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N°42-Spécial

Robert KPOBLI et Joseph SAHGUI

Organisation résiliente de cluster de piment : cas du Bénin

Article

Résumé

Les clusters agricoles sont des Concentrations géographiques d’entreprises interconnectées, de fournisseurs spécialisés, de prestataires de service, d’entreprises connexes, et d’institutions associées sur des domaines particuliers sur lesquels ils sont en concurrence mais également coopèrent. Cette approche vise la facilitation de l’accès au marché sécurisé au profit des producteurs à travers la formalisation des relations d’affaires inclusives avec différents acteurs notamment les agrégateurs que sont les transformateurs, les fournisseurs de semences, les fabricants d’intrants organiques et les commerçants. Ces regroupements d'entreprises sont également un champ de division sociale et de leadership négatif. La production de piment sous sa forme séché et en poudre constitue les deux chaînes de valeur mis en jeu pour évaluer la résilience des organisations auxquelles les acteurs appartiennent. Les méthodes qualitatives et quantitatives sont utilisées. L’échantillonnage des enquêtés producteurs est déterminé par la technique aléatoire alors que les autres sont déterminés par la technique de boule de neige. Au total, 64 producteurs retenus par la formule de SCHWARTZ, (1995), 60 commerçants, 82 transformateurs et 6 prestataires de services par la technique de neige. Au total 212 acteurs sont enquêtés.

Abstract

Agricultural clusters are geographical concentrations of interconnected businesses, specialist suppliers, service providers, related businesses, and associated institutions in particular areas where they compete but also cooperate. This approach aims to facilitate secure market access for producers through the formalization of inclusive business relationships with various stakeholders, including aggregators such as processors, seed suppliers, organic input manufacturers, and traders.These business clusters are also a breeding ground for social division and negative leadership. The production of chili peppers in dried and powdered forms constitutes the two value chains used to assess the resilience of the organizations to which the actors belong. Qualitative and quantitative methods were used. The sample of producers surveyed was determined by random sampling, while the others were selected using snowball sampling. In total, 64 producers were selected using the Schwartz formula (1995), 60 traders, 82 processors, and 6 service providers using snowball sampling. A total of 212 actors were surveyed. A chili pepper interprofessional organization, and even better one with a framework agreement, would be more responsive to the development of the chili pepper sector.

Texte intégral

pp. 160-177

Introduction

1Selon le MAEP, (2017), le secteur agricole, levier majeur du développement de l’économie occupe 48,2% des actifs, contribue à plus de 32% à la formation du Produit Intérieur Brut (PIB) et fournit plus de 80% des recettes d’exportation du Bénin. Or pour développer l’agriculture, vient en premier plan l’homme qui est essentiellement un être social, caractérisé par la multiplicité et la diversité de ses besoins d’une part et son incapacité à les satisfaire tout seul d’autre part. L’homme ne peut donc se réaliser pleinement et accéder au bonheur que dans et par le groupe, la société, ou mieux par l’association avec d’autres hommes. On comprend donc pourquoi B.Raymond, (1994, P.270) affirmait que « le fait social premier, c’est le groupe ». C’est ce qui explique la raison d’existence des différentes formes de regroupement d’acteurs dont les clusters agricoles au sein desquels les membres sont appelés à travailler et à coopérer ensemble pour la réalisation du bien-être de chacun et de tous. Selon l’article de F. Anne (2012) le cluster est «une concentration d’entreprises d’un même secteur dans une même localité qui s’explique par les externalités positives générées du fait de leur proximité spatiale et sociale.

2Ces groupes ou cluster agricoles existent depuis des décennies mais force est de constater que les essais de définition de la notion de cluster ont évolué dans le temps à partir de 1990 où Michael Porter a sorti cette notion pour la première fois. Pour ce dernier les cluster sont « des Concentrations géographiques d’entreprises interconnectées, de fournisseurs spécialisés, de prestataires de service, d’entreprises connexes, et d’institutions associées sur des domaines particuliers sur lesquels ils sont en concurrence mais également coopèrent » P. Michael (1998, p.197).,. Les clusters d’entreprises sont des faits observables. Au lieu de s’éloigner les unes des autres pour limiter la concurrence, une part significative d’entreprises d’un même secteur, se focalise à proximité des unes des autres et entre en interaction intense P.Michael (2000). Globalement dans un cluster il y a un agrégateur et des agrégés répartis en acteurs directs et indirects. Dans le secteur agroalimentaire, les clusters particuliers observés ont quelques spécificités puisqu’ils se développent autour de produits ou de services en relations fortes avec un territoire, du fait des aptitudes agro- écologiques requises par les spéculations et des habitudes de consommation des consommateurs de ce territoire. De tels clusters sont connus sous la dénomination de Systèmes Agro-Alimentaires Localisés (SYAL) en zone francophone.

3Quant à G. Eva, (2010), un cluster est « une concentration géographique des industries qui créent des réseaux de valeurs qui regroupent les relations verticales le long des chaînes de valeurs avec des relations horizontales entre les producteurs ».

4En Afrique, du fait de la taille souvent très petite des entreprises et du caractère informel de leurs activités, ces SYAL ou clusters sont souvent passés inaperçus et les travaux sont rares. C’est ce qui a justifié un travail de collecte et d’analyse sur la filière piment agroalimentaire localisée dans le département du Couffo au Bénin. En effet au Bénin, cette filière piment est l’une de plus intéressantes sur le plan socio-économique. C’est la deuxième culture maraîchère après la tomate au Bénin DSA/MAEP (2017). Sa production nationale annuelle en 2024 est estimée à 340 000 tonnes (ATDA, 2024). La production du piment est grandissante dans le monde de par les profits qu’en tirent les acteurs des différentes chaînes de valeurs qui y sont affilées tels que, la transformation et la commercialisation pour réduire les pertes poste récoltes. Kader, A. (2005) souligne que les pertes post-récolte des légumes-fruits comme le piment peuvent atteindre 20 % à 50% dans les pays tropicaux, en raison des conditions de manipulation et de stockage inadéquates (plus de 30%). 78122 tonnes du piment brut sont commercialisées alors que 812 tonnes séché et 40 tonnes rendues en poudre (ATDA, 2024). L’importance du cluster du piment rouge séché se manifeste à plusieurs niveaux : économique, social, et organisationnel. Le piment rouge séché est un produit recherché sur les marchés régionaux (Nigéria, Ghana, Côte d’ivoire) et internationaux (Europe, Asie).

5Dans ces conditions, est-ce un folklore de se regrouper en cluster piment ou une force pour impulser l’accès au marché, gage de la sécurité alimentaire et de gain de devise ?

Cadre théorique de l’organisation des acteurs de cluster agricoles

Définitions clés

6- Un « cluster » agricole peut être défini comme un réseau d’acteurs (producteurs, transformateurs, commerçants, prestataires de services, institutions) organisés géographiquement ou par filière, collaborant autour d’une chaîne de valeur partagée, avec des objectifs communs (innovation, accès au marché, valeur ajoutée).

7Les Organisations Professionnelles Agricoles ont pour missions : organisation des membres, représentation et force de proposition, contribution à l’élaboration et à la mise en œuvre des politiques et stratégies, renforcement des capacités des membres à différents niveaux et défense des intérêts des membres.

8Les interprofessions agricoles ont pour mission : élaboration des stratégies contractuelles qui garantissent l’équité entre les membres tout en permettant de développer les performances des filières et de défendre ses intérêts. Il faut conclure que l’« institutionnalisation » via des interprofessions, plates-formes de dialogue public-privé, soit la forme plus résiliente de cluster recherchée etc

Acteurs typiques d’un cluster piment

9Dans le contexte béninois, les acteurs peuvent être identifiés selon les maillons : producteur, transformateur sont les deux retenus par les réformes des interprofessions car ce sont ces deux maillons qui supportent des conséquences s’il a un problème quelconque sur la filière

Relations et gouvernance

Pour que le cluster fonctionne efficacement, il faut un schéma organisationnel-gouvernance :

  • formalisation des relations : contrats entre agrégateur et producteurs, engagement de volumes, qualité, prix. (Au Bénin les clusters fonctionnaient sur la base de « contrats verbaux » mais qu’il faut désormais formaliser. )

  • comité de gestion ou structure de pilotage : un organe qui rassemble les acteurs clés, assure la coordination, planifie, contrôle.

  • communication, concertation : plateformes de dialogue public-privé, réunions inter-acteurs.

  • répartition claire des rôles/responsabilités : qui produit, qui transforme, qui commercialise, qui finance, qui appuie.

  • gouvernance inclusive, participative : intégrer les petits producteurs, les femmes, les jeunes.

  • leadership de l’agrégateur et/ou d’un facilitateur cluster : l’agrégateur joue un rôle central.

  • cadre institutionnel : délimitation géographique ou sectorielle du cluster, appui public-privé, normativité, outils de suivi-évaluation. (Ex : document stratégie nationale filières/cluster au Bénin.)

Fonctionnement-Opérations clés

Dans le cadre d’un cluster piment, les opérations suivantes sont essentielles :

  • agrégation de la production : sécuriser les volumes pour les transformateurs/commerçants.

  • standardisation/qualité : variétés certifiées de piment, intrants adaptés, bonnes pratiques de culture, post-récolte (séchoirs, stockage). (Ex : site Itagui projet piment cluster, semences certifiées mentionnées).

  • transformation : séchage, broyage, conditionnement, packaging des produits dérivés.

  • commercialisation/marketing : vente locale, nationale, exportation, accès aux chaînes modernes.

  • financement & services techniques : crédit, assurance, conseil agricole, infrastructures partagées. (Ex : clusters sont plus attractifs pour les IMF que producteurs isolés).

  • suivi & évaluation : indicateurs de production, valeur ajoutée, volume commercialisé, emplois créés. (Ex : stratégie nationale mentionne tableau de bord, base de données).

Conditions de succès / facteurs clés

Voici les facteurs qui favorisent la réussite d’un cluster piment :

  • volumes suffisants de production pour capter les économies d’échelle et répondre aux marchés.

  • accès aux intrants de qualité et aux variétés adaptées. (Itagui : semences de HGT)

  • infrastructures de traitement et transformation (séchoirs, conditionnement).

  • marchés accessibles et sécurisés via contrat ou agrégateur.

  • gouvernance efficace et formalisée.

  • appui institutionnel (Etat, programmes, agences).

  • capacités techniques des acteurs : gestion, comptabilité, marketing. (Ex : formation jeunes entrepreneurs au cluster agricole)

  • intégration des maillons : production + transformation + commercialisation sont liés dans le cluster, pas isolés.

  • adaptation aux contraintes locales (foncier, climat, logistique, accès à financement).

Application au contexte béninois pour la filière piment

Quelques observations concrètes au Bénin, applicables:

  • le pays a une « Stratégie nationale de promotion des filières agricoles intégrant l’outil clusters agricoles » (MAEP, 2017) qui précise les étapes, outils, acteurs.

  • l’approche cluster est déjà mise en œuvre dans la filière piment : ex. le site de production de piment à Itagui dans la commune de Dassa-Zoumé avec intervention d’ACMA2.

  • le rôle de l’agrégateur est souligné : « À la tête du cluster se trouve un agrégateur … Il peut être un commerçant, un transformateur ou même un producteur ».

  • l’organisation des acteurs présente encore des défis : par exemple, dans la section commerciale de la filière piment, 91 % des commerçants évoluent dans le secteur informel.

  • le cadre institutionnel : les ATDA, les interprofessions, etc., jouent un rôle de coordination territoriale et filière.

Matériels et Méthode

Zone de recherche

10Le département du Couffo est le territoire concerné ici situé au Sud-Ouest du Bénin. Il est l’un des douze départements que compte le Bénin. D’une superficie de 2404 km2, le département du Couffo est subdivisé, sur le plan administratif, en six communes que sont Aplahoué, Klouékanmey, Dogbo, Lalo, Djakotomey et Toviklin. La carte ci-dessous montre les cluster qui y sont identifiés.

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Figure 1 : Carte de positionnement de cluster agricoles dans le département du Couffo

11La lecture de cette figure 1 ci-dessus, montre qu’il y a dans ce département plusieurs cluster de piment: Ets Sylva Tomate, l’Ets Abrevar Agri , Ets Le Progrès 2S, Ets ESA Groupe, l’UCCM-Dogbo. Peuple caractérisé par une cohésion sociale par excellence, ces cluster agricoles agitent-ils ce milieu de sorte à faire régresser cette cohésion sociale ?

Matériels et méthodes

12Pour conduire ce travail, la démarche utilisée est structurée en plusieurs étapes. Une combinaison de questionnaire, de guide d’entretien, de synthèse des expériences, et de la documentation. La démarche méthodologique adoptée est participative, inclusive et genre sensible.

Echantillonnage et base de données des producteurs

13L’échantillonnage est fait par maillon. Celui des producteurs est déterminé par la technique de (SCHWARTZ, 1995) :la formule de SCHWARTZ (N = Zα2 PQ/d2) fait ressortir 64 producteurs de piment comme suit :Aplahoué: 14 ; Djakotomey: 12 ; Dogbo: 7 ; Klouékanmey: 13 ; Lalo: 10 ; Toviklin: 8

Echantillonnage des transformateurs, des commerçants et des prestataires :

14La technique de boule de neige ou échantillonnage par référence a été utilisée et a permis d’identifier soixante (60) commerçants et quatre-vingt-deux (82) transformateurs. Une fois les sujets à enquêter listés dans les différents maillons, les données quantitatives sont collectées grâce à un questionnaire administré par l’application KoBoCollect. Les analyses sociales, économiques ont permis de ressortir les enjeux de performances des cluster étudiés.

Résultats

Catégorisation des cluster agricoles dans le Couffo

15Dans la zone d’étude qui est le département du Couffo, on dénombre plusieurs cluster agricoles (soja, riz, gari, etc…) mais également des cluster de piment. Le tableau ci-dessous présente les types étudiés.

Tableau1: Identification des cluster de piment dans le département du couffo

Rubriques

SYLVA Tomate (Klouékanmey)

Esa Groupe

(Aplahoué)

Abrevar Agri (Klouékanmey)

UCCM-Dogbo

(Dogbo)

Nom et Prénoms

AGBEDE Sylvie Pélagie épouse OBE

ESSOU Sophie Aimée

DAVITO Abraham

AGBO Tchao Kouessivi

Sexe

Féminin

Féminin

Masculin

Masculin

Date de naissance

le 09 Avril 1967

18 septembre 1962 à Cotonou

30/11/1989 a azové

21 Décembre 2015

Situation matrimoniale

Mariée et mère de 04 enfants

Marié avec 2 enfants

Marié avec 2 enfants

246 maraîchers dont 105 femmes

Niveau d’étude

3ème de l’enseignement secondaire

4ème

Technicien agricole

Date de création du cluster

2000

2011

2019

2015

Chaines de valeur embrassées

Piment séché, piment en poudre, purée de tomate, divers jus

Piment séché, piment en poudre, purée de tomate, divers jus

Piment séché, piment en poudre, purée de tomate, divers jus

Piment vert « gbotakin »

KPOBLI Robert 2024

16Il ressort du tableau 1 que le département du couffo regorge de quatre types de cluster de piment dont deux dans la commune de Klouékanmey, un dans la commune de Dogbo et un dans le commune d’Aplahoué. Notons que d’autres cluster agricoles existent dans la commune de Lalo (un cluster riz type ESOP) et d’autres initiatives moins importantes non considérées dans le cadre de cette étude comme le cluster soja dans la commune de Djakotomey. Ces clusters sont tous dans un même espace géographique (distance entre eux :une vingtaine à une trentaine de kilomètres).

Pour comparer le fonctionnement de ces cluster de piment étudiés, six axes de fonctionnalité sont retenus à savoir :

  • Production et rentabilité 

  • Démographie

  • Finance

  • Organisation/coordination

  • Marché et collaboration

  • Perspectives/suggestion

Le tableau ci-dessous nous en donne les résultats :

Tableau 2: Axe de fonctionnement des cluster de piment (point sur 10)

Axes de fonctionnalité des cluster de piment du Couffo

 

Point sur 10

Point sur 10

Point sur 10

Point sur 10

Sylva Tomate

Esa groupe

Abrevar Agri

UCCM-Dogbo

Production et rentabilité

8,33

7,5

6

5

Démographique

8

7

7

6

Finance

5

6

6,5

6

Organisation /Coordination

6

5

9

5

Marché et collaboration

7

8

9

8

Perspectives / suggestion

8

4

7,5

5

Moyenne

7,055

6,25

7,25

5,83

KPOBLI Robert 2024

17Il ressort du tableau 2 qu’il existe une diversité de fonctionnalité de cluster de piment et ceci en fonction du domaine ou axe considéré. Le plus faible axe reste celui ayant une faible note sur 10 et l’axe le plus coté est celui de l’organisation/coordination traduisant la plus forte note dans ce domaine. Les scores moyens en combinant les critères de fonctionnalité, décroissent dans l’ordre suivant : ABREVAR AGRI, SYLVA TOMATE, ESA-GROUP, UCCM-DOGBO. Le dernier cluster est un réseau des producteurs de piment vert qui organisent une vente groupée considérée comme un cluster de piment vert. Les trois premiers sont des réseaux où l’agrégateur est un transformateur de produits agro-alimentaire dont le piment rouge sec long.

Production et rentabilité moyenne annuelle comparée de deux des cluster de piment étudiés dans le Couffo

L’analyse des données issues de notre enquête permet de ressortir les indicateurs de performance économique suivants :

  • Chiffre d’affaires TTC (a) moyen annuel : 14 945 729 FCFA

  • Charges fixes (personnel, impôts, taxes, intérêts, amortissements) (b) moyenne annuelle : 2656542 FCFA

  • Charges variables (matières premières, services) (c) moyenne annuelle : 2 314 100 FCFA

  • Marge sur coûts variables (d=a-c) moyen annuel : 12 631 630 FCFA

  • Coefficient marge sur coût (e=d/a) % moyen annuel : 0,82

  • Seuil de rentabilité (b/e) moyen annuel : 3 344 433 FCFA

[j'ai adhéré au cluster piment sylva tomate parce que sortie du lycée, je dois rechercher des moyens financiers pour non seulement m’approprier de la connaissance théorique apprise mais épargner pour s’acheter progressivement les matériels et équipements de transformation. J’ai créé mon entreprise pour aider les membres à s'épanouir et à répondre aux besoins vitaux puis pour aider les femmes à lutter contre pauvreté nous confie dame D.C., 42 ans, responsable d’une unité de transformation à Klouékanmey, 18/10/2023 à 16h23mn).

18Il en ressort que les cluster sont un creuset d’apprentissage et d’autonomisation de la femme. La gouvernance de ces cluster de piment est basé sur une charte et ils sont à la recherche de leur équilibre. Ils ont pour la plupart un bureau exécutif composé au minimum de 3 membres et d’un bureau de contrôle composé de trois personnes.

" Le cluster a un Bureau exécutif dont je suis la présidente, Je ne prends aucune décision sans les autres. Parfois nous faisons des assemblées générales où les membres disent ce qu'ils pensent. ’’ nous confie A.S.P.54 ans, responsable d’une unité de transformation à Klouékanmey, 21/7/2023 à 11h32mn .

Le mode de gouvernance, autant il est dans la réalité concentré entre les mains de la présidente et de la trésorière qui apparaissent comme les principaux responsables.

[Le cluster me permet de m'occuper de ma famille, de m'habiller et d'apprendre à parler en public, je suis la trésorière et à ce titre j'apprends à gérer de l'argent et à gérer des conflits entre les membres. Cette organisation nous permet d'avoir une forme de solidarité par exemple si quelqu'un a un événement heureux ou malheureux, les autres se cotisent pour lui venir en aide. Le cluster permet aux autres femmes et à moi-même d'augmenter notre fonds de commerce et de mener nos activités sans dépendre de nos maris]. (D.L, 60 ans, responsable d’une unité de transformation à Lalo, 13/12/2023 à 12h25mn).

19Il apparaît clairement que l’appartenance à ces cluster procurent aux femmes qui sont membres une certaine autonomie financière. Cette autonomie peut être vue comme une certaine sécurité financière qui les met à l’abri d’une trop grande dépendance vis-à-vis de leurs époux.

Analyse de la sécurité financière :

La gouvernance

20Les structures de gestion du cluster sont à la recherche de leur équilibre : Ils ont pour la plupart un bureau exécutif composé au minimum de 3 membres et d’un bureau de contrôle composé de trois personnes.

" Le cluster a un Bureau exécutif dont je suis la présidente, Je ne prends aucune décision sans les autres. Parfois nous faisons des assemblées générales où les membres disent ce qu'ils pensent. ’’ nous confie A.S.P.54 ans, responsable d’une unité de transformation à Klouékanmey, 21/7/2023 à 11h32mn ;

Le mode de gouvernance, autant il est dans la réalité concentré entre les mains de la présidente et de la trésorière qui apparaissent comme les principaux responsables.

Appartenance au cluster et autonomisation

" Le cluster piment me permet d'avoir des revenus pour faire face à mes problèmes quotidiens : par exemple sur un Kg de piment transformé nous gagnons 295 FCFA pour faire face à nos besoins" nous confie dame A.S.P., 54 ans, responsable d’une unité de transformation à Klouékanmey, 21/7/2023 à 12h15mn

" Le cluster me permet de m'occuper de ma famille, de m'habiller et d'apprendre à parler en public, je suis la trésorière et à ce titre j'apprends à gérer de l'argent et à gérer des conflits entre les membres. Cette organisation nous permet d'avoir une forme de solidarité par exemple si quelqu'un a un événement heureux ou malheureux, les autres se cotisent pour lui venir en aide. Le cluster permet aux autres femmes et à moi-même d'augmenter notre fonds de commerce et de mener nos activités sans dépendre de nos maris. " . Nous confions dame D.L, 60 ans, responsable d’une unité de transformation à Lalo, 13/12/2023 à 12h25mn

21Il apparaît clairement que l’appartenance à ces cluster procurent aux femmes qui sont membres une certaine autonomie financière. Cette autonomie peut être vue comme une certaine sécurité financière qui les met à l’abri d’une trop grande dépendance vis-à-vis de leurs époux.

22La plupart de nos interlocutrices reconnaissent que leur appartenance au cluster piment leur procure des compétences et leur assure une valorisation au sein de leur communauté :

Le cluster piment me permet de m'occuper de ma famille, de m'habiller et d'apprendre à parler en public, je suis la trésorière de l'association et à ce titre, j’apprends à gérer de l'argent et à gérer des conflits entre les membres de l'association. Je suis beaucoup sollicité pour prendre part à des ateliers, réunions et formations diverses   nous confie dame D.L, 60 ans, responsable d’une unité de transformation à Lalo, 13/12/2023 à 14h5mn

Enfin, le cluster est un endroit où se crée le lien et la solidarité.

Quand un membre de notre cluster a un problème nous nous réunissons pour voir comment lui venir en aide », « Quand moi-même j'ai une cérémonie j'invite les membres à me porter de l'aide dans la cuisine pour apprêter les repas aux invités. Nous sommes très solidaires dans notre organisation. L’association a permis de découvrir les autres femmes et d'améliorer ma façon de transformer des produits maraîchers notamment le piment en poudre et en épice et de bénéficier de l'expérience des autres, nous confie dame D.L, 60 ans, responsable d’une unité de transformation à Lalo, 13/12/2023 à 12h30 mn.

Contractualisation

23Les clusters étudiés sont plus en contrats verbaux où les engagements sont faiblement respectés. Dans une perspective de l’interprofession, les contrats sont formalisés, enregistrés et respectés. Le cluster agricole est une interprofession en miniature (dans un espace réduit).

Discussion

24Dans la littérature, F. Anne (2012) a fait ressorti dans son article, deux modèles qui émergent en période de grands changements dans un cluster:

  • les entreprises leaders qui surmontent les crises: Une tentative analogue a été faite de promouvoir une sortie de crise dans le secteur de la crevette d’exportation au Bénin où les transformateurs-exportateurs auraient du jouer un rôle leader

  • Le type interprofessionnel qui convient aux entreprises agroalimentaires: C’est une forme couramment rencontrée dans les clusters agroalimentaires de l’Europe autour de produits de terroir comme le fromage, le vin, etc. qui s’organisent autour d’indications géographiques et autres mesures protégeant leur produit contre la concurrence de produits de masse.

25Dans le cadre de cette recherche, deux types de cluster sont catégorisés en considérant les types d’agrégateurs (portage par un transformateur, et portage par une union de producteurs). En fonction de leur fonctionnement la catégorisation va de : très bonne performance, bonne, moyenne, petite, à faible performance.

Conclusion

26Cette recherche confirme les résultats des auteurs qui prônent la diversité des clusters agricoles. (SUIRE et al, 2009b) qui en distinguent quatre modèles en fonction des dynamiques technologiques.

27Multiples raisons justifient l’adoption de cluster piment comme voie de facilité d’accès au marché. Cette nouvelle forme d’accès au marché par le cluster agricole est appuyée de plus en plus par les pouvoirs publics, les partenaires techniques et financiers et il faille l’implémenter à l’échelle nationale (interprofession) en suivant les étapes adéquates de sa mise en place de sa maturation progressive en évitant au maximum le clivage des liens sociaux qui gouvernent prioritairement la société de nos jours.

Bibliographie

ATDA-VN, (2024/2025) Rapport de suivi/évaluation 2024/2025 du Programme National de Développement de la Filière culture maraîchère

Gálvez-Nogales Eva, 2010 «Agro-based cluster in developing countries: Staying competitive in a globalized economy. Occasional Papers No. 25, FAO-Agricultural ...»

FLOQUET Anne (2012), « Micro-entreprises agroalimentaires et développement économique local :trajectoires d'évolution de cinq clusters féminins dans deux agglomérations moyennes au Benin.»

KADER A. A. « Increasing food availability by reducing postharvest losses of fresh produce. » In: Acta Horticulturae, vol. 682, 2005. pp.2169-2176

MAEP, (2017) stratégie nationale de promotion des filières agricoles, intégrant l’outils cluster agricole

Porter, Michael, 2000 : « How competitive forces shape strategy ». Strategic Planning: Readings 102. pp 1-10.

BOUDON Raymond et al, (1994), Dictionnaire critique de la sociologie, Paris, 1994.

SCHWARTZ, Daniel (1995) : Méthodes statistiques à l’usage des médecins et des biologistes. Editions médicales Flammarion, 4 ème édition, Paris; 314 p.

xwxSUIRE et al, 2009b, « Cluster for life or life cycle of cluster : from declining to resilient cluster. mimeo CREM ».

Pour citer ce document

Robert KPOBLI et Joseph SAHGUI, «Organisation résiliente de cluster de piment : cas du Bénin», Mu Kara Sani [En ligne], Dossier, N°42-Dec 2025, N°42-Spécial, mis � jour le : 20/02/2026, URL : https://www.mukarasani.com:443/mukarasani/index.php?id=1014.

Quelques mots à propos de :  Robert KPOBLI

Doctorant en Sociologie du Développement

Université d’Abomey- Calavi (UAC)

kpoblirobert@gmail.com

Quelques mots à propos de :  Joseph SAHGUI

Professeur Titulaire en Sociologie du développement

Université d’Abomey-Calavi

sahpojos.lakrohoun@gmail.com