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N°42-Spécial

Gado Boureima

Les risques d’entraver le rayonnement de la culture Sonay-Zarma-Dandi (AYNEHA1) à travers des insuffisances/faiblesses liées à la langue, aux noms de famille, ainsi qu’à l’éducation2 familiale et sociale

Article

Résumé

L’image d’un peuple, d’une communauté ou de toute organisation, est perçue à travers sa culture. Or, la culture est le ferment, voire la source de la souveraineté, de la cohésion sociale, de l’intégration et de la consolidation de la paix. Son expression, en constante évolution, repose principalement sur la langue, l’éducation et des normes sociales.
Question : Au fond qu’entendons-nous par culture ? Afin d’y parvenir, nous nous référons à quelques penseurs d’Afrique de l’ouest et du centre, à savoir : Joseph Ki-Zerbo (Burkina Faso), Amadou Hampâthé BÂ (Mali), Boubou Hama (Niger) et Eugène Ébodé (Cameroun). La présente communication vise à susciter des questionnements permettant de relever des tares véhiculées par l’usage inadéquat de certains termes et pratiques sociales, selon les variantes culturelles d’une région à l’autre de l’aire Sonay-Zarma-Dandi. Ces tares, qui risquent d’entraver le rayonnement notre culture, sont liées à la langue, aux noms de famille ainsi qu’à l’éducation familiale et sociale. Elles finissent par avoir des impacts négatifs sur le développement personnel des individus et sur l’épanouissement collectif des communautés.

La prise de conscience de la nécessité d’une réflexion approfondie sur ces questionnements pourrait aboutir à des réponses idoines susceptibles de contribuer à l’évolution positive et harmonieuse, aussi bien des communautés que des individus en milieu socioéconomique de l’aire Sonay-Zarma-Dandi.

Abstract

The image of a people, a community, or any organization, is perceived through its culture. Culture, however, is the ferment, or even the source of sovereignty, social cohesion, integration, and the consolidation of peace. Its expression, constantly evolving, relies mainly on language, education, and social norms.
Question: By the way, what do we mean by culture? To address this, we refer to several thinkers from West and Central Africa, namely: Joseph Ki-Zerbo (Burkina Faso), Amadou Hampâthé BÂ (Mali), Boubou Hama (Niger), and Eugène Ébodé (Cameroon).). This communication aims to generate questions that can highlight the flaws conveyed by the improper use of certain terms and social practices, according to the cultural variations from one region to another within the Sonay-Zarma-Dendy area. These flaws, which risk hindering the dissemination of our culture, are related to language, family names, as well as family and social upbringing. They ultimately end up having negative impacts on individuals' personal development and on the collective well-being of communities.

Raising awareness of the need for in-depth reflection on these issues could lead to appropriate responses capable of contributing to the positive and harmonious development of both commu-nities and individuals in the socio-economic environment of the Sonay-Zarma-Dendy area.

Texte intégral

pp. 97-120

Introduction

1L’Empire Songhay, un des plus grands d’Afrique, a une histoire connue dont les hauts faits sont d’une ampleur planétaire relativement à des aspects économiques, politiques et culturels. Cependant, l’examen de l’évolution de trois piliers importants de la culture Sonay-Zarma-Dandi (AYNEHA) nous permet de relever des insuffisances/faiblesses susceptibles d’être préjudiciables aux identités et à la richesse de la culture des différentes populations AYNEHA. Ces insuffisances/faiblesses, malgré la délicatesse des thématiques abordées, sont liées :

2à la langue dans laquelle on a du mal à traduire, exactement ou de façon spécifique, des termes pourtant couramment utilisés. Entre autres exemples, comment traduire, de façon objective et non péjorative, le terme “griot” ? En effet, dans l’Empire du Ghana on nomme le griot “guésséré3”, en Empire du Mali ce sont les “djéli" ou “jeli” qui font parti du grand groupe de “nyamakalas”. Les peulhs appellent le griot “maabo” et pour le wolof ce sont les “gawlo” ou “gaoulo”. Or il n’est pas rare d’entendre les Sonay-Zarma-Dandi utiliser, selon leur zone géographique de résidence, un de ces termes pour identifier le griot, sans pour autant que cette définition, transmette dans le fond le message de respect et de considération dans la langue d’origine.

3aux noms de famille qui donnent l’impression d’emprunter, chez les Sonay-Zarma-Dandi, une voie inverse à celle des autres cultures, notamment en Afrique de l’Ouest et même au delà. Ainsi, remarque-t-on, aujourd’hui, une tendance lourde à l’usage des noms de famille avec la plupart des populations de culture mandingue (Mali, le Burkina Faso, le Sénégal, etc.). Tandis que, chez les Sonay-Zarma-Dandi, il se dégage un constat inquiétant de négligence, voire d’abandon des noms de famille. Cette situation semble ne rien à voir ni avec les croyances religieuses (musulmane, chrétienne, animistes ...), ni avec les terroirs d’habitation (forêt, savane, désert, etc.). Par conséquent, de tels mentalités et comportements de la part des Sonay-Zarma-Dandi réduisent considérablement les bienfaits de la parenté à plaisanterie, les possibilités d’identification au niveau de l’étal civil, de la généalogie ainsi que de la mémoire historique des peuples.

4à la pratique des arts et métiers (tisserands, forgerons, chanteurs, musiciens, etc.), par les Sonay-Zarma-Dandi. Cette pratique se situe très loin derrière celles en plein développement au niveau d’autres communautés qui partagent pourtant, et de longue date, les mêmes espaces culturels, économiques, historiques et politiques. Aussi, il se trouve que dans ces contrées les arts et métiers nourrissent leurs pratiquants qui en tirent également des positions sociales confortables, au lieu d’un certain mépris, plus ou moins affiché, sinon de la condescendance, dans l’aire Sonay-Zarma-Dandi. Ainsi, l’artiste ou l’artisan se voient-ils imposer un véritable parcours du combattant, peu importe son ascendance familiale. Or, cette négligence a des effets pervers aussi bien pour la visibilité globale du pays que sur les plans économique, culturel, et politique.

5Les analyses et réflexions effectuées à travers la présente communication portent sur les quatre points ci-dessous.

Les objectifs majeurs de la contribution de cette communication à la ReCI

Appréhender les contours de la culture africaine subsaharienne.

Les risques d’entraves au rayonnement de la culture Sonay-Zarma-Dandi à travers certaines insuffisances et faiblesses

Conclusion : Appels à la réflexion et perspectives de solutions aux entraves au rayonnement de la culture Sonay-Zarma-Dandi (ANEHA).

L’examen de chacun des points, ci-dessus, se termine par des questionnements dont les recherches de réponses/solutions idoines pourront être entreprises par tous les acteurs concernés.

6Enfin, nous fondons un grand espoir que le contenu de la présente communication soit compris comme une modeste contribution au rayonnement de la culture Sonay-Zarma-Dandi (ANEHA). Loin de nous toute intention de créer la polémique autour de thématiques dont le débat contradictoire peut susciter des incompréhensions majeures. Cependant, est-il pertinent d’esquiver ces sujets, en ce XXIe siècle, sur les plans intellectuel et opérationnel ?

Les objectifs majeurs de la contribution de cette communication à la ReCI

7Le cadrage de la présente communication s’inspire directement des deux phrases4, ci-dessous, tirées du point I “contexte et justification” des termes de référence (TDR) de la Rencontre culturelle internationale sur la langue et les cultures Sonay-Zarma et parents à plaisanterie (ReCI).

  • “La langue est le principal vecteur d’une culture à laquelle elle est intimement liée. Elle est, à la fois, la bouche et l’oreille d’un peuple par lesquelles les valeurs culturelles deviennent audibles et crédibles”

  • “la rencontre culturelle, dédiée à la langue et aux peuples de culture Sonay-Zarma et cousins à plaisanterie ... permettra de revitaliser les patrimoines menacés, de renforcer les liens entre communautés et d’assurer une coexistence pacifique dans une région durement affectée par l’insécurité, pour un développement durable”.

8Au regard du contenu de ces deux citations, le cadrage de notre contribution à la ReCI, s’articule autour de trois objectifs majeurs (OM), ci-dessous, décrits.

9OM1) Amener les participants, et les communautés concernées, à se poser certaines questions fondamentales sur l’évolution de la langue, de la famille et de l’éducation familiale dans l’espace Sonay –Dandi.

10OM2) Entreprendre des recherches participatives, dans tous les domaines, impliquant aussi bien les spécialistes que les populations, afin que les contenus et définitions soient « audibles, crédibles » et appropriées aux circonstances ainsi qu’au contexte des messages véhiculés.

11OM3) Prendre conscience, en vue d’y remédier, de l’existence de certaines entraves liées à des insuffisances/faiblesses à la langue, à la famille et à l’éducation familiale sont à l’origine de certaines pratiques sociales rétrogrades et néfastes, susceptibles d’être préjudiciables à la cohésion sociale, sinon même à la paix.

Appréhender les contours de la culture africaine subsaharienne.

La délimitation du champ de cette communication, à travers les pensées d’érudits d’Afrique de l’Ouest et du Centre.

12L’image d’un peuple, d’une communauté ou de toute organisation est perçue à travers sa culture. Or, la culture est le ferment, le terreau, voire la source de la souveraineté, de l’intégration et de la consolidation de la paix, objets du thème du présent colloque scientifique international. Son expression, en constante évolution, repose principalement sur la langue, l’éducation familiale et des normes sociales.

13La culture se retrouve, donc, à la base de tout développement et épanouissement de l’individu et de la communauté ; qu’il s’agisse de développement personnel ou collectif, dans le temps comme dans l’espace. Ainsi, les approches des sciences, de la religion, de l’économie, de l’histoire, de la géographie et de l’environnement, ont toujours des liens très forts et des références à des fondements culturels locaux. Ce qui donne à un peuple la spécificité de son image d’un peuple. Aussi, les populations de l’aire Sonay-Zarma-Dandi ne peuvent-elles faire exception à cette règle.

14En ce XXIe siècle, l’appropriation dynamique du passé, du présent et du futur par les communautés, passe, irrémédiablement, par la culture. Mais, au regard de l’étendue et de la multidisciplinarité de la culture, une appropriation constructive requiert de déterminer le champ couvert par notre réflexion. Car, cette dernière, bien que géographiquement consacrée à l’aire Sonay-Zarma-Dandi, sera également limitée, sur le plan intellectuel, aux perceptions de la culture par des penseurs originaires d’Afrique du Centre et de l’Ouest. En effet, une multitude de définitions de la culture existent, de part le monde. Et la plupart proviennent d’éminentes personnalités, spécialistes dans tous les domaines (scientifique, technique et social). Aussi, ne disposant ni des compétences techniques, ni des capacités transversales adéquates, notre analyse se réfère-t-elle à quelques érudits d’Afrique du centre et de l’ouest, qui sont : Eugène Ébodé (Cameroun), Joseph Ki-Zerbo (Burkina Faso), Amadou Hampâté Bâ (Mali) et Boubou Hama (Niger). Leurs perceptions de la culture se répartissent en deux groupes de thématiques se résumant, d’une part à la “Culture, développement et épanouissement” et d’autre part à la “Culture, processus de conciliation entre tradition et modernité”.

Culture, développement et épanouissement

Eugène Ébodé5: pour une articulation de la culture avec l’épanouissement

15Eugène Ébodé est, depuis 2022, administrateur de la Chaire des littératures et des arts africains de l'Académie du Royaume du Maroc. Il est, également, professeur de diplomatie culturelle à l'université Lansana Conté de Sonfonia à Conakry.

16Répondant à une question, lors de l’émission « Identités africaines » du média russe Sputnik, rediffusée à plusieurs reprises sur la Radio DOUNIA à Niamey, Eugène Ébodé a établi une différence entre la tradition et la culture qu’il a résumée comme suit : “la tradition, c’est les pratiques provenant d’un long héritage. Dans la tradition, il y a du bon et du moins bon. La culture est un outil qui permet de faire une synthèse entre le bon côté de la tradition et les pratiques naissantes d’adaptation à la vie du moment, en vue d’un épanouissement”. Eugène Ébodé a terminé sa démonstration, sur la culture, en paraphrasant Amadou Hampâté Bâ. Nous y reviendrons, plus bas, au point concernant ce dernier.

Joseph Ki-ZERBO6: pour une approche en deux axes articulant culture et développement.

17Joseph Ki-Zerbo, historien, est incontestablement l’un des penseurs de l’Afrique contemporaine qui auront marqué leur époque. Il a été témoin et également acteur des nombreuses évolutions de son continent, sur le plan politique, idéologique ou encore culturel. C’est un personnage politiquement engagé. Il a notamment contribué à faire connaître l’histoire mondiale à partir d’une perspective africaine.

18D’un extrait du livre « A propos de culture7», publié à titre posthume en 2010, on peut lire ce qui suit : « Joseph Ki-Zerbo met en lumière le lien étroit entre la culture et le Développement conçu comme étant « le passage de soi à soi à un niveau supérieur » : « La revitalisation culturelle en Afrique ne peut se concevoir en dehors d’une base économique. »

19« … Sans être matérialiste au point de dire que c’est l’infrastructure qui produit automatiquement toute la culture, il faut reconnaître l’évidence, de nombreux pays africains, n’ayant pas la capacité de se donner une base économique viable, sont obligés de laisser leurs cultures dépérir. Ce n’est qu’en construisant une base économique suffisamment solide que nous pourrons nous donner des modèles de consommation nouveaux, conformes à nos propres aspirations, conformes à notre propre civilisation, etc. »

20« Et, nous donnant un modèle nouveau de consommation, nous pourrons, parce que nous en aurons les moyens matériels, nous donner aussi un modèle de production correspondant à ce modèle de consommation. Mais si nous ne le faisons pas, nous parlons dans le vide parce que le modèle de consommation extérieur s’imposera grâce à la technologie extérieure, et le modèle de production, nous ne l’aurons pas ; nous ne ferons que consommer les productions et les créations des autres. »

La Culture, processus de conciliation entre tradition et modernité: une approche partagée par Hampâté Bâ et Boubou Hama.

Amadou Hampâté Bâ8

21Amadou Hampâté Bâ est surtout connu pour sa défense des traditions orales africaines, qu'il a promues comme une source authentique de connaissances. Écrivain et diplomate, Amadou Hampâté Bâ a œuvré toute sa vie à la préservation et à la diffusion du patrimoine littéraire et des traditions orales d’Afrique de l’Ouest.

22En attendant de trouver de définitions plus précises et ramassées de la vision de Amadou Hampâté Bâ en matière de culture, nous nous contentons, pour le moment, de résumés d’autres penseurs ou de l’intéressé lui-même. On notera ainsi que les paraphrases, images et rapprochements y relatifs, convergent vers la même conclusion, à savoir : la culture relève d’un processus de conciliation entre la tradition et la modernité9. Il parait, dès lors, aisé de comprendre les perceptions de la culture par Amadou Hampâté Bâ.

  • Eugène Ébodé, paraphrase (lors de l’émission sur Sputnik) Amadou Hampâté Bâ par une métaphore sur l’arbre : « quand on élague un arbre, ce n’est pas pour le tuer, mais c’est pour les bonnes branches qui permettent l’épanouissement de cet arbre ».

  • Le nom de Amadou Hampâté Bâ reste à jamais associé à cette phrase devenue proverbiale : « En Afrique, quand un vieillard traditionaliste meurt, c’est une bibliothèque inexploitée qui brûle.10 ». Un appel lancé solennellement le 18 novembre 1960, lors d’une assemblée générale de l’UNESCO, qui résume toute sa vision de la transmission du savoir.

  • Arsène Brice Bado, PhD, professeur adjoint de sciences politiques et de relations internationales au CERAP/Université Jésuite à Abidjan, écrit : « Figure exemplaire de la sagesse africaine du XXe siècle, Amadou Hampâté Bâ fait partie de ces “grands Africains” qui, au cours du siècle dernier, ont vécu activement le choc culturel à travers la colonisation, avec une haute conscience de leur identité culturelle propre, identité qu'il a ouverte à la culture occidentale. Ainsi, tout en demeurant profondément attaché à sa culture d'origine, AHBâ a développé de l'intérêt et de la curiosité pour les autres cultures, tant africaines que non africaines.”

Boubou HAMMA11

23Il n’est pas aisé de saisir, de façon succincte très brève, la pensée12 de Boubou Hama en matière de culture africaine. Nous allons nous y essayer à partir du livre “Boubou Hama, conteur et romancier, IRSH 2009” du Dr Abdoul Aziz Issa Daouda de l’université Abdou Moumouni de Niamey. Livre duquel les extraits, ci-dessous, sont tirés.

24“Son petit-fils (de Boubou Hama) Pr Farmo Moumouni et préfacier de l’œuvre posthume, “L’itinéraire de l’homme et le militant” écrit : “qui est Boubou Hama se demandait-on ? L’homme en général est comparable à un dé dont on ne peut pas voir les multiples faces en même temps. De Boubou Hama, je me contenterai de montrer les faces que j’ai pu voir”. Dr Abdoul Aziz Issa Daouda poursuit :

  • “... la vision et la philosophie du monde par les songhays constituent le sujet essentiel dans la production narrative de Boubou Hama. Le monde chez les songhays est perçu de façon tout à fait spécifique sous l’emprise d’une double existence entre les principes opposés d’un monde réel et d’une surréalité que composent les divinités et les êtres de la mythologie, mais pour Boubou Hama, il n’est pas moins tangible que le premier. En fait la tradition est elle même le produit de la synthèse de ces deux univers”.

  • En rapport avec la bipolarité de la vision du monde songhay et sa thèse conciliatrice entre l’Afrique et l’Occident, l’écriture chez Boubou Hama vise à la peinture du monde contemporain qui fonde à son tour son existence à la fois sur son attachement à un passé culturel très proche, et sur une accession à la modernité qu’il vient à peine de connaître. Il aurait été dès lors invraisemblable que l’écrivain ne traduise pas sous sa plume cette “double tentation” culturelle et littéraire”.

  • “Certes, dans sa création Boubou Hama emprunte la même démarche que la tradition dont la logique de la dualité associe à chaque réalité son double spirituel avec lequel elle coexiste sans contradiction, l’un et l’autre concourant ensemble à l’équilibre du monde”.

  • “l’écrivain exprime ainsi un nouvel idéal indispensable à une humanité dont la culture effrénée du profit l’expose à toutes formes de “brutalités”.

25A la lecture des essais de définitions issues des réflexions, ci-dessus, de quatre penseurs africains, il est aisé de relever, qu’en plus du contexte géopolitique, appréhender la culture d’une communauté dépend également de la période socioéconomique et historique, objet de la présente analyse. Eugène Ébodé et Joseph Ki-Zerbo, confirment ces données de contextualisation pour caractériser, respectivement, l’impact de la culture sur “l’épanouissement” et le “développement”. De leur côté, Amadou Hampâté Bâ et Boubou Hama ont, en arrières pensées, plutôt la “culture comme processus de conciliation entre tradition et modernité”. Pourtant, les idées des uns et des autres ne se contredisent pas, mais se complètent plutôt. Aussi, le contexte géopolitique et socioéconomique de la culture, de n’importe quel espace-cible, confirme-t-il la pertinence de leurs approches analytiques. C’est à l’aune de ces analyses que nous envisageons d’examiner les risques d’entraver le rayonnement de la culture Sonay-Zarma-Dandi, en ce XXIe siècle.

Les risques d’entraves au rayonnement de la culture Sonay-Zarma-Dandi à travers certaines insuffisances et faiblesses

Les défis d’articulation de la culture Sonay-Zarma-Dandi avec le contexte du XXe siècle.

26Appréhender les contours de la culture africaine s’avère complexe, même en limitant les analyses aux pensées de quatre érudits d’Afrique du centre et de l’ouest. Cependant, cette approche nous permet de relever quelques dimensions à travers lesquelles pourraient être appréciées les risques d’entraver le rayonnement de la culture Sonay-Zarma-Dandi. En effet, cette culture doit faire face à des défis ayant trait :

  • au “développement” tel que perçu par Joseph Ki-Zerbo, où les aspects d’appropriation matérielle peuvent influencer la culture africaine, si ce “développement” n’est pas endogène, autocentré ;

  • au concept de “l’épanouissement” évoqué par Eugène Ébodé. Ce concept qui talonne, de plus en plus, celui du “développement” tel que perçu par les sociétés occidentales judéo-chrétiennes, où la culture devient un bien, presque uniquement, marchant. Tandis que la culture est la source première de l’épanouissement d’une communauté, en conformité avec ses valeurs, même en situation d’une certaine précarité matérielle.

  • à la “culture comme processus de conciliation entre tradition et modernité” de Amadou Hampâté Bâ et Boubou Hama. Ce qui nous amène à être, constamment, ballotés entre nos traditions et les apports internes ou externes de l’évolution des sciences, techniques et des idées, favorables à la modernité.

27Tenant compte du contexte géopolitique et socioéconomique du XXIe siècle, la présente communication vise à susciter des questionnements permettant de relever des tares véhiculées par l’usage inadéquat de certains termes et pratiques sociales, selon les variantes culturelles d’une région à l’autre de l’aire Sonay-Zarma-Dandi. En effet, une prise de conscience s’impose quant à la nécessité d’une réflexion approfondie sur ces questionnements. Réflexion qui pourrait ouvrir la voie à des réponses idoines susceptibles de contribuer à une évolution positive et harmonieuse en milieu socioculturel Sonay-Zarma-Dandi.

28A titre illustratif et purement indicatif, ces questionnements sont regroupés, à travers les thématiques ci-dessous.

La culture face aux insuffisances et faiblesses liées à la langue Sonay-Zarma-Dandi

29Au niveau de l’objectif majeur 2 (OM2 du point I) « Entreprendre des recherches participatives… », nous avions posé la question suivante : quelle est la traduction appropriée et circonstanciée en langue Sonay – Zarma – Dandi dans le cadre de la ReCI, de chacun des termes suivants : culture, artistes, griots, famille, histoire, (la liste n’est pas exhaustive) ? Il s’agissait pour nous d’une manière d’attirer l’attention sur certaines insuffisances et faiblesses, dont celles liées à la langue ne sont pas des moindres. Car, la langue demeure le premier, voire le plus grand, vecteur de transmission de messages et de communications. Examinons, par exemple, quelques questionnements relatifs à la traduction du terme “Artiste” en langue Sonay-Zarma-Dandi (AYNEHA).

  • Est-il correct de traduire le terme générique “Artiste” par “DONOU KAY” comme cela a été fait à la RTN (Radio, Télévision du Niger) lors du reportage sur l’audience accordée par le Président de la République aux représentants des associations d’artistes du Niger (traditionnels comme modernes et bien d’autres disciplines) ?

  • Quelles alternatives s’offrent à nous pour caractériser ou qualifier, en langue Sonay-Zarma-Dandi, les différents types d’artistes, ne serait-ce que par leurs fonctions ?

30La problématique de la traduction en langue Sonay-Zarma-Dandi se pose pour la plupart des termes génériques dont le contenu est relatif à plusieurs domaines ou spécialités. De telles insuffisances/faiblesses peuvent avoir au moins deux conséquences : d’une part sur la transmission du message qui peut conserver le terme dans sa langue d’origine ; et d’autre part la difficulté de compréhension entre locuteurs de différentes variantes de la langue dans l’aire Sonay-Zarma-Dandi. La “culture comme processus de conciliation entre tradition et modernité” peut, alors, constituer un outil approprié à la formulation, par les communautés et les spécialistes, de termes adaptés à l’évolution adéquate de la langue Sonay-Zarma-Dandi, dans le contexte qui prévaut.

L’épanouissement existentiel face aux insuffisances et faiblesses liées aux noms de famille et à la généalogie en milieu Sonay-Zarma-Dandi.

31L’usage des noms de famille ne semble pas être courant dans l’aire culturelle Sonay-Zarma Dandi. En tout état de cause, la pratique est loin d’être systématique.
Lors de l’émission « Rites et Traditions » de la télévision « Africable » du Mali, animée par Dr Magma Gabriel Konaté, le Dr N’Do13 CISSE avait présenté les résultats d’une étude sur les noms de familles et d’ethnies au Mali. Il en ressortait, par exemple, que les Dogons avaient 93 noms de familles, les Peulhs 45 noms, les Bambara 42, les Malinké 34, etc. Quant aux Songhays l’étude ne semble pas donner de chiffre ; car, Dr N’DO explique que « chez les Songhays, c’est le prénom du père qui devient le nom, sans article entre les deux (prénom de l’enfant suivi de celui du père).

32Une telle situation devrait interpeller les populations AYNEHA, pour deux raisons : d’une part le Mali abrite une population Songhay numériquement importante, avec le centre de gravité de son empire à GAO ; et d’autre part le Mali fait des partie pays d’Afrique de l’ouest où les noms de familles sont abondamment usités. Pourtant, il se dégage l’impression, qu’en dehors des noms « MAÏGA » et « TOURÉ », l’usage des noms familles semble modeste, en général, dans l’aire Sonay-Zarma Dandi. Certes, on peut noter des exceptions qu’un parent/cousin14 malien m’a fournies, avec des précisions intéressantes sur l’usage localisé des noms familles dans des zones Songhays, ci-dessous, au Mali et au Burkina Faso :

  • A Hombori (Mali) et ses villages environnants, il existe plusieurs autres noms de familles tels que : « GANABA », « GARIKO », « GASSAMBA », « MAINANGA », « MAICOUBA ».

  • A Tombouctou, Goundam et Diré (Mali), on peut noter noms de familles comme « TOURÉ » et « GUITEYE ».

  • Au Burkina Faso, on note les noms de familles « PARFAGNAM » et « KIRAKOIYE ».

33Du côté du Niger, nous n’avons pas connaissance de recherche/étude ayant trait aux noms de familles, en général, et à ceux des Sonay, Zarma, Dendi, en particulier. La pratique est même est négligée, voire ignorée. Car : non seulement les parents et l’environnement social ne s’en préoccupent pas, mais aussi à cause du sens péjoratif collé à plusieurs noms de familles, dans un contexte où l’ignorance contribue à leur bannissement de fait. Ainsi, dès le bas âge, l’enfant n’est pas éduqué à être fier de son nom de famille, à l’instar de plusieurs pays d’Afrique de l’ouest (Mali, Burkina, Sénégal, Guinée, etc.).

34A ce stade de l’analyse, nous ne disposons, malheureusement, pas d’informations relatives à la situation des noms de famille dans le reste de l’aire Sonay-Zarma Dandi. Mais ceci ne nous empêche, aucunement, de poser les questionnements suivants :

  • Est-ce parce qu’il y avait peu de noms de famille, ou bien parce que ces noms sont tellement localisés, qu’ils ne sont pas couramment usités dans de larges portions de l’espace Sonay-Zarma Dandi ?

  • L’abandon des noms de familles n’est-il pas préjudiciable au rayonnement de la culture Sonay-Zarma-Dandi ?

  • Quelles contributions les noms de familles pourraient-ils apporter à la traçabilité de la généalogie, à l’état civil dans nos États, ainsi qu’une meilleure connaissance de l’histoire des peuples, en particulier celle les Sonay-Zarma-Dandi ?

35Concluons, en soulignant que l’usage timide des noms de famille dans l’aire Sonay-Zarma Dandi pose, consciemment ou inconsciemment, un problème “d’épanouissement” existentiel, tant personnel que collectif.

Le développement économique face aux impacts des tares liées à l’éducation familiale et à la pratique des arts/métiers en milieu Sonay-Zarma-Dandi

36Au premier paragraphe du point 2.1 (“Délimitation ...”), plus haut, nous écrivons : “la culture est le ferment, le terreau, voire la source de la souveraineté, de l’intégration et de la consolidation de la paix. Cependant, ajoutons que cette affirmation ne peut être effective qu’avec la contribution d’autres outils dont la culture constitue également la source d’inspiration. Nous pensons, par exemple, au développement économique et social qui, par la place de choix occupée, se trouve à la base de relations sociales intra et intercommunautaires susceptibles de renforcer ou non la souveraineté, l’intégration et la consolidation de la paix.

37A l’analyse nous constaterons que ces relations sociales ne sont que : d’une part, le reflet des résultats de l’éducation familiale ; et d’autre part, le reflet de l’apprentissage de diverses formes d’arts et métiers (connaissances et savoirs faire). En d’autres termes, si dès son jeune âge l’enfant est éduqué, informé de l’importance de la pace sociale de sa famille, il y a de fortes chances que cet enfant soit porteur (reflet), avec fierté, des valeurs qui lui ont été inculquées. Les apprentissages des connaissances et des savoirs faire, en arts et métiers, acquis auprès de la famille, constituent le sous-bassement de la mentalité et des comportements pour toute la vie. Par contre, si cet enfant est encadré dans la méconnaissance et le rejet des valeurs portées par ses ascendants, il (elle) apparaîtra, souvent, comme un complexé qui aura tendance à se renier et à cacher, presque systématiquement, à sa descendance familiale beaucoup des valeurs héritées. De tels comportements sont dus aux codes d’un environnement social méprisant, avec des conséquences qui finissent par avoir droit de cité, sinon même force de loi. Un tel état de fait est, souvent, lié à l’ignorance de la culture, comme indiqué par un proverbe Foufouldé/Peulh qui dit : “l’ignorance15 est plus obscure que la nuit”.

38Pour illustrer certaines incompréhensions liées à l’ignorance, nous essayons de décrire, ci-dessous, les perceptions du terme “griot” et quelques exemples positifs ayant cours en Afrique de l’ouest, en particulier dans les pays membres de la Confédération de l’AES16.

39Les perceptions africaines et étrangères du terme “griot”. La traduction et surtout l’image du “griot” en français sont loin d’être appropriées et prennent, souvent, des connotations péjoratives. Heureusement que le Professeur Gaoussou Diawara17 nous aide, à travers l’une émission « Rites et Traditions » de Africable, à faire la part des choses entre les contenus du terme « griot » selon l’optique des langues africaines ou celle des langues étrangères. Ainsi :

  • La langue malinké, qui semble être à l’origine du terme griot, le définit comme le maître de la parole, le porte parole qui pérennise la mémoire. Cette langue le nomme, généralement, “Djéli” ou “Jeli” qui fait partie du grand groupe des “Nyamakalas”.

  • La langue wolof nomme le griot gawoulo (gawlo, gaoulo) qui peut se traduire part le mémorisant (de l’histoire).

  • En langue arabe le griot est le kawal, soit le récitant. Celui qui récite l’histoire.

  • Les portugais, premiers européens à être en contact avec l’Afrique, qualifient le “griot” de “criardo”. Soit la personne qui crie en racontant (l’histoire).

  • Les français perçoivent le griot comme “le gris-gris”, car il s’agit d’un personnage très craint. Il peut tuer par la parole, comme il peut magnifier, étant une mémoire historique.

40Les perceptions, ci-dessus, nous permettent de comprendre l’évolution de l’image du griot, dans le temps et l’espace, sur son rôle et sa fonction sociale.

41L’histoire de certaines parties d’Afrique de l’ouest nous apprend que “les métiers ou la captivité ne font d’un individu ni une personne de caste inférieure, à plus forte raison un esclave”. Ainsi Soumahoro Kanté18, un forgeron, fut un roi du SOSSO ; l’Almamy Samory Touré a été maintenu en captivité19 pendant sept (7) ans pour racheter la liberté de sa mère, avant de devenir empereur du WASSOULOU.

42Le Magistrat Siriman Kouyaté. Dans l’ouvrage présentant le processus de transcription de La Charte de Kurukan Fuga20, il est écrit : ” le CELTHO21 fit transcrire et traduire le texte maninka en français par l’Institut de Recherche Linguistique Appliquée de Guinée (IRLA) sous la supervision de Siriman Kouyaté, magistrat et traditionniste. Mr Kouyaté Siriman est de la famille Dokala, les djéli détenteurs et gardiens du célèbre “Soso bala” ou balafon de Soumaoro Kanté”. La lecture de la page 43 de cet ouvrage nous apprend que les “Djélis” ou “Jelis” en zone malinké (Guinée, au Sénégal, au Mali, Côte D’Ivoire, etc.) font partie de l’un des quatre groupes formant les “nyamakalas”.

43Amadou Diadié Sangho, Communicateur traditionnel : Enseignant de lettres modernes, ancien Directeur national de l’artisanat du Mali, Chevalier de l’ordre national. Cet homme de culture et intellectuel, est interviewé dans une vidéo22 dont nous résumonbé, ci-dessous, le rôle du griot hier, aujourd’hui et demain.

  • Hier, dans chaque société ou empire, Guésséré (Ghana), Djéli (Mali), Maabo (Macina), le griot joue deux rôles. En effet, il a non seulement une fonction sociale de médiateur (instrumentiste et/ou parolier), mais aussi le griot a un métier (paysan, forgeron, tisserand, etc.). Le rôle de griot ne s’improvise pas ; car, le griot est attaché à une famille qu’il gère de père en fils et de haut en bas.

  • Aujourd’hui, la fonction de griot est confondue à une fonction de quémandeur, voire de mendiant. Et ce qui se passe est, hélas, déplorable. Les griots sont trop pressés d’aller raconter du n’importe quoi, pour avoir de l’argent. Mais, lui, Diadié ne s’est jamais départi de ses origines de griot, dont il est fier.

  • Pour demain, Diadié a interpellé, en son temps, le ministre malien de la culture, Cheihk Omar Cissoko, afin d’organiser la fonction de griot. Qu’elle fasse l’objet de centres de formation. “Car, personne n’a le droit de déformer l’histoire de nos empires. Cette histoire doit être connue et sue (dans sa plénitude)”.

44« Patrimoine burkinabè : Le Faso Dan Fani23, l’expression d’un art national riche de traditions »

45Afin d’avoir un aperçu sur l’historique et l’appropriation du tissage au Burkina Faso, nous nous référons à la présentation brève et concise du Faso Dan Fani faite sur le site web « fil – infos – Suivre le fil de l’info ».

  • “L’expression Faso Dan Fani puise ses origines dans la langue malinké, où elle signifie littéralement « le pagne tissé de la patrie » (Fani : pagne, Dan : tissé, Faso : patrie). Bien plus qu’un vêtement, il représente une fierté nationale, tissée dans les ateliers artisanaux du Burkina”.

  • “On retrouve des mentions du Faso Dan Fani dans les écrits d’anthropologues et d’explorateurs du XIXe siècle. C’est sous l’impulsion du capitaine Thomas Sankara que ce tissu devient un véritable étendard de la révolution burkinabè. « Porter le Faso Dan Fani est un acte économique, culturel et politique de défi à l’impérialisme », déclarait-il en 1986. Confectionné à partir de coton burkinabè, ce pagne est le fruit d’une chaîne de savoir-faire : de la culture du coton au filage, du tissage à la couture”.

  • “Chaque motif, chaque couleur du Faso Dan Fani raconte une histoire. Selon les régions et les occasions (mariages, funérailles, cérémonies royales), les dessins géométriques et les teintes vibrantes varient, portant en eux des significations symboliques profondes”.

46L’analyse des forces et des faiblesses liées à l’éducation familiale et à la pratique des arts/métiers permet de relever que les divers artistes/artisans contribuent, de façon appréciable, non seulement au rayonnement de la culture, mais aussi à l’économie et la à visibilité des pays dont les sociétés ont su les intégrer, en leur réservant une place de choix. Cependant, dans l’aire Sonay-Zarma-Dendi l’évolution et l’apport des artistes/artisans apparaissent erratiques et relativement modestes. Les questionnements, ci-dessous, relatives à certaines tares, deviennent, alors, inévitables.

  • Existe – il des raisons historiques susceptibles d’expliquer la situation peu enviable des griots et des arts (musique, chansons, danse, théâtre, peinture) dans l’empire Songhoy qui a, pourtant, succédé aux empires du Ghana (les Guesséré) et du Mali (les nyamakalas/djélis, etc) ?

  • Comment traduit-on le terme “griot” en langue Sonay-Zarma-Dendi (AYNEHA)?

  • Où en sommes-nous quant à la prise de conscience de l’impact négatif de la modestie, sinon du rejet de la pratique de métiers traditionnels (forgerons, tisserands, etc), dans la plupart des contrées de l’aire Sonay-Zarma-Dendi (AYNEHA) ?

Conclusion : Appels à la réflexion et perspectives de solutions aux entraves au rayonnement de la culture Sonay-Zarma-Dandi (ANEHA).

Appels à réflexion

47Les descendants de l’Empire Songhay et les populations de l’aire culturelle Sonay-Zarma-Dendi sont interpellés pour entreprendre des réflexions approfondies, afin d’aboutir à la conception et à la mise en ouvre d’actions susceptibles de permettre à la culture de jouer son rôle de “processus de conciliation entre tradition et modernité” tel que présenté au point 2.3 relatif aux approches de Amadou Hampâté Bâ et de Boubou Hama. Ainsi la culture confirmera-t-elle “qu’elle reste le ferment, le terreau, voire la source de la souveraineté, de l’intégration et de la consolidation de la paix” dans l’otique “de développement et d’épanouissement”, telle que décrite au point 2.2, respectivement par Joseph Ki-Zerbo et Eugène Ebodé.

48Les populations de l’aire Sonay-Zarma-Dandi doivent prendre conscience que la négligence des noms de famille et surtout les connotations conférées aux métiers peuvent contribuer à appauvrir la langue, affecter le développement économique, voire l’épanouissement. Car, petit à petit certains termes et métiers feront l’objet d’exclusion et ne seront pas connus des générations futures qui se trouveront dans l’obligation d’emprunter les termes à d’autres langues. Par ricochée, cet appauvrissement de la langue aura de sérieux impacts sur la culture dans l’aire Sonay-Zarma-Dandi, à l’image des conséquences de la colonisation.

Résultats attendus pour des solutions aux entraves au rayonnement de la culture Sonay-Zarma-Dandi

49Un grand espoir est permis pour le rayonnement de la culture Sonay-Zarma-Dandi (AYNEHA), si les insuffisances et faiblesses liées à la langue, aux noms de famille et à certaines pratiques sociales, relevées le long de la présente réflexion, sont prises en charge aussi bien par la recherche que dans les pratiques socioéconomiques quotidiennes des populations. Aussi, le processus pourrait-il permettre d’atteindre les résultats escomptés, ci-dessous.

  • R1) La langue Sonay-Zarma-Dandi fait l’objet de recherches approfondies et systématiques en vue de son utilisation pertinente et affirmée dans le concert des langues nationales et africaines pour la promotion de la paix, de la cohésion sociale et de l’intégration économique.

  • R2) La promotion de l’usage systématique des noms de famille constitue un apport inestimable à traçabilité de la généalogie, à l’amélioration des connaissances de l’évolution des faits historiques ainsi que l’établissement d’un état civil évitant les nombreuses homonymies et les confusions qui s’en suivent.

  • R3) L’éducation familiale et sociale devient un outil indispensable à la formation, l’apprentissage, la lutte contre l’ignorance, donc à la pauvreté sous toutes ses formes ainsi que la réduction des tares sociales susceptibles d’hypothéquer le développement et l’épanouissement aussi bien au niveau individuel que collectif.

Bibliographie

ISSA DAOUDA Abdoul Aziz, Boubou Hama, Conteur et Romancier, “Études Nigériennes” de l’Institut de Recherches en Sciences Humaines (IRSH), 2008, 214 pages (pp. 15 – 17).

DJIBRIL TAMSIR Niane, “Soundjata ou l’épopée mandingue”, PRESENCE AFRICAINE, Paris, 1960, p. 73 (SOUMAORO KANTE – LE ROI SORCIER).

CELTHO (Centre d’Études Linguistiques et Historiques par la Traduction Orale), “La Charte de Kurukan Fuga – Aux sources d’une pensée politique en Afrique”, Introduction par D. T. Niane, L’Harmattan, Paris, 2008, pp. 11 – 24.

DJIBO Mamoudou (président ReCI-2025) “Rencontre culturelle internationale sur les langues et les cultures sonay-zarma et parents à plaisanterie, Namey, Avril 2025”.

FONDATION Joseph Ki-Zerbo pour le Développement Endogène de l’Afrique, Œuvre posthume publiée en 2010. Cet ouvrage contient le texte d’une communication au 1er Festival culturel panafricain à Alger.

“L’ENQUÊTEUR”, Quotidien Nigérien d’information N° 3531 du vendredi 28 novembre 2025, rubrique “Pensées, Humour et Sagesse”, p.4;

BRICE BADO Arsène, « Amadou Hampâté Bâ ou la conciliation entre tradition et modernité », article trouvé sur Internet, 2014.

DOMBIA Siaka, Bamako, « Amadou Hampaté Ba, miroir de la culture africaine », thème conférence-débat du 15 mai 2023.

Émission SPUTNIK AFRIQUE-Identités Africaines, rediffusée en juin 2024 sur la Radio DUNIA à Niamey. Discussion avec Eugène Ébodé sur "La diversité ne doit pas nuire à une vision de la communauté".

Télévision « AFRICABLE » du Mali, Emissions « Rites et Traditions » animées par Magma Gabriel Konaté et intitulées : « Les noms de famille et d’ethnies au Mali », avec le Dr N’DO CISSE. « Le griot (origine) 25 août 2014 », avec le Pr GAOUSSOU DIAWARA

BEMBEYA JAZZ NATIONAL de Guinée, “Regard sur le passé”, présenté au Festival d’Alger en 1969.

SANGHO Diadié Hamma -Communicateur et Médiateur Traditionnel - Interview lors du Festival Virtuel KUNU BI SINI.

SITE WEB « fil – infos – Suivre le fil de l’info » - Patrimoine burkinabè : Le Faso Dan Fani, l’expression d’un art national riche de traditions, 28 avril 2025.

Notes

1 NB : Nous aurions souhaité que “Sonay-Zarma-Dandi” soit remplacé par “AYNEHA”. Espérons que les spécialistes s’accorderont, rapidement, sur cela dans un très proche avenir.

2 A chaque fois que le terme “éducation” apparait dans ce texte, prière comprendre “éducation familiale”.

3 Les indications détaillées, relatives aux termes “guésséré”, “djéli", “nyamakalas”, “maabo” et “gawlo”, sont données au point 3.4. de la présente communication.

4 Premier et huitième paragraphes du “Contexte et justification” des termes de référence (TDR) de la ReCI.

5 Ecrivainuniversitaire et journaliste camerounais, Eugène Ébodé est né le 11 janvier 1962.

6 Joseph Ki-Zerbo est un éminent historien, né en 1922 en Haute-Volta (l’actuel Burkina Faso).

7 Œuvre posthume publiée en 2010 par la Fondation Joseph Ki-Zerbo pour le Développement Endogène de l’Afrique, cet ouvrage contient le texte d’une communication au 1er Festival culturel panafricain à Alger. Il est construit sur deux axes : « Culture et identité africaine ; « Culture et développement africain ».

8 Historien, écrivain et conteur, Amadou Hampâté Bâ est né en janvier ou février 1900 ou 1901 à Bandiagara, au Mali.

9 BRICE BADO Arsène, « Amadou Hampâté Bâ ou la conciliation entre tradition et modernité », article trouvé sur Internet.

10 DOMBIA Siaka, Bamako, « Amadou Hampaté Ba, miroir de la culture africaine », thème conférence-débat du 15 mai 2023

11 Boubou Hama, conteur et romancier, naquit en 1906 à Fonéko, petit village de la région de Téra, située au sud-Ouest du territoire nigérien. A cette l’époque, Fonéko comme Téra étaient liés sur le plan administratif à Dori, qui appartenait à la Haute Volta, actuel Burkina Faso.

12 Toutes les citations relatives à la pensée de Boubou Hama, proviennent de l’ouvrage du Dr Abdoul Aziz Issa Daouda, Boubou Hama, “Conteur et Romancier”, pp. 15 à 17.

13 Dr N’DO CISSE, pédagogue, est professeur d’enseignement supérieur pour la promotion des langues Nationales. L’étude, intitulée « Dictionnaire des noms de famille au Mali », fut menée en 2001 et complétée en 2011, portait sur 539 noms de famille.

14 Hamadoun Maiga (Sociologue), dit Hama Ditty Maiga, natif de Hombori. Un parent direct à Gado Boureima, par les grands-pères.

15 L’Enquêteur, Quotidien Nigérien d’information N° 3531 du vendredi 28 novembre 2025, p.4.

16 La Confédération de l’AES (Alliance des États du Sahel regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger) fut actée le 06 juillet 2024.

17 Pr Gaoussou Diawara, né en 1940, est un éminent écrivain engagé, dramaturge et militant politique malien. Grand homme du monde des arts et de la culture.

18 “Soundjata ou l’épopée mandingue” de Djibril Tamsir Niane, p 73.

19 “Regard sur le passé”, présenté au Festival d’Alger en 1969, par le BEMBEYA Jazz National de Guinée.

20 “La Charte de Kurukan Fuga – Aux sources d’une pensée politique en Afrique”, pp 7 à 12. Cette charte a été élaborée en 1236 aux assises de Kangaba (actuel Mali), sous le règne de l’empereur Soundjiata Keita.

21 CELTHO : Centre d’Études Linguistiques et Historiques par la Tradition Orale (Bureau Union Africaine, Niamey).

22 Interview de Diadié Hamma Sangho-Communicateur et Médiateur Traditionnel - Festival Virtuel Kunu Bi Sini

23 L’intitulé, comme le texte de cette rubrique sont copiés du site web « fil – infos – Suivre le fil de l’info » du Lundi le 28 avril 2025

Pour citer ce document

Gado Boureima, «Les risques d’entraver le rayonnement de la culture Sonay-Zarma-Dandi (AYNEHA1) à travers des insuffisances/faiblesses liées à la langue, aux noms de famille, ainsi qu’à l’éducation2 familiale et sociale», Mu Kara Sani [En ligne], Dossier, N°42-Dec 2025, N°42-Spécial, mis � jour le : 12/02/2026, URL : https://www.mukarasani.com:443/mukarasani/index.php?id=914.

Quelques mots à propos de :  Gado Boureima

Économiste/Planificateur/Évaluateur

boureima_gado@yahoo.fr