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N°42-Dec 2025
Analyse des relations pluviométrie et culture de coton dans la sous-préfecture de Kolia (Nord de la Côte d’Ivoire)
Résumé
Au lendemain des indépendances, les cultures de rente n’étaient pas encore vulgarisées dans les milieux de savanes. Ainsi, pour freiner les migrations vers les zones forestières et réduire les inégalités socio-spatiales, la culture du coton a été introduite dans le nord de la Côte d’Ivoire. Cependant, le contexte du changement climatique conditionne beaucoup l’épanouissement de cette culture. L’objectif de cette étude est d’établir un lien entre les hauteurs pluviométriques et les besoins en eau du cotonnier dans la sous-préfecture de Kolia. Pour la méthodologie, des données ont été collectées dont les hauteurs pluviométriques, les superficies cultivées, les rendements et les données sur le cotonnier (répartition de la quantité d’eau selon les phases du cycle végétatif). Les résultats montrent que le cotonnier a besoin de 875 mm d’eau en moyenne par cycle végétatif. Dans des conditions de déficits ou d’excès, les rendements sont menacés. La hausse de la pluviométrie de 2015 à 2024 a contribué au shedding (14 %) et à l’asphyxie racinaire (2 %). Toutefois, l’augmentation des superficies par les agriculteurs ne satisfait pas les rendements souhaités.
Abstract
Following the independence movements, cash crops were not yet widely adopted in the savannah areas. Therefore, in order to curb migration towards forested zones and reduce socio-spatial inequalities, cotton cultivation was introduced in the north of Côte d'Ivoire (Ivory Coast). However, the context of climate change significantly affects the successful development of this crop. The objective of this study is to establish a link between pluviometric (rainfall) heights and the water requirements of cotton plants in the sub-prefecture of Kolia. In terms of methodology, data was collected, including rainfall heights, cultivated areas, yields, and data concerning the cotton plant (distribution of the water quantity according to the phases of the vegetative cycle). The results demonstrate that the cotton plant requires an average of 875 mm of water per vegetative cycle. Under conditions of deficits or excesses, yields are threatened. The rise in rainfall from 2015 to 2024 contributed to shedding (14%) and root asphyxia (2%). Nevertheless, the increase in cultivated areas by farmers is not meeting the desired yields.
Texte intégral
pp.70-88
Introduction
1L'introduction de la culture du coton dans le Nord de la Côte d'Ivoire par l'administration coloniale française avait plusieurs objectifs principaux, principalement liés aux besoins économiques de la métropole et à la stratégie de gestion de la colonie. Il s’agissait d’assurer l'approvisionnement de l'industrie Textile Française car cela réduisait la forte dépendance de la France vis-à-vis des sources étrangères de coton (comme les États-Unis ou l'Égypte). Ensuite, assurer un développement économique et monétarisation de la Colonie. Car c’était une opportunité de développer une culture d'exportation lucrative qui pourrait générer des revenus pour la colonie. Enfin, assurer un contrôle territorial et social. Cela visait indirectement à freiner les mouvements migratoires saisonniers et définitifs des populations du Nord vers les plantations du Sud ou les centres urbains, assurant ainsi une main-d'œuvre stable dans la zone de savane. Au-delà de ces objectifs coloniaux. Le coton, introduit en Côte d’Ivoire dans les années 1960, a permis de diversifier l’agriculture et répondre aux besoins de l’industrie textile Ivoirienne. En effet, les premières plantations ont été établies dans le nord du pays. Dans les années 1970 et 1980, le gouvernement a mis en place des politiques pour promouvoir la culture du coton, notamment par le biais de subventions et d’amélioration des infrastructures. C’est pourquoi, la Côte d’Ivoire pendant la décennie 70-80 était devenue l’un des principaux producteurs de coton en Afrique de l’Ouest (BERTI et al., 2006, p. 16), avec des rendements en hausse grâce à l’introduction de variétés améliorées. Installée dans la zone Franc CFA, elle voit ses rendements de coton fibre, faiblement varié, entre 310 Kg/ha (1980-1981) à 445 Kg/ha (2004-2005) (BERTI et al., 2006, p. 16). En effet, le coton, produit d’exportation, occupant le 3ème rang en Côte d’Ivoire (MINAGRA, INTERCOTON, 2002, P326), joue un rôle capital dans son économie en apportant entre 5 et 10 % des exportations du pays et fait un chiffre d’affaires d’environ 120 milliards de Francs CFA par ans (BNETD, 2004, p. 32). Cette culture constitue un moyen de réduction de pauvreté, et du chômage en milieu rural ivoirien (TANDJIEKPON, 2009, p. 11). Le but recherché est de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des cotonculteurs et faire de la cotonculture le socle du développement économique du monde rural ivoirien.
2Cependant, avec les changements des condtions climatiques, cette culture connait des difficultés. En effet, la productivité est à la baisse car de 906,18 kg/hectare durant la campagne de 2010-2011, on est passé à 739,7 Kg/hectare (IvoireCoton, 2025). Les paysans se plaignent des faibles conditions pluviométriques durant le cycle végétatif de la plante, des conditions difficiles de la production du coton, de la baisse des prix. Le chef du village de Kodjaga explique les conditions pluviométriques : « Lorsque je fais le semis du coton, les pluies ne tombent pas comme je le souhaite. Ce qui fait que les cotonniers ne grandissent pas correctement. Et si le cotonnier n’est pas grand, il ne peut y avoir assez de fruits. Malheureusement, c’est à la récolte que les pluies tombent. C’est pourquoi nombreux d’entre nous voient leur coton acheté comme deuxième choix par ce que la fibre est colorée. » Pour faire face à ces situations, ils adoptent plusieurs techniques agricoles notamment la rotation des cultures, l’agricultures de conservation et l’utilisation de variétés résistantes à la sécheresse. La sous-préfecture de Kolia, située au nord de la Côte d’Ivoire précisément dans la région de la Bagoué, n’est pas en marge de cette réalité. L’objectif de cette étude sera d’établir un lien entre le cumul pluviométrique et les besoins du cotonnier. De façon spécifique, il s’agira de présenter les besoins du cotonnier durant son cycle végétatif, ensuite établir les liens entre le cumul pluviométrique de la sous-préfecture et les besoins en eau du cotonnier puis enfin, ressortir les conséquences qui en découlent. La figure 1 montre la localisation de la Sous-Préfecture de Kolia.
3Carte 1 : Localisation de la Sous-préfecture de Kolia

BNETD/2023 Réalisation : K. Karnon, 2024
Matériels et méthode
4Afin de répondre de manière rigoureuse et systématique à la question de recherche posée et d’atteindre les objectifs fixés, cette étude s’appuie sur une méthodologie clairement définie. Deux points essentiels seront détaillés notamment la collecte des données et leur traitement.
Données collectées
5D’abord, il y a les données pluviométriques (mensuelle et interannuelle) sont obtenues sur le site nasapowerlac de 1995 à 2024 (Lat : 9,765187 ; Long : -6,463664. Cela est dû à l’absence de données in situ (SODEXAM) entre 2002 et 2011 de la zone d’étude à cause de la crise Ivoirienne). Cette période correspond à une normale (30 ans). Ensuite, il a été question d’un entretien auprès des responsables de Ivoire Coton de Boundiali (Directeur de Ivoire Coton, les conseillers agricoles de Kolia) et les paysans. Ainsi,75 personnes ont été enquêtées dans quatre (4) villages dont Blediemene, Kodiaga, Kantara et Dembasso. La méthode d’échantillonnage est celle de la boule de neige Au cours de cet entretien, les données comme la production en tonne, les superficies cultivées, les données sur les besoins du cotonnier en eau et la productivité ont été obtenues entre 2010 et 2024. Un questionnaire a été administré auprès des paysans pour recueillir leur avis sur l’impact actuel des pluies la coton culture. La période d’étude part de 1e Mai au 31 Octobre de 1995 à 2024 soit 6 mois ou 180 jours. Ce qui correspond au cycle végétatif moyen du cotonnier. Cette période est choisie car les paysans commencent le semis de la première semaine de Mai (avant le 6). Les fonds de carte ont été extraient de la base de données Mapcôte version 2017.
Traitement des données
6A ce niveau, le régime pluviométrique de la période de Mai à Octobre de 1995 à 2024 été réalisé pour les analyse mensuelle inter décennale et la courbe d’évolution interannuelle des hauteurs pluviométriques a été réalisé. Ces résultats terrain ont été confronté aux normes des besoins du cotonnier dans chaque grâce à Excel. Toutes les courbes et graphiques ont été réalisées avec le logiciel Excel.
Résultats et discussions
7Cette section est dédiée à la présentation détaillée des résultats obtenus, suivie de leur interprétation approfondie. Elle a pour objectif de confronter aussi les résultats à la littérature existante.
Caractérisation des besoins en eau du cotonnier
Les exigences du cotonnier en eau par cycle végétatif
8En dehors des conditions édaphiques et des techniques de culture, l’eau est une condition indéniable à l’épanouissement des plantes. Ainsi, les structures spécialisées pour l’agriculture ont défini les exigences pluviométriques selon chaque phase d’évolution du coton tout comme les autres cultures. Le tableau 1 présente les caractéristiques du cycle végétatif du plant de coton.
9Tableau 1 : Les phases d’évolution du cotonnier et leurs caractéristiques
|
Phases de développement |
Période après semis (Nombre de jours) |
Durée |
Eau moyenne/jour (mm) |
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Levée et plantule |
10 à 45 |
35 jours |
1 à 2,5 |
|
Préfloraison |
45 à 75 |
30 jours |
2,5 à 6 |
|
Floraison Maximum |
75 à 120 |
45 jours |
6 à 10 |
|
Fructification/Maturation |
120 à 180 |
60 jours |
4 à 5,5 |
|
Total |
1 à 180 |
6 mois |
Ivoire Coton de Boundiali, 2024
10Il ressort de ce tableau que la culture du coton se développe sur une période 6 mois et un nombre de jour spécifique à chaque phase de son développement. Au fil de sa croissance, le cotonnier devient plus exigeant en eau. Juste après le semis, de la germination aux plantules, le cotonnier a besoin de 1 à 2,5 mm/j soit 10 à 45 mm en 35 jours. La seconde phase, préfloraison, dispose d’un besoin journalier d’eau de 2,5 à 6 mm en 30 jours. La phase de floraison maximum est très importante du point de vue de la demande en eau et de sa durée. Elle a un besoin du double en eau des autres phases, 6 à 10 mm/j en 45 jours. La dernière phase qu’est la fructification/maturation du cotonnier a un besoin qui se calque plus ou moins à la seconde et en deçà de la phase de la floraison maximum de l’ordre de 4 à 5,5 mm/j sur deux (2) mois. Cependant, le calendrier de la semi étant déterminé par les structures spécialisées, rend intéressant l’appréciation des hauteurs de pluie mensuelle.
Les exigences globales mensuelles du cotonnier en eau
11Les structures comme Ivoire Coton et la CIDT disposent d’un calendrier bien étudié pour caler au mieux la période de semi et de permettre le bon déroulement des phases d’évolution du cotonnier. Dans la sous-préfecture de Kolia, département de Boundiali, la pluviométrie a été suivi mensuellement et le tableau ci-dessous donne la synthèse des besoins en eau du cotonnier.
12Tableau 2 : Les besoins du cotonnier selon les mois
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Mois |
Phases de croissances |
Besoins pluviométriques (mm) |
Observations |
|
Mai |
Semis-Levée |
30 à 100 |
Besoins modestes |
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Juin |
Plantule-début préfloraison |
100 à 150 |
Développement foliaire |
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Juillet |
Préfloraison-Début floraison |
150 à 250 |
Début de la période critique |
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Août |
Floraison- début fructification |
180 à 300 |
Besoins maximaux (Stress hydrique critique) |
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Septembre |
Fructification-début maturation |
120 à 200 |
Grossissement des capsules |
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Octobre |
Maturation-ouverture des capsules |
0 à 50 |
Récolte |
|
Total |
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Ivoire Coton de Boundiali, 2024
13D’après ce tableau, pendant les six (6) mois du développement du cotonnier le besoin pluviométrique se situe entre 700 et 1050 mm. C’est à juste titre que cette culture se porte mieux dans l’agropole nord de la Côte d’Ivoire. Au regard des mois, les phases de croissance sont bien définies à savoir le semi-levée (mai), plantule-début préfloraison (juin), préfloraison-début floraison (juillet), floraison-début fructification (août), fructification-début maturation (septembre), maturation-ouverture des capsules (octobre). Alors, les cultivateurs sont priés de suivre les conseils des techniciens pour démarrer leur semi afin de profiter d’un besoin optimal en eau à chaque phase du cotonnier. Pendant, la phase du semis-levée, la demande en eau reste modeste avant de nécessité un surplus de 50 mm pour la phase de plantule-début préfloraison. A partir du développement foliaire, les besoins en eau deviennent de plus en plus importants. En cas de stress hydrique, la production est négativement impactée. La phase de floraison-début fructification est une période sensible du cotonnier qui détermine l’avenir de la récolte car les fleurs du coton ont besoins d’assez d’eau pour leur croissance. Au moment de la maturation, la demande en eau diminue pour le bon déroulement des capsules (inférieur à 50 mm). Les exigences du plant de coton étant connues mensuellement, il convient de confronter ces normes aux réalités observées sur le terrain.
Corrélations entre pluie observée sur le terrain et exigences du plant de coton
14Cette section qui consiste à mettre en relation le cumul pluviométrique et les besoins hydrique du plant de coton a pour objectif de mettre en évident les périodes critiques et les périodes favorables à la cotonculture.
Lien entre les besoins du cotonnier en eau et quantité mensuelle de pluie observée
15L’étude du lien entre les besoins en eau du cotonnier (pluie souhaitée) et la quantité mensuelle disponible (pluie observée) est importante dans la mesure où la quantité d’eau peut provoquer le stress hydrique ou l’asphyxie racinaire. La planche 1 montre la répartition des pluies observées du début de semis jusqu’à la récolte du coton.
16Planche 1 : Relation pluie observée et besoins du cotonnier
Nasapowerlac / Ivoire Coton de Boundiali 2024
17Sur une étude de trois (3) décennies, 1995-2004, 2005-2014 et 2015-2024, les deux premières décennies semblent s’ajuster sur la grille des besoins mensuelles par rapport à la dernière décennie (voir tableau 2). Ainsi, hormis le mois d’octobre (phase de maturation-ouverture des capsules) où le besoin pluviométrique se situe entre 0 et 50 mm, la moyenne de pluie observée reste excédentaire. Ce trop plein d’eau constitue un obstacle pour la récolte car le produit peut s’imbiber d’eau ou même provoquer plus de chute du coton. Par contre, au niveau de la décennie 2015-2024, seuls les mois de juillet (phase de préfloraison-début floraison) et d’août (phase de floraison-début fructification) avec des besoins respectifs de 150 à 250 mm et 180 à 300 mm tiennent dans cette fourchette. Les moyennes pluviométriques observées sont de 218,82 mm (juillet) et 281,23 mm (août). Cependant, les autres phases enregistrent des moyennes pluviométriques largement excédentaire. En somme, en comparant les moyennes pluviométriques observées dans la sous-préfecture de Kolia et les moyennes pluviométriques souhaitées, les décennies 1995-2004 et 2005-2014 ont été beaucoup propice au développement du cotonnier. Donc, des campagnes cotonnières avec des besoins de pluie optimale. Celle de 2015-2024 a probablement entaché la production du coton.
Analyse interannuelle des relations pluie-cotonnier
18La quantité d’eau dont a besoin un cotonnier pour son épanouissement varie entre 700 et 1050 mm soit une moyenne de 875 mm. En confrontant ces normes à la pluviométrie, on obtient la figure 1. L’analyse s’est portée sur les trois (3) normes représentées dont la minimale, la moyenne et la maximale.
19Figure 1: Mise en évidence de l’intervalle optimale de pluie nécessaire au plant de coton
Nasapowerlac / Ivoire Coton de Boundiali 2024
20A l’analyse, la norme minimale de pluie qu’exige le cotonnier est satisfaisante dans la sous-préfecture de Kolia sur la série 1995-2024. En effet, les pluviométries annuelles oscillent entre 705,82 mm (2023) et 1353,25 mm (2018) avec une moyenne de 875 mm. Par rapport à la moyenne, des années déficitaires ont été observé en 1996, 2001, 2002, de 2004 à 2007 et 2023. Bien qu’en dessous de la moyenne et supérieure à la norme minimale (700 mm), ces années ne constituent pas forcement un frein au développement des plants ou présentées un caractère de stress hydrique. Par conséquent, les années suffisamment au-dessus de la norme maximale peut-être un danger pour la croissance, le développement et le rendement du plant de coton. Il s’agit des années 1998, 2010, 2012, 2016, la période 2018 à 2021 et 2024. Dans l’ensemble, la série d’étude montre que la sous-préfecture de Kolia connait une hausse pluviométrique avec un coefficient directeur α = 7,96. Dans cette condition, le cotonnier fait face à de récurrentes périodes d’asphyxie qui ont lieu après l’année 2007.
Conséquences de l’excès des quantités pluviométriques sur la coton-culture
21Dans cette séquence, les problèmes créent par les excès des pluies capables d’influencer négativement la culture du coton sont abordés.
Des conséquences multiformes
22Lors des investigations, les avis sur les conséquences de l’excès de pluie au cours de ces dernières années ont été recueillis. Ainsi, six (6) conséquences sont mis en évidence. Il s’agit du Shedding, de la baisse du rendement et de la qualité du coton, des problèmes de transport, de l’asphyxie racinaire, des problèmes de conservation et des difficultés de commercialisation. La figure 2 présente les avis des agriculteurs et des conseillers agricoles.
23Figure 2 : Avis des producteurs et des conseillers agricoles
24Nos enquêtes, 2024
25Le graphique relève des conséquences directes (biologiques) et indirecte (après récolte). Au titre des conséquences directes, les enquêtés ciblent la baisse du rendement et de la qualité de la fibre de coton (33 %). En amont, cette conséquence émane principalement du shedding (14 %) et de l’asphyxie racinaire (2 %). Pendant la fructification ou la pleine floraison, l’excès d’eau peut provoquer la chute des capsules, des fleurs ou des boutons floraux (shedding). Surtout que les pluies sont quelques fois accompagnées de vent violent et compromettent aussi le remplissage des capsules qui donne un effet de pomme d’aiguille, une particularité des semis tardifs. Puis, un sol saturé d’eau entraine un jaunissement des feuilles (chlorose) et le flétrissement du cotonnier par manque d’oxygène dans le sol. Après la récolte, la régularité des pluies ne facilite pas la conservation des fibres de coton (23 %) suivie du transport des champs vers le village (9 %) et surtout le problème de commercialisation (19 %). Selon eux, les routes ne sont pas praticables, difficile de faire séchés les fibres et les acheteurs évitent la période pluvieuse. En état, les fibres de coton mal séché à cause de la pluie présentent une qualité de second choix. Cette qualité est achetée en dessous du prix homologué par l’Etat ivoirien.
Des rendements obtenus en déphasage des rendements souhaités
26Cultivé dans un système non motorisé, la superficie est fortement liée à la main d’œuvre disponible dans chaque ménage et à des moyens financiers. La variété cultivée à Kolia projette un rendement de 1,5 t/ha. Selon le Directeur de la structure agricole, les superficies sont évolutives et fonction également du prix/Kg du coton. La figure 3 présente l’évolution des superficies et des rendements sur la série 2011-2024.
27Figure 3 : Evolution des superficies et des rendements de coton de 2011-2024
IvoireCoton Boundiali, 2024
28L’analyse montre que dans la sous-préfecture de Kolia de 2010 à 2024, les superficies mises en valeur pour le cotonnier oscillent entre 1336 ha (2010-2011) à 4112 ha (2020-2021). Partant de la norme de 1,5 t/ha en moyenne, les rendements obtenus restent largement inférieurs aux rendements souhaités. Les calculs ont indiqué une satisfaction du rendement souhaité de 14,79 % (2021-2022) à 61,30 % (2018-2019). Par ailleurs, hormis la campagne de 2018-2019, les rendements obtenus n’ont pas atteint 50 % des rendements souhaités.
Discussion
29Dans la sous-préfecture de Kolia, la pluviométrie montre une tendance générale à la hausse surtout dans la décennie 2015 à 2024. Ce résultat ne concorde pas avec celui de K. Karnon (2022, p. 86) qui a fait une analyse de la pluviométrie de la zone de Kouto situé à 5 km de Kolia, où il met en évidence une baisse des quantités pluviométriques avec une coefficient de régression de l’ordre de – 0, 0127. Cette baisse aussi est abordée par K.C.N’da (2016, p. 25) qui a étudié la variabilité climatique et son impact sur la production agricole dans le bas-fond de Mahounou. Il s’appuie sur les données de 1943 à 2017 et mentionne une baisse pluviométrique importante de l’ordre de 214,3 mm/an entre les périodes de 1943-1971 et 1972-2017. Cette idée est soutenue par A.C. Séraphin et al., (2017, p. 2262), qui montrent une régression du nombre de jours de pluie avec un coefficient de -0,096 dans une étude sur la variabilité climatique et production maraîchère dans la plaine inondable d’Ahomey-Gblon au Bénin. Cependant, K.K. Romuald (2013, p. 123) a étudié l’impact de la variabilité climatique sur les ressources eau dans le bassin versant du N’zi et a constaté une régression des quantités pluviométriques. Ce même constat est fait par Y.N. Théodore (2015, p. 56) et K. Komenan (2018, p. 89) qui ont étudié respectivement la variabilité pluviométrique et son impact sur les cultures vivrières puis l’impact des changements climatiques sur la sécurité alimentaire en Côte d’Ivoire.
30L’analyse mensuelle inter-décennale montre qu’il existe une parfaite harmonie entre les pluies et les besoins du cotonnier sur les deux premières décennies (1995 à 2004 et 2005 à 2014). Cependant, le mois d’octobre cause problème car au moment de la récolte, les pluies sont encore intenses. Quant à la dernière décennie (2015 à 2024), les pluies sont légèrement au-dessus des normes souhaitées et cela cause plusieurs problèmes surtout au moment de la récolte. Cette conception est partagée par K. Koffi (2012, p.123), qui estime que l’humidité et les excès de pluie entraine des pertes importantes pour les cultures de coton. Y. N’dri (2015, p. 56) pense que ces paramètres peuvent aussi nuire à la qualité et à la quantité des récoltes de coton et d’autres cultures. K.Komenan (2018, p. 89) aborde d’autres impacts négatifs des pluies et de l’humidité excessives comme les maladies et ravageurs pour les cultures de coton. Bamba et al (2022, p.171), dans leur étude sur les contraintes liées au transport des produits vivriers au marché de gros de Bouaké (Côte d’Ivoire), soulignent que les voies sont impraticables en saison des pluies, ce qui constitue un frein à l’approvisionnement du marché. Les auteurs comme P.Njenga et al (2014, p.32 ; 2015, p.18), ont montré dans leur étude exploratoires en Tanzanie et au Kenya que le coût du transport pour les petits exploitants passer de 20-30% à 40-50% du revenu du produit en saison des pluies, précisément parce que les pistes deviennent impraticables pour les véhicules classiques. Notre étude montre aussi que le rendement souhaité est loin d’être atteint en 2010 et 2024. Ce résultat concorde avec celui de V. Sadras (2015, p 1-5) qui a étudié des modèles agro-climatiques et a montré le rendement réel est toujours inférieur au rendement potentiel. P.Titonell et al ( 2012, p.82) ont aussi montré dans leur étude sur l’Afrique subsaharienne que les écarts de rendement sont des pièges à pauvreté. Il évoque le non-atteinte du potentiel est un problème systématique.
Conclusion
31Les hauteurs pluviométriques et les besoins du cotonnier en eau sont favorables sur les deux premières décennies. Cependant, la dernière décennie a été un peu contraignante à cause de la hausse des quantités pluviométriques. Concernant les périodes du cycle végétatif, hormis le mois d’octobre (phase de maturation-ouverture des capsules) où le besoin pluviométrique se situe entre 0 et 50 mm, la moyenne de pluie observée reste excédentaire. Ce trop-plein d’eau constitue un obstacle pour la récolte car le produit peut s’imbiber d’eau ou même provoquer plus de chute du coton. Ainsi, six (6) conséquences sont mis en évidence. Il s’agit du Shedding, de la baisse du rendement et de la qualité du coton, des problèmes de transport, de l’asphyxie racinaire, des problèmes de conservation et des difficultés de commercialisation. Le L’intervalle optimale annuelle des besoins en eau est [700mm- 1050 mm].
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Pour citer ce document
Quelques mots à propos de : KONE Karnon
Assistant
Université Alassane Ouattara-Bouaké-Côte d’Ivoire
nonlakone91@gmail.com
Quelques mots à propos de : DJE BI Doutin Serge
Assistant
Université Alassane Ouattara-Bouaké-Côte d’Ivoire
doutinserge92@gmail.com
Quelques mots à propos de : KONAN Kouakou Charles
Assistant
Université Alassane Ouattara-Bouaké-Côte d’Ivoire
charlykouakou26@gmail.com