiellement dans la commune de 2018 à 2022 dans la commune de Ouessa
|
2018 |
2019 |
2020 |
2021 |
2022 |
|
|
Quantité de charbon en quintaux |
812 |
1 408 |
1 0 18 |
1 201 |
962 |
|
Nombre de stères de bois coupés |
205 |
380 |
316 |
428 |
276 |
|
Nombre de perches coupées |
Néant |
Néant |
60 |
Néant |
86 |
Direction départemental de l’Environnement de Ouessa, 2023
32Au regard de ce tableau n°3, il ressort que la quantité de charbon produite et le nombre de stères de bois coupés ont évolué en dent de scie entre 2018 et 2022. Cette évolution, en dent de scie des données, témoigne, selon le Chef de Service de l’environnement, des efforts de surveillance, de protection et de conservation des ressources végétales par les agents des eaux et forêts. Les résultats des travaux des enquêtes donnent par degré d’importance les facteurs de dégradation des formations végétales dans la commune de selon la population (confère graphique).
33Graphique : Les principales causes de la dégradation des formations végétales dans la commune

Données de terrain, juin 2023
34Il ressort de la figure 4 que les activités agricoles (68,58%), les activités pastorales (24,13%), la carbonisation (20,32%) et l’exploitation forestière (19,05%) sont les principaux déterminants de dégradation de la végétation dans la commune. L’agriculture et l’élevage constituent les principales activités économiques de la commune de Ouessa. Les mauvaises pratiques observées en matière d’occupation et d’utilisation des terres, y compris la déforestation et l'expansion de l'agriculture, détériorent les ressources naturelles. De plus, la pression sur les ressources végétales est aggravée avec les migrations et l’accroissement des densités. Au regard de ses potentialités naturelles, la commune de Ouessa accueille des populations venant d’horizons divers, surtout du Centre, du Nord et du Sahel du Burkina Faso où les conditions climatiques sont défavorables, à la recherche des terres fertiles, des pâturages et des points d’eau. Les résultats des enquêtes révèlent que 87,63% des ménages sont autochtones, 36,83% viennent d’autres régions du Burkina Faso, composés de Mossi, Peulh, Dioula, Dafing, Bwaba et 7,62% sont des étrangers (Ghanéens, Maliens, Nigériens, Guinéens). En dehors des fonctionnaires dont les motifs d’installation sont d’ordres administratifs, les autres ménages sont arrivés dans cette commune frontalière du pays à la recherche de terres fertiles pour les activités agropastorales, pour l’orpaillage, pour le commerce en raison de la situation géographique avantageuse de la commune (etc.). Les densités ont connu à cet effet des progressions avec l’évolution de la population communale. Ainsi avec une population de 10 189 habitants pour une densité de 52,85 hbts/km2 en 1996, la population communale est passée à 10 242 habitants en 2006 avec une densité de 53, 12 hbts/km2 et à 17 233 habitants avec une densité de 89, 39 hbts/km2 en 2019 (Recensement Général de la Population et de l’Habitat, 1996, 2006 et 2019). L’exploitation du bois, indicateur pertinent aussi de la dégradation de l’environnement, est sous-tendue par l’utilisation locale de certaines espèces comme bois d’œuvre (Milicia excelsa, Pterocarpus erinaceus, Khaya senegalensis, etc.), bois de service (Khaya senegalensis, erinaceus) et comme source d’énergie (bois de chauffe et de charbon) (Prosopis africana, Khaya senegalensis, Anogeissus leiocarpus, Burkea africana, etc.). Selon le Plan Communal de Développement (2021-2025), le bois et le charbon de bois constituent les principales sources d’énergie de la population, ensuite vient le gaz butane (PCD, Ouessa, 2021, p, 15). Le bois et le charbon, principales sources d’énergie utilisés dans le secteur d’étude, font aussi l’objet de commerce surtout vers les grandes villes comme Ouagadougou et BoboDioulasso. L’augmentation des demandes entraîne donc l’augmentation des prélèvements accélérant ainsi la dégradation des formations végétales. Selon les résultats des enquêtes menées, il ressort que dans la commune de Ouessa, 92,71% des ménages utilisent uniquement le bois et le charbon de bois pour la cuisson contre 10,16% pour le gaz. 24,3% des ménages déclarent associer le bois, le charbon et le gaz. La prépondérance du choix porté sur le bois et le charbon résulte des faibles revenus des ménages malgré la subvention du gaz butane par l’État burkinabè dans le but de réduire la déforestation à travers la coupe abusive du bois. Plus grave encore l’exploitation du bois de chauffe dans la commune se fait selon le service de l’environnement de façon anarchique dans la mesure où il n’existe pas de zone délimitée pour son exploitation, ce qui ne fait qu’accentuer la déforestation dans les villages qui n’est pas sans conséquences sur les ressources végétales communales. La présence des sites d’orpaillage dans la commune dont l’installation des orpailleurs est généralement négociée avec les chefs de terre contribue aussi de manière directe à la déforestation illégale et incontrôlée. Le bois est utilisé à tous les niveaux, et ce, depuis l’installation des hangars jusqu’aux supports des parois des puits en passant par le bois de cuisine et la destruction du couvert végétal pour l’installation du site. Pire, aucune mesure de compensation ou de restauration de l’environnement n’est entreprise que ce soit pendant ou après l’exploitation du site d’or. Aussi, de par sa fonction de zone de transhumance transfrontalière surtout pendant l’hivernage, la commune de Ouessa est une zone d’accueil ou de transit des éleveurs d’autres localités du Burkina Faso et des pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Mali, le Niger. Ce qui entraîne encore une surexploitation de sa végétation. À côté de ces modes d’utilisation des ressources (agriculture, élevage, exploitation des bois) qui n’obéissent pas à des normes de durabilité, le climat est aussi un facteur de perturbation du milieu naturel dont la commune paye le lourd tribut à travers ses conséquences.
Les conséquences de la dégradation des ressources végétales pour la commune
35L’agriculture, l’élevage et l’exploitation forestière demeurent les activités les plus importantes dans la commune. Elles génèrent des revenus substantiels à la population. Cependant les systèmes d’exploitation des terres, des pâturages et des forêts reposent sur des pratiques et techniques traditionnelles. La culture et l’élevage extensifs cèdent le pas à des jachères plus courtes. À cet effet le tapis végétal, les sols et les eaux sont sous la pression d’une exploitation effrénée dans la commune. Les techniques de production sont moins regardantes sur la protection des sols et que les eaux de pluie suffisent de moins en moins pour une régénération par la jachère. L’appauvrissement des sols, conjugué à la croissance démographique, conduit les populations à rechercher de nouvelles terres cultivables. Aussi les éleveurs sont-ils confrontés à un manque d’espaces de pâture avec une récurrence des conflits entre agriculteurs et éleveurs dans l’exploitation des ressources communales. Ces mauvaises pratiques culturales ont eu pour conséquences majeures, l’apparition de zones dénudées sur certains terroirs villageois. En effet, de 2000 à 2020, les superficies combinées des sols nus, des sols cuirassés et des affleurements rocheux dans la commune de Ouessa sont passées de 3 663, 71 ha (soit 19%) en 2000 à 12 856, 26 ha (soit 66,69%) en 2010 et à 13 569, 181 ha (soit 70,8%) en 2020. Plus de la majorité, soit 118 ménages enquêtés (93%) reconnaissent que l’érosion et l’appauvrissement des sols, la dégradation du couvert végétal, entraîne une véritable usure du territoire communal avec des baisses des productions agrosylvopastorales, artisanales et des pertes importantes des espèces floristiques et fauniques. De même concernant les changements climatiques, les populations de Ouessa sont aussi conscientes, de l’ordre de 58 ménages enquêtés (46%), de leurs effets dans la commune qui se traduisent par les pluies exceptionnelles, les inondations de plus en plus fréquentes, les vents violents, les poches de sécheresse constatées dans certains villages et surtout l’apparition de nouvelles pathologies au niveau du cheptel. En plus, ces populations locales affirment de plus en plus être interpellées par ces manifestations liées aux changements climatiques par les services en charge de l’agriculture, de l’élevage, de l’environnement et des partenaires techniques au développement comme les Organisations non gouvernementales (ONG). Cependant elles disent ne pas être suffisamment outillées à développer des stratégies pour y faire face. Autres conséquences liées au recul du couvert végétal dans la commune sont les menaces existentielles sur certaines espèces floristiques et fauniques. En effet, la commune de Ouessa subit de nos jours la disparition ou la raréfaction de certaines espèces floristiques comme Tamarindus indica, Khaya senegalensis, Eucalyptus camaldulensis (eucalyptus), Acacia seyal, Azadirachta indica (neem), Acacia senegal (gommier), Bombax costatum, Pseudocedrela. Les rares essences forestières qui existent font toujours l’objet d’exploitation anarchique et de façon frauduleuse parfois. Il en est de même pour la faune qui se traduit par une diminution des effectifs des espèces dont certaines sont devenues aujourd’hui rares ou disparues (éléphants, lion, Hyène rayée, Chimpanzé, buffle, panthère, phacochère) et les fortes menaces qui pèsent sur d’autres. L’amenuisement de ces ressources fauniques est un phénomène qui menace les équilibres écologiques, réduit la richesse de la biodiversité communale et affaiblit une des composantes spécifiques du patrimoine national. Globalement la disparition ou la raréfaction des espèces floristiques et fauniques compromettent la sécurité alimentaire et le développement socioéconomique dans la commune de Ouessa.
Discussion
36La dynamique régressive des formations végétales dans la commune rurale de Ouessa est surtout imputable principalement aux activités humaines, aggravée par la croissance démographique, et secondairement aux changements climatiques. Plusieurs auteurs ont aussi fait ces constats dans leurs travaux de recherche. Selon O. Arouna et al (2010 p, 162) et I.Bamba et al, 2008, p. 50), la dégradation du couvert végétal est due aux activités humaines et à des péjorations climatiques, notamment la sécheresse. L’anthropisation perturbe l’équilibre écologique de la végétation. L’exploitation par l’homme des formations végétales naturelles pour divers besoins entraîne le recul des formations naturelles. Cela est accompagné par une régression des formations végétales et une perte considérable des terres propices aux activités agrosylvopastorales). De plus, selon encore I. Bamba et al. (2008, p. 53), l’agriculture itinérante sur brûlis serait responsable pour 70% de la déforestation en Afrique. L’augmentation de la population induit à cet effet une croissance de la demande foncière et des besoins en fourrage. Ce qui conduit à l’étendage des superficies des champs et l’expansion des aires de pâture (R.N. Gansaonré, 2018, p. 13) de même que la réduction de la durée de jachère. Également, sur cette question de croissance de la population en lien avec la dégradation des ressources naturelles, K. Djagni (2002), a montré qu’une forte croissance démographique de 3,1 % par an dans les zones cotonnières du Togo, avait très vite débouché sur la réduction des temps de jachère, la régression de leur superficie, voire leur disparition (K. Djagni, 2002, p.6). Selon les perceptions locales des déterminants de la dégradation des formations végétales, il ressort que les actions anthropiques à savoir les activités agricoles, pastorales, la carbonisation et l’exploitation forestière sont les principaux déterminants de la dégradation de la végétation dans la commune de Ouessa. Plusieurs auteurs, également ont fait les mêmes constats dans différentes études où ils mentionnent que les actions anthropiques sont les principales causes de la régression du couvert végétal. Il s’agit des auteurs comme (C. R. Yaovi, M. Hien et al, 2021, p. 1146) et (B.Tchaa, A. Nafiou et al, 2019, p, 7) où les résultats de leurs travaux sur l’utilisation et la vulnérabilité des espèces végétales et stratégies d'adaptation des populations riveraines de la Forêt Classée du Kou (Burkina Faso), révèlent que les populations riveraines sont conscientes de la vulnérabilité des ressources forestières dans leur localité. En effet, 71,43% des informateurs reconnaissent que les espèces végétales sont vraiment menacées de disparition dont les causes sont selon les populations à 50,70% strictement anthropiques, 35,21% qui pensent qu’elles sont à la fois climatiques et anthropiques et seuls 14,08% pensent qu’elles sont strictement climatiques. Quant aux B.Tchaa, A. Nafiou et al, (2019, p, 21) dans leur recherche sur la dynamique de la végétation et l’état actuel de la flore du plateau de l’Adele (Centre-Togo), montrent que les principaux facteurs de la dégradation de la flore du plateau de l’Adele sont l’agriculture (0,94), l’exploitation du bois d’œuvre (0,83), la récolte du bois-énergie (0,63), la croissance des localités (0,47) et les feux de végétation (0,42). La dégradation du couvert végétal dans la commune rurale de Ouessa a des impacts sur les productions agrosylvopastorales à travers l’appauvrissement et la restriction des sols fertiles, la réduction du pâturage, le recul des activités lié à l’exploitation forestière et la perte de la biodiversité (flore et faune). À cet effet, R.N.Gansaonré (2018, p. 14) a prouvé dans son étude sur la dynamique du couvert végétal et ses implications socio-environnementales à la périphérie du parc W au Burkina Faso, que la dégradation du couvert végétal a causé des pertes importantes de la biodiversité végétale dans le secteur d’étude. Des espèces telles que Vitellaria paradoxa, Adansonia digitata, Parkia biglobosa, Tamarindus indica, Khaya senegalensis, Pterocarpus erinaceus, Bombax costatum, Pseudocedrela kotschyi, Boswellia dalzielii, et Balanites aegyptiaca sont de plus en plus rares. Alors que de nombreuses espèces végétales sont exploitées par les populations locales pour satisfaire leurs besoins médicinal, alimentaire, énergétique, etc. Il va de soi que la réduction de la disponibilité des espèces utilitaires affecte la situation socio-économique et environnementale des populations. La pression sur ces ressources, qui connaissent une diminution au regard de la dégradation du couvert végétal, conduit ainsi à des situations conflictuelles. Ce cas n’est pas isolé car P. Sawadogo et al, (2004, p. 40) ont montré que la dégradation des formations végétales a des conséquences négatives sur le plan social et économique pour les populations locales et en général pour le Burkina Faso, car elle entraîne un recul des activités pastorales et l’exploitation des produits forestiers. Selon ces auteurs, l’élevage au Burkina Faso est totalement dépendant des ressources forestières pour la satisfaction des besoins en fourrage ligneux et herbacé et 35 % de la phytomasse consommée par les animaux dans l’année proviennent des forêts. Ainsi les ressources forestières jouent à la fois un rôle alimentaire (consommation directe par les animaux) et un rôle de soutien à la production pastorale. En plus du fait de leur importance indéniable dans la vie de l’homme et dans ses activités de développement, les ressources forestières et fauniques jouent aujourd’hui un rôle économique non négligeable. Certains produits font l’objet d’un commerce florissant à l’extérieur du pays (les amandes et le beurre de karité par exemple). La commercialisation des produits forestiers (bois de feu, bois de service, charbon de bois, bois d’œuvre, objets d’art, parties de ligneux comestibles, produits de la pharmacopée) et fauniques (viande, peaux, trophées, produits de la pharmacopée) procure des revenus substantiels à l’État et aux acteurs privés, à la création d’emplois et à la réduction de la pauvreté.
Conclusion
37La dégradation des ressources environnementales est un phénomène qui affecte les pays sahéliens, notamment le Burkina Faso. Malgré le rôle important que jouent les forêts dans le développement socio-économique du pays et particulièrement dans la commune de Ouessa, les écosystèmes naturels connaissent une dégradation accélérée que les actions antérieures n’ont pas permis de ralentir de manière satisfaisante. La méthodologie mise en œuvre a permis d’appréhender les dynamiques du couvert végétal qui se traduisent par une dégradation progressive du couvert végétal de la commune de Ouessa. Cette régression est due à plusieurs facteurs dont les plus importants sont l’agriculture, la transhumance, la carbonisation et l’exploitation forestière. À cela il faut ajouter l’urbanisation en cours dans la commune, surtout et la variabilité climatique. Elle est aussi due au manque de planification et à une pression démographique croissante. Les populations locales ont un fort engouement pour le renversement de cette tendance à la dégradation du couvert végétal. Elles sont conscientes de la dégradation progressive de la végétation et de ses conséquences socioéconomiques. Face à cette situation et au regard du rôle important des formations végétales dans le soutien aux activités productrices, la nécessité d’intensifier les politiques de préservation de l’environnement pour atténuer cette dégradation s’impose de nos jours. Ainsi, des techniques telles que la mise en place des ouvrages de conservation des eaux et des sols/défense et restauration des sols pour améliorer leur fertilité et l’aide au rétablissement du couvert végétal à travers la plantation et la protection d’arbres dans les champs et des opérations de reboisement continues sont des actions impérieuses dans la commune afin de limiter la dégradation continuelle des formations végétales.
Bibliographie
AROUNA Ousséni, TOKO Ismaël, DJOGBENOU et SINSIN Brice 2010. « Impact de la dynamique spatio-temporelle de l’occupation du sol sur la végétation en zone soudano-guinéenne au Bénin ». In : Revue sciences de l’environnement, Université de Lomé, n°006, Lomé, pp.161-186.
BAMBA Issouf, MAMA Adi, NEUBA, Danho, KOFFI, Kouao, TRAORE Dossahoua, VISSER Mariolein, SINSIN Brice, LEJOLY Jean, BOGAERT Jean 2008. « Influence des actions anthropiques sur la dynamique spatio-temporelle de l'occupation du sol dans la province du Bas Congo (République Démocratique du Congo) ». Sciences et Nature, n° 5, pp. 49-60.
BOGAERT Jan, BAMBA Issouf, KABULU DJIBU Jean-Pierre, KOFFI, Koua, De CANNIERE
Charles, VISSER Marjolein, et SIBOMANA Serge 2008. « Fragmentation of dorest Landscapes in central Africa: causes, consequences and management », In Patterns and Processes in Forest Landscapes: Multiple Use and Sustainable Management, pp. 67-87.
Commune de Ouessa (2021). Plan communal de développement 2021-2025 de Ouessa, 68 p.
DEHBI Youssef, BONN Ferdinand, HE Dong-Chen et LAVOIE André, 2007. « Évaluations du recouvrement végétal dans un bassin versant : cas du bassin versant de la rivière aux brochets au Québec ». Revue télédétection, Vol.7, n°1-2-3-4, pp. 185-201.
DJAGNI Kokou Koumagli, 2002. L’agriculture togolaise face à des mutations environnementales multiples. Actes du colloque, Garoua, Cameroun. Prasac, N’Djamena, Tchad, CIRAD, ITRA-CRASH, Montpellier, 9 p.
Fichier des localités 2022, 5ème RGPH, INSD 219, 400 p.
GUINKO Sita 1984. Végétation de la Haute-Volta, Thèse de doctorat, Université de Bordeaux III,Tome I, 318 p.
HOUNTONDJI Yves Carmel 2008. Dynamique environnementale en zones sahélienne et soudanienne de l’Afrique de l’Ouest : Analyse des modifications et évaluation de la dégradation du couvert végétal. Thèse de Géographie, Faculté des Sciences, Université de Liège, 153 p.
INSD, RGPH, 2019, Monographie de la région de la région du Sud-Ouest, 2022, 212 p.
IVe Rapport sur l’État de l’Environnement au Burkina Faso, 2017. SP/CNDD, 269 p.
Ministère de l’Environnement, de l’Économie verte et du changement climatique, 2019. Tableau de bord de l’environnement, 41 p.
OUATTARA Brama, SANOU Lassina, KOALA Jonas, et HIEN Mipro, 2022. » Perceptions locales de la dégradation des ressources naturelles du corridor forestier de la Boucle du Mouhoun au Burkina Faso», Cirad, pp. 43-60.
Programme d’Investissement Forestier (PIF) du Burkina Faso 2017. Notice communale de Batié, Résultats des diagnostics socio-fonciers et des planifications participatives, 16 p.
Raogo GANSAONRE Raogo Noël, 2018. « Dynamique du couvert végétal et implications socio-environnementales à la périphérie du parc W/Burkina Faso », vertigo, revue électronique en science de l’environnement, 20 p.
SOME Poyouor Honoré (2005). Aménagement régional et développement national, exemple de l’Ouest burkinabè. Thèse de doctorat en géographie, Université d’Abomey, École doctorale pluridisciplinaire ; Espace, Culture et Développement, 330 p.
SOULAMA Soungalo, KADEBA Abel Blandine, NACOULMA Salifou, TRAORE Yvonne Bachmann, THIOMBIANO Adjima , 2014. « Impact des activités anthropiques sur la dynamique de la végétation de la réserve partielle de faune de Pama et de ses périphéries (sud-est du Burkina Faso) dans un contexte de variabilité climatique », Journal of Applied Biosciences 87: 8047– 8064, ISSN 1997–5902, pp.8047-8064.
BOUKPESSI Tchaa, ADRIKA Nafiou, KOUMOЇ ZAKARIYAO, 2019. « Dynamisme de la végétation et état actuel de la flore du plateau de l’Adele (Centre-Togo) », Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, n° 7, 24 p.
TRAORE Lassane, OUEDRAOGO Issaka, OUEDRAOGO Amadé et THIOMBINO Adjima, 2011. « Perceptions, usages et vulnérabilité des ressources végétales ligneuses dans le sud-ouest du Burkina Faso », Int. J. Biol. Chem. Sci. [En ligne], 5(1), consulté le 02/07/2023, pp. 258-278. http://ajol.info/index.php/ijbcs.
OUANDE Moumouni, 2021. Recomposition de l’espace hydroaménagé de la commune rurale de Bama (Ouest du Burkina Faso). Thèse de doctorat unique de Géographie, Université Joseph KI-ZERBO, Laboratoire d’Etudes et de Recherches sur les Milieux et les Territoires (LERMIT), 415 p.
Pour citer ce document
Quelques mots à propos de : Abdoulaye KIEMDE
Docteur en Géographie et Aménagement du Territoire de l’Université Joseph KI-ZERBO
Laboratoire Dynamique des Espaces et Sociétés (LDES).