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N°42-Dec 2025

Salamatou DOUDOU, Boubé ADAMOU et Amadou Oumarou IDE

Le paléolithique dans l’espace du Niger

Article

Résumé

Ce texte fait le point des découvertes sur le Paléolithique en Republique du Niger, de l'apparition d'Homo habilis il y a environ 3 millions d'années jusqu’au debut de la néolithisation il ya environ 10.000 ans. Cette espèce était capable de fabriquer des outils simples et vivait en petits groups tout en s'adaptant progressivement à son milieu. La recherche sur le Paléolithique au Niger demeure limitée, avec des outils datant d'environ 1 million d'années. Le Paléolithique moyen, marqué par le débitage Levallois, est représenté par la culture atérienne, qui se distingue par une variété d'outils en quartzite. L'importance des sites archéologiques dans les vallées de la Mékrou, de l'Aïr, du Kawar et du Djado est mise en avant pour illustrer comment les humains ont su s'adapter aux variations climatiques.

Abstract

This paper reviews discoveries about the Paleolithic period in the Republic of Niger, from the appearance of Homo habilis around 3 million years ago to the beginning of neolithization around 10,000 years ago. This species was capable of making simple tools and lived in small groups as it gradually adapted to its environment. Research on the Paleolithic in Niger is still limited, with tools dating back around 1 million years. The Middle Paleolithic is characterized by Levallois flaking and represented by the Aterian culture, known for its variety of quartzite tools. The significance of archaeological sites in the Mekrou valley, Aïr, Kawar, and Djado is emphasized as examples of human adaptation to climate change.

Texte intégral

pp.8-20

Introduction

1Il y a environ 3 millions d’années en Afrique orientale et australe apparaissait un individu remarquable capable de marcher debout sur de longues distances. Mesurant entre 1,20 m et 1,50 m et vivant en petits groupes sous abris temporaires sans structure hiérarchique définie, ce personnage a cohabité avec les Australopithèques pendant près de 1.8 million d’années; il pourrait être l'un de leurs descendants grâce à sa plus grande capacité crânienne qui lui a permis de créer des outils rudimentaires taillés sur une ou plusieurs faces.

2Ainsi, débute la longue période du Paléolithique avec Homo habilis comme figure centrale. Cette période, marque également le debut de l'évolution biologique du genre Homo dont l'économie reposait sur l'exploitation naturelle des ressources animales et végétales disponibles, époque où la survie était primordiale pour l'homme plutôt que la transformation ou le contrôle actif de son environnement.

3Les débats concernant la correspondance entre cet homme habile et ses outils sont loin d'être résolus. Bien que les données manquent parfois de contexte clair et précis pour attribuer ces outils à Homo habilis ou potentiellement à un autre genre.
Au Niger spécifiquement, les études concernant le Paléolithique restent fragmentaires car jusqu'à présent les plus anciens outils identifiés ne semblent pas remonter au-delà d'un million d'années correspondant à la période acheuléenne ou au Pléistocène ancien.

Données Paléoclimatiques

4Mis à part quelques rares sites associés au Paléolithique archaïque ou Oldowayen, le Paléolithique dans cette région se situe entre 60 000 BP et 12 000 BP. Cette période a été marquée par un Sahara relativement humide entre 40 000 et 20 000 BP, contrastant avec les conditions arides précédentes (Rognon ,1976, pp 252-255). De plus, la phase allant de 20 000 à 12 000 BP se caractérise par une sécheresse extrême entraînant le dessèchement des lacs ainsi qu'une réduction significative du Lac Tchad.
Tout au long de cette alternance "pluviale-aride", les hommes étaient dépendants des ressources disponibles dans leur environnement immédiat . En1949, R.Mauny, puis
D.Grebenart, en 1979, Gado et al.en1999, A. Haour en 2003, ont rapporté la découverte de plusieurs sites importants dans les régions de l'Aïr ,du Kawar ,et du Djado .
Depuis lors, les recherches initiées R.Vernet en1996 et O.A.Ide en 1997 pour inventorier archéologiquement le Sud-Ouest nigérien,a permis de cartographier de nouveaux sites archéologiques:liés au Paléolithique .Leurs recherches montrent donc que ces civilisations Paléolithiques étaient présentes simultanément tant dans le Sahara nigérien qu'au Sud-Ouest du pays.

Paléolithique Ancien

5La civilisation des galets aménagés associée à Homo habilis ou Oldowayen,dont certains artefacts datent de plus de 2.7 million d’années, représente l’industrie taillée la plus ancienne retrouvée au Nord du Niger, une industrie toutefois peu répandue et dont les datations restent incertaines aujourd'hui.
Un seul site sur galets aménagés a été identifié celui de Yei lulu loga ou Yei Youlli dans le Djado (Tillet 1983, p 43). Cependant, le véritable début du Paléolithique inférieur, commence avec l’ Acheuléen trouvé notamment au Kori Tagueï (Maley et al.,1971 p11) et à Amakon (Maley1971, p11) dans l’est de l’Aïr. A Silemi (Bilma) cette découverte faite en 1970 (Tillet, 1983, pp 53-77) met en évidence un matériel lié à un niveau antique représentant selon M.Servant le terme le plus ancien du Quaternaire local. L’industrie Paléolithique comprend environ 25% d’artefacts tels que les galets amenagés, des bifaces archaïques, des triedres ainsi que de pics. De rares hachereaux furent aussi découverts ; cependant, aucune trace de débitage Levallois n’a été relevée. T.Tillet (1983) attribue cela à un certain caractère archaïque apparent dû aux bifaces grossiers associés qui y sont présents.

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6Photo 1: Galets amenages en provenance de Silemi. J.P. Roset 1971. Collection DARA/IRSH

7Le gisement de Blaka Kallia 1, qu'a fait connaître T. Tillet (1978) au Sud-Ouest du puits de Blaka Kallia (Niger), est rapporté à l'Acheuléen moyen par l'auteur. Il se situerait autour de 200000 ans et son matériel consiste en galets aménagés, bifaces, hachereaux, nucléus, percuteurs, éclats, auxquels s'ajoutent des couteaux, racloirs, denticulés, quelques grattoirs et burins. L'absence de débitage Levallois tempère toutefois l'aspect évolué de l'industrie.
L’Acheuléen se rencontre également en place à l’Adrar Bous dans l’Air, où il pourrait se placer vers 60 000 BP. Dans la région de Dao Timmi (Djado), l’Acheuléen a été reconnu en plusieurs endroits, favorisé par une riche matière première (quartzite blonde du “grès de Nubie” et grès ferrugineux surtout). Dans la vallée de la Mékrou (Sud-Ouest du Niger), l'Acheuléen évolué est associé à un niveau de cailloutis qui traduit une phase d'assèchement. L’industrie, typologiquement variée, comporte des bifaces et de nombreuses bolas.

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8Photo 2: Biface en provenance de Bilma. J.P. Roset 1970. Collection DARA/IRSH

9Les hachereaux demeurent peu fréquents; mais, certains éclats larges caractéristiques d’un débitage clactonien peuvent y apparaître. Ce qu’il convient de dire,c’est que la plus part des concentrations de sites acheulèens sont localisés au Nord Niger.

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10Photo 3 :. Hachereaux d;Adrar Bous IV b.

(Mission Berliet 1959)

11Alors que l’Acheuléen semble représenter une civilisation ayant évolué lentement mais visiblement, l’étude relative au Paléolithique moyen paraît complexe.
Ce dernier, succède à l’Acheuléen et constitue une étape cruciale dans l’évolution humaine; malheureusement, cette phase reste mal comprise au Niger. En effet, cette meconnaissance, resulte de la pauvreté apparente en découvertes moustériennes dans le sahara ainsi que la présence dominante de l'Atérien—une industrie fondamentalement basée sur le débitage levalloisien souvent substituée au moustérien du fait de sa technologie proche des cultures paléo européennes et proche-orientales.

Paléolithique Moyen

12Le Paléolithique moyen débute en général dans le monde autour de 350 000 ans et se termine aux alentours de 45 000 ans avec l’apparition d’Homo sapiens. Il se caractérise par des ensembles industriels sur éclat, où le débitage Levallois est généralement prépondérant et qui, en Europe où ils furent définis et au Proche-Orient, sont appelés “moustériens".

13Sur le plan techno-culturel, le Paléolithique moyen voit apparaître plusieurs méthodes de débitage, en particulier le débitage dit Levallois, celui de type Quina et celui dit laminaire. Au Niger, où le Paléolithique moyen paraît assez récent, le principal faciès culturel reconnu est l'Atérien, une civilisation dérivant du Moustérien maghrébin, caractérisée par un fort débitage Levallois et par la présence d’un pédoncule d’emmanchement à la base des pièces.

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14Photo 4: Mission Berliet, 1959: Diverses pointes ateriennes, Adrar Bous IV b.

15L’Atérien apparaît vers 40000 ans. Il est surtout présent au Kawar (Ségudine) mais également au Djado ( gisement d’EhiWoro) où un affleurement important de quartzite blond servait depuis toujours comme atelier de taille. Nous avons aussi Yat,où beaucoup d’artefacts renvoient à un Atérien ancien.
Dans l'Aïr, les principaux sites sont ceux d'Adrar Bous IV b, découvert par la mission Berliet (1959-60), et celui du Kori Amakon (seul site Atérien du Niger en stratigraphie), découvert par une équipe de l'ORSTOM (Maley, 1971, pp12-13).

16Dans le Sud-Ouest nigérien, un Paléolithique moyen distinct de l’Atérien est présent. Le matériel se caractérise par de nombreux produits de préparation d’un débitage Levallois, l’importance accordée à de petits éclats et lames Levallois, des éclats retouchés et des nucléus discoïdes, mais aussi par la présence, sur certains sites, de racloirs circulaires. Il est cependant assez répandu entre le fleuve Niger et la frontière du Burkina Faso, sur des affleurements de quartz (Vernet, 1996).
Dans la vallée de la Mékrou (Parc W), le Paléolithique moyen se trouve dans le second cailloutis au-dessus du Paléolithique inférieur, débité en général dans le quartzite du Voltaïen, bien qu’utilisant aussi les silexites, les grès du même Voltaïen ainsi que le quartz des formations du Liptako et les galets roulés des oueds et du fleuve. (Ide 2000, p 91)

17Dans la Mekrou encore, un Paléolithique récent, quoique flou et peu homogène typologiquement, a été identifié en plusieurs endroits où le matériel se trouve mêlé au cailloutis supérieur. On voit apparaître de nouvelles matières premières, comme les silexites ou le quartz, et d’autres techniques, comme la multiplication des enlèvements périphériques, le développement de la taille laminaire, ainsi que la technique du bord abattu. (Ide 2000, pp151-153)
Par ailleurs, un certain nombre d’objets et de sites découverts, semblent appartenir à une période intermédiaire entre l’Atérien et le Néolithique. Leur cohérence est encore trop faible pour qu’on puisse les situer typologiquement et chronologiquement. Quelques sites importants, difficiles à rattacher directement au Néolithique compte tenu surtout de l'absence de céramique, ont été classés sites épipaléolithiques par leurs inventeurs. Il s'agit des sites de l'Adrar N’Kiffi, découverts par la Mission Anglo-Américaine en 1970, et de Temet, découvert en 1986 par J.P. Roset, toujours dans l'Aïr. La particularité de ces deux sites est d'avoir une industrie fortement microlithique où la céramique paraît inexistante. (Maga, 2006, pp 46-51)
Une autre particularité du Sahara Nigérien, est la découverte de pointes d’Ounan dans un contexte néolithique alors qu’ à l’origine, ces pieces faconnées sur lames appointées pedonculée sont rattachées à l’épipaleolithique ou un néolithique ancien comme à Tamaya Mellet 1 dans l’Azawagh. (Maga, 1993, 124-125)

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18Dessin F.Paris; pointes d.ounan Tamaya Mellet 1, 1999

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Conclusion

19Le Paléolithique, apparu assez tardivement au Niger comparativement à l’Afrique australe, orientale et du Nord, est tout de même présent dans la vallée de la Mékrou, l'Aïr, le Kawar et le Djado, où les différents sites archéologiques trouvés témoignent d'une adaptation aux changements climatiques, notamment dans le mode d’exploitation de la matière première nécessaire à la fabrication des armes et outils.
Le Conservatoire d’Archéologie de l’IRSH et le Musée National Boubou Hama de Niamey renferment de très belles collections d'objets lithique se rattachant à cette phase de l’évolution humaine, une évolution dont la diversité de la culture matérielle montre la cohérence entre le développement de la capacité crânienne, donc l’intelligence, et celle liée à l’établissement des civilisations préhistoriques qui ont essaimé sur l’ensemble du territoire national à partir de l’ Holocène avec le debut du Néolithique.

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Pour citer ce document

Salamatou DOUDOU, Boubé ADAMOU et Amadou Oumarou IDE, «Le paléolithique dans l’espace du Niger», Mu Kara Sani [En ligne], Dossier, N°42-Dec 2025, mis � jour le : 29/12/2025, URL : https://mukarasani.com:443/mukarasani/index.php?id=735.

Quelques mots à propos de :  Salamatou DOUDOU

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Quelques mots à propos de :  Amadou Oumarou IDE

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