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N°43-juin 2026

Ibrahim YACOUBA SEYNI

Analyse de la pratique démocratique au Niger de 1960 à 2010

Article

Résumé

Le Niger, depuis son indépendance le 3 août 1960 a connu une trajectoire politique jalonnée par des crises de gouvernances, des transitions, des ruptures et aucune alternance de gouvernance de 1960 à 2010. A travers le sommet de la Baule1 en 1990, la démocratie acceptée sur la base de la constitution de novembre 1992 est marquée par de nombreux problèmes, à savoir : l'impunité, le manque de liberté d'expression, la faible adhésion des citoyens dans l'exercice démocratique, l’ingérence extérieure, etc. Aussi, de par les fondements de la démocratie, les règles du principe démocratique sont-elles spécifiquement établies, néanmoins leurs mises en effectivité laissent à désirer : le système de parents amis alliés et connaissances (PAAC), la culture de l'impunité, l'incivisme nourrit par la nature du politique et les crises de confiances entre gouvernants et gouvernés qui ont fortement saper les idéaux de la démocratie et limiter sa pratique véritable au Niger. Pourtant, le Niger témoigne d'un atout indéniable, à savoir le consensus dans toute prise de décision étatique. Afin de renforcer le processus démocratique, des reformes idoines sont nécessaires pour crédibiliser les institutions : sensibiliser les citoyens à la base, promouvoir et garantir la liberté d'expression, accompagner les acteurs de la société civile et enfin consolider l'État de droit. Cette panoplie de mesures suppose un engagement collectif conséquent afin d'aligner les aspirations politiques conformément aux principes démocratiques.

Abstract

Since its independence on August 3, 1960, Niger has experienced a political trajectory marked by governance crises, transitions, ruptures and no alternation of governance from 1960 to 2010. Through the La Baule summit2 in 1990, the democracy accepted on the basis of the November 1992 constitution was marked by many problems, namely: impunity, lack of freedom of expression, poor support from citizens in the exercise of democracy, external interference, etc. Thus, by virtue of the foundations of democracy, the rules of the democratic principle are specifically established, but their implementation leaves much to be desired: the system of relatives, friends, allies and acquaintances (PAAC), the culture of impunity, the incivility nourished by the nature of politics and the crises of confidence between the rulers and the governed, which have greatly undermined the ideals of democracy and limited its true practice in Niger. However, Niger has an undeniable asset, namely consensus in all state decision-making. In order to strengthen the democratic process, appropriate reforms are necessary to give credibility to the institutions: raising awareness among citizens at the grassroots, promoting and guaranteeing freedom of expression, supporting civil society actors and finally consolidating the rule of law. This package of measures requires a consistent collective commitment to align political aspirations in line with democratic principles.

Texte intégral

pp. 263-277

Introduction

1Le Niger, pays charnier entre l'Afrique arabo-berbère et l’Afrique noire est un carrefour de brassage de civilisation, d'histoire et de cultures diverses. De son indépendance en 1960 à 2010, le Niger a expérimenté une diversité de régimes politiques. Comme le souligne Djibo en ces termes :

« A travers les multiples constitutions (huit de 1959 à 2010, soit en 51 ans), le Niger a ainsi expérimenté, particulièrement de 1993 à 2010, presque toutes les ressources juridiques qu'un texte constitutionnel de type démocratique peut offrir ». (Djibo, 2013 : 86).

2En effet, de 1960 à 2010, le pays a connu plusieurs formes de gouvernances marquées par des phases d'instabilités politiques3. Ces dernières sont caractérisées par des ruptures et des recompositions permanentes. A travers ses fondements, la démocratie repose sur des principes universels tels que la liberté, l'égalité, la liberté d'opinion (expression), et la participation citoyenne. Ce qui, en réalité, dans le contexte nigérien se heurte à des manquements divers comme la fragilité des institutions, les crises récurrentes entre gouvernants et gouvernés, les contraintes structurelles. L'objectif général de cette étude est d'analyser le système démocratique nigérien tout en appréhendant sa pratique dans la vie sociopolitique. De façon spécifique l'étude vise à dégager les écarts entre la démocratie telle que théorisée et sa pratique au Niger dans les faits. Elle s'efforce aussi de mettre en lumière les manquements cruciaux de la démocratie au Niger. Comme hypothèse, nous pensons que la gestion patrimoniale de l'État, le système de parents amis, alliés et connaissances (PAAC) et le non-respect de la loi sont à la base du blocus de la pratique démocratique au Niger. Aussi, l’importation des lois constitue le véritable handicap de la pratique démocratique au Niger. Pour ce faire, l’étude est basée sur l’analyse documentaire critique, mobilisant les travaux scientifiques, les textes officiels, les articles de presses.

Contexte historique et politique du Niger.

3Depuis son accession à l'indépendance le 3 août 1960, le Niger présente un tableau politique complexe traduisant une quête continue de la démocratie. Des profonds changements politiques ont jalonné sa trajectoire démocratique et sa culture politique. La période post indépendance a été marquée par le régime de Diori Hamani. Elle se caractérise par la prédominance du parti unique, soit le parti état à l'image de l'ensemble des pays nouvellement indépendant des années 1960 de l'Afrique de l'ouest de l'ex puissance colonisatrice (la France). Ce régime a jeté les bases des reformes sociales et économiques importantes mais il s’est heurté aux diverses critiques pour son manque de pluralisme politique et les répressions sanglantes de ses opposants. L'exemple de Giratawa4 en mai 1964 est illustratif avec 21 opposants incarcérés et morts asphyxiés.

4La chute de ce régime en 1974 suite au coup d'État militaire à laisser entrevoir une période dictatoriale soit autoritaire de 13 ans sous l'égide de Seyni Kountché. Ce dernier adopte une stratégie d'écartement systématique et progressif des membres les plus influents du régime ( nomination à des postes de préfets, d'ambassadeurs de conseillers, etc.). Cette période a été marquée par des véritables restrictions de liberté d'opinions publiques. Les Nigériens vécurent dans une atmosphère de fin de règne qui ne s'achève que le 10 Novembre 1987 lorsque le président Kountché décéda à la suite d'une longue maladie.

5En 1987, à la mort de Seyni Kountché, Ali Chaibou poursuit son œuvre avec des changements notables : la décrispation. Il poursuit le programme établit par Kountché en achevant la charte de la société de développement, et en adoptant à travers un référendum la constitution de la deuxième République en 1989. Malgré toutes les réformes de Ali Saïbou, force est de constater la poursuite des mécanismes de la dictature militaire mais à des degrés variables. C'est ce que soutien Mahamadou (2010:75) en ces termes « la différence avec le régime du conseil suprême militaire est traduite par le caractère moins contraignant du nouvel dirigeant, ce qui laisse moins de place à la coercition ».

6La géopolitique internationale étant caractérisée par la chute du mur de Berlin, ce contexte favorise l'éclosion de ces mouvements de contestation. C'est ce que soutient Djibo, (2013:81) en ces termes :

« C'est dans ce contexte de parti unique, mais avec une atmosphère politique si « découpée » que l'on a parfois parlé de « règne laisse-guidon », qui va souffler, sur le Niger, le « vent de l'est » porté à la fois par l'onde de choc du mur de Berlin et par les échos du « discours de la Baule » du président François Mitterrand »5.

7Cette chute de mur de Berlin a provoqué des mouvements populaires réclamant plus des reformes dans la gestion des affaires de l’État. Au Niger, cela a précipité la chute de la 2ème République, c'est ce que confirme Kader : « L'avènement de la Conférence Nationales fut fatal à la constitution de la deuxième République » (Kader, 2001 : 337). C'est ainsi que la Conférence Nationale a vu le jour. Elle confine le Président Ali Saibou dans un rôle purement protocolaire. La fin de la Conférence fut sanctionnée par une transition politique de 18 mois. En effet, la période transitoire culmine avec l'adoption de la constitution de 1992 et l'élection de Mahamane Ousmane en 1993. Cette période de 3ème République se caractérise par le multipartisme , la séparation des pouvoirs avec une justice indépendante, la liberté de la presse. Bref, la démocratie pluraliste battait son plein. L'amateurisme politique et la nature du politique ont précipité le régime dans une cohabitation. Ce qui aura raison du régime de Mahamane Ousmane à travers un coup d'État militaire perpétré par l'armée en 1996 avec le colonel Ibrahim Baré Mainassara comme instigateur. Ce dernier fonde la 4ème République et s'accroche au pouvoir à travers un hold up électoral. Cela a jeté le discrédit sur les différentes élections organisées. Ainsi, sous cette 4ème République consacre un régime du type présidentiel, : « Le gouvernement est celui du President de la République bien qu'assister d'un Premier ministre » (Mahamadou, 2001 : 347). Les tensions nées de ces événements (crises et hold up électoral, boycott des élections par l’opposition, manifestions populaire) ont conduit l'armée à le renverser avec Daouda Malam Wanké comme chef. L'inédit dans cette quête du pouvoir c'est la mort du Président Ibrahim Baré Mainassara6. Cette brusque mort suscite plusieurs interprétations. Ce qui corrobore les dits de Jean-Claude Maignan en ces termes :

« Le coup d'État du 9 avril a sans doute été la conséquence, peut-être inattendue dans ses aspects sanguinaires, d’une volonté commune à quelques dirigeants de l'opposition, et à une partie de l'armée, d'éliminer le président Baré, cela pour sortir d'une nouvelle situation de blocage manifeste. L'assassinat a-t-il été véritablement programmé pour faciliter le changement du système constitutionnel, ou est-il la conséquence d'un scénario moins brutal qui aurait dérapé » (Maignan,200 : 124).

8Wanké réussit une transition de 9 mois caractérisée par une situation économique délétère7 et organise des élections avec l'adoption de la constitution de la cinquième République.
Fort de son soutien populaire et d'une assise politique indéniable, Tandja Mamadou remporte les élections et accède au pouvoir en 1999 réussissant même à doubler son mandat en 2004. Poussé par une tranche de la population, celui-ci cherche à se maintenir au pouvoir avec un bonus de 3 ans à travers le référendum du 9 août 2009 en sa faveur soit le Tazartché8. Ce chao politique conduit l'armée à l'évincer du pouvoir avec Salou Djibo comme chef de l'État. A l'issu d'une transition de 12 mois Salou Djibo organise les élections avec l'adoption de la constitution de la 7ème République.

9Il faut noter qu'aujourd'hui que la situation politique du Niger est marquée par une démocratie oscillante entre flux et reflux, baignant dans une perspective incertaine. La récurrence des prises de pouvoir par les militaires fait remarquer des observateurs qu'au Niger le pouvoir se donne plus par la force que les urnes. En effet, la démocratie sensée être l'apanage et la voie de survie par la majeure partie des pays africains se résume à des élections cycliques et au recommencement des institutions. Loin de se limiter au vote cyclique du bétail électoral, la démocratie est un système performant de gouvernance politique qui englobe tout un ensemble de normes, de pratiques et principes conduisant à une gouvernance publique acceptée et tolérée dans un pays9. Malgré que le Niger soit ouvert à la démocratie libérale, il demeure néanmoins paradoxal que sa pratique est toute autre. La complexité du paysage politique nigérien est marquée par des crises entre gouvernants et gouvernés, des crises économiques, des crises sociales de bases persistantes et un défi sécuritaire lamentable. Il urge de scruter de près la pratique politique au Niger. Cette démarche analytique est essentielle afin de comprendre, l'atmosphère de la pratique démocratique nigérienne dans les faits. Ceci étant, l'expérience et la somme des erreurs passées, il urge de capitaliser alors les acquis afin de booster la pratique démocratique nigérienne sur des bons rails.

Quelques mécanismes de la démocratie Nigérienne

10De son indépendance en 1960 à 1999, le Niger est à la recherche d'un mécanisme démocratique performant afin d'éviter les crises politiques récurrentes. Presque toutes les constitutions que le Niger a connues ont concouru à cet exercice de consolidation démocratique.

Aperçu des institutions politiques du Niger

11De 1960 à 2010 le Niger a connu cinq Républiques, dont chacune se caractérise par un système de gouvernance différent de l'une à l'autre. Du régime présidentiel au régime semi-présidentiel et dictatoriale en passant par des formes composées comme la cohabitation, la gestion de la transition de Cheffou Amadou en 1991-1992, le Niger cherche à s'adapter à ses différentes constitutions élaborées suivant les diverses républiques.

12Des régimes présidentiels, le président est élu au suffrage universel pour un mandat de cinq ans renouvelables une fois. Les fonctions du président englobent celui du chef de l'État, de la République, et président du Conseil des Ministres.
S'agissant du régime semi-présidentiel, le pouvoir du président est limité voir partagé avec celui du premier Ministre. Ce dernier, anime coordonne suivant la déclaration de la politique générale du gouvernement (DPG) les affaires courantes de l'État

13Quant au parlement, il est composé d'une seule chambre des députés. Il comprend un président élu pour la durée de la législature et des membres du bureau renouvelable chaque année. Cette assemblée joue un rôle capital dans le vote et l'élaboration des lois, mais aussi dans le contrôle de l'action gouvernementale. Selon la constitution plusieurs types d'institutions sont prévues pour la stabilisation des principes démocratiques. Ce sont : la cour constitutionnelle, la Haute cours de justice, la cour des comptes, la cour de cassation etc. A côté les autres institutions, comme le conseil national du dialogue politique (CNDP), le conseil économique et social (CESOC), le conseil supérieur de la communication (CSC) , la médiature de la République, etc. jouent des rôles prépondérants dans l'ancrage démocratique au sein de la sphère politique nigérienne.

14Des régimes autoritaires que le Niger a connus, notons que le pouvoir est exclusivement détenu par le chef de l'Etat, assisté en la circonstance d'un comité composé des membres du corps l'ayant soutenu et favorisé son arrivée au pouvoir. Aussi, quelques institutions sont-elles créées en la circonstance pour la conduite des affaires courantes de l'État. C'est ce que semble soutenir Djibo en ces termes :

 « des nouvelles institutions sont créées pour positionner des fidèles ou sécuriser l'après transition ; certaines, parmi celles qui existaient avant le coup d'État, prennent d'autres appellation ou disparaissent » (Djibo,2013 : 49).

La question des élections

15En démocratie, les élections et l'adhésion des citoyens en sont les clés de ses fondements. Partout, ailleurs elles doivent être libres, équitables et transparente selon les fondements démocratiques. Comme le souligne Amadou :

« La démocratisation de la vie politique favorise la participation des citoyens, la transparence, l’adhésion des citoyens aux décisions de l'État, la réciprocité dans les relations sociales, l’ouverture du jeu politique, la libéralisation des énergies sociales source potentielle de développement » (Amadou, 2013 : 69).

16Très malheureusement, au Niger la majorité des élections sont entachées d'irrégularités et de très faibles taux de participation. A chaque processus électoral la commission électorale nationale indépendante (CENI) se retrouve au cœur des critiques s'agissant de son impartialité, son inefficacité ou son autonomie. Les multiples prises de pouvoir (coup d'État, putschs électoraux, etc.) remettent en cause le processus démocratique des États. Cela hypothèque la sécurité et le développement économique du pays. Aussi, presque tous les constituants des années 1960 à 1999 ont-ils consacré l'alternance démocratique comme la sève vitale des régimes politiques à mettre en place.

17Aussi, la plupart des régimes politiques que le Niger a connu se singularisent-ils toujours par le rejet de l'alternance démocratique et le refus de la gestion démocratique du pouvoir. Entre 1960 et 1999 aucun dirigeant nigérien n'a organisé des élections présidentielles pour une alternance démocratique. La plupart des élections organisées par les dirigeants sont des élections législatives et des élections communales. Même ces dernières sont entachées d'irrégularités. Pour s'en convaincre, les manœuvres politiciennes de confiscation du pouvoir politique et la gestion défectueuse de celui-ci sont les éléments à interroger. Ainsi, les conditions prévues pour sa réalisation sont compromises par calcul d'intérêt ou instinct de pérennisation au pouvoir. Ce refus de l'alternance démocratique s'est matérialisé par la suppression des clauses limitatives des mandats présidentiels10. Avec une agilité impressionnante, les régimes au pouvoir développent une technologie électoral lubrifiée de fraude et de manipulation de tout genre. Cet état de fait se matérialise par la volonté des uns de prendre le pouvoir qui nourrir le désir des autres de ne jamais le perdre.

18Depuis le choix du mode de scrutin en passant par la stratégie déployée pour trafiquer le découpage électoral jusqu'au processus électoral proprement dit, le moins que l'on puisse dire est que la fraude électorale dans le contexte nigérien révèle la détermination inouïe des dirigeants en place à combattre le principe de l'alternance pour assurer leur pérennité au pouvoir. C'est pourquoi des manquements cruciaux dans l'organisation et la conduite des élections se sont avérées au grand jour comme en témoigne les différents hold up électoraux dans certaines circonscriptions électorales lors des élections en 1996 à Kollo, et à l'intérieur du pays, en 2004 à Tahoua, Tillaberi, Zinder. A ces différents manquements, il faut ajouter le rejet de certaines listes électorales par la cour constitutionnelle de quelques partis lors des échéances électorales un peu partout dans presque toutes les circonscriptions du pays. Par exemple, en 1965 (les listes du parti Sawaba ont été rejetées à Konni, Tahoua et Zinder). En 2004, les listes des législatives des partis PNDS-Tarayya (Parti Nigérien pour la Démocratie et le Socialisme), MNSD-Nassara (Mouvement National pour la Société de Développement), CDS-Rahama (Convention Démocratique et Sociale) ont été rejetés dans leurs fiefs. Ce qui a conduit à des alliances politiques.

19Tableau N°1 : chronologique des régimes politiques au Niger (1960-2010)

Présidents

Années

Durée

Diori Hamani

1960-1974

14 ans

Seyni Kountché

1974-1987

13 ans

Ali Saibou

1987-1992

5 ans

Mahamane Ousmane

1993-1996

3 ans

Ibrahim Baré Maïnassara

1996-1999

3 ans

Daouda Malam Wanké

Avril 1999- Décembre 1999

9 mois

Tandja Mamadou

1999-2004, 2004-2009, 2009- 18 février 2010

10 ans 6 mois

Ibrahim Yacouba Seyni, 29 juin 2026

La pratique démocratique nigérienne et ses problèmes

20Nonobstant la panoplie des efforts de gouvernance et les institutions de contrôle comme baromètre la pratique démocratique au Niger fait face à de nombreux problèmes. Elle est surtout gangrenée par la corruption, la culture de l'impunité, le système de parents, amis, alliés et connaissances, le régionalisme, les problèmes ethniques, la question sécuritaire, etc. La conjugaison de tous ces maux a fortement contribué à saper la pratique démocratique dans les faits au Niger. L'adhésion des citoyens est limitée par l'analphabétisme et le manque d'éducation civique et surtout des contraintes économiques. Cela les empêche de s'impliquer activement dans le processus démocratique. Malgré ces nombreux problèmes la pratique démocratique nigérienne a fortement avancée. En effet, une démarche soutenue de cette dernière nécessite une approche permanente qui englobe la diversité et les réalités socio-économiques du pays, favorisant ainsi une gouvernance plus transparente. L'un des points forts en est que malgré ses manquements la pratique démocratique nigérienne a fait des progrès significatifs hormis les écarts considérables. Ainsi, la liberté d'opinion et de la presse ajoutées à une société civile sont à l'actif de cette pratique démocratique. Les écarts entre la réalité sociopolitique et les fondements démocratique sont des points qui interpellent les citoyens à une prise de conscience des enjeux démocratique. Bien que ces acquis11 fassent bonne augure à la pratique démocratique nigérienne, il ressort que beaucoup reste à faire afin d'établir un état de droit avec une justice forte et indépendante. L'observation de la pratique démocratique au Niger conduit à scruter les multiples aspects de la vie politique et sociale et les fondements mêmes de la démocratie. Ces derniers permettent d'apprécier la pratique courante de la démocratie depuis les événements de la Baule à ce jour.

Les deux poids deux mesures des institutions judiciaires au Niger.

21En démocratie le respect de la constitution est capital pour la bonne marche de cette dernière. Cependant cela passe obligatoirement par le respect indéniable de l'État de droit mais surtout l'indépendance des différents pouvoirs en place. Plusieurs institutions (Haute cours de justices, Cours des Comptes, CESOC, CSC,) prévues par la constitution sont mises en place. Malgré que certaines ne reflètent aucunement pas le miroir de la société nigérienne, elles contribuent, à la pratique courante de la démocratie au Niger. Aussi, bien que le Niger ait expérimenté plusieurs types de constitutions, ces dernières intègrent en leur sein des dispositions juridiques solides. Néanmoins leurs mises en pratique et surtout l'indépendance de la justice se heurte souvent à des problèmes de corruption et d'influences politiques. Par-là, notons qu'il y a une inégalité quant à l'accès équitable à la justice dans l'exécution et l'application de la loi, cela relègue le pays au dernier plan en matière de développement. C'est ce que soutient Ibrahim, (2023 : 95) en ces termes :

« La complexité de l'application de la loi par les acteurs politiques, la mal gouvernance, les complots politiques ont contribué à faire du Niger un pays en retard sur presque tous les plans ».

22En somme, le système de parents-amis-alliés et connaissances (PAAC), l'impunité, l’ingérence du politique, etc. sont entre autres des préoccupations majeures reflétant les problèmes rencontrés dans l'établissement et l'application de la loi au Niger.
A côté de ces problèmes structuraux, rappelons que souvent la création des institutions étatiques non prévues par la constitution une violation flagrante de cette dernière. La résultante de tous ces facteurs cités ci-haut montre combien les institutions juridiques sont bafouées au profit de l’intérêt personnel.

De la liberté de la presse à l'adhésion citoyenne

23La liberté que ça soit d'opinion ou uniquement de presse suivant les principes établis par la démocratie est le nœud fondamental autour duquel pivote toute démocratie qui se respecte. L'adhésion des citoyens est en effet un indice qui sert à jauger la démocratie dans un pays. Celle-ci se traduit à travers le vote lors des différents types d'élections. Cependant, les taux de participation sont souvent faibles témoignant d'un manque d'engouement et de scepticisme aux élections. Néanmoins, ces dernières années par le biais de la sensibilisation des médiats et de la société civile cette tendance négative se retrouve renverser. Ce qui dénote que malgré leur limite ces initiatives positives sont encourageantes dans une démocratie évolutive. De par ce constat avéré, il est crucial de se pencher sur les principes clés de la démocratie afin de scruter sa pratique au Niger.

Les principes clés de la démocratie et sa pratique au Niger.

24Le Niger a adhéré à plusieurs principes démocratiques conformément au sommet de la Baule. Cependant, des points tels que le multipartisme, la liberté de la presse et les élections régulières doivent être de mise dans la pratique démocratique. De 1960 à 2010 le Niger n'a connu aucune alternance démocratique. L'un de ses principes forts, comme l'alternance démocratique n'est qu'un slogan. Car presque tous les dirigeants qui ont gouverné le Niger semblent ne plus remettre le pouvoir à leur prochain. Ils cherchent par tous les moyens à verrouiller le jeu démocratique à travers des retouches de la constitution. Par ce système on comprend aisément que la question de l'alternance de 1960 à 2009 n'est qu'un mythe.

Les problèmes de la pratique démocratique au Niger

25Bien que les fondements de la démocratie soient entre autres : la liberté, la justice, les élections transparentes, l’alternance au pouvoir, l’adhésion des citoyens, etc., sa pratique au Niger se heurte à des divergences et lacunes notables. Au Niger, ces principes malgré leur constitutionnalisation, sont souvent limités par des barrières socio-économiques, des contraintes civiques, mais surtout l'influence politique limitant l'application de la loi. Cependant, le respect de l'État de droit et l'indépendance de la justice sont des domaines où les écarts sont particulièrement marqués. S'agissant des institutions judiciaires, malgré les dispositions constitutionnelles, elles sont souvent affectées par la corruption, éloignant ainsi la pratique judiciaire des idéaux d'une justice indépendante et impartiale. A l'ensemble de ces problèmes ajoutons la nature de l’homme politique Nigérien contribue à ôter toute crédibilité à la pratique démocratique nigérienne12. À côté de ces maux, il faut noter le plaquage des lois importées qui contribue à dresser un déséquilibre profond entre nos réalités et celles d'ailleurs. Cette importation des lois contraire à nos réalités constitue un handicap dans l’établissement d’une justice équitable.

Conclusion

26En somme, vingt ans après le virage du Niger vers la démocratie libérale, cette dernière oscille entre succès et résistances. Malgré des avancées notables dans la pratique d'une démocratie apaisée, le Niger présente des écarts significatifs entre les fondements démocratiques et sa pratique dans les faits. Il est donc impérieux de penser véritablement l'avenir du Niger face à la pratique démocratique. Pour cela, il importe de dépasser le cadre de crises de gouvernance politiques permanentes afin de consolider cette démocratie. Il urge cependant, d'accorder une attention particulière à l'État de droit, la liberté d'expression et de presse, le civisme, la séparation des pouvoirs, la sensibilisation des citoyens, etc.. Bref, toute entreprise pouvant servir à accroître la bonne gouvernance dans la logique, bien entendue des fondements de la démocratie.

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Notes

1 Conférence internationale tenue à la Baule où les pays occidentaux ont conditionné l'aide au développement à l'ouverture démocratique pour beaucoup de pays Africains.

2 International conference held in La Baule where Western countries conditioned development aid on the democratic opening of many African countries.

3 Il s'agit des différentes crises de gouvernances politiques qu'a connues les régimes politiques au Niger. Kimba IDRISSA en a largement évoqué dans « Armée et politique au Niger ».

4 Village situé à 10km de la région de Maradi, (ville économique du Niger). C'est dans ce même village que les tensions politiques ont conduit à l'arrestation des partisans de Sawaba et leur mort en cellule.

5 Président Français de 1990,qui lors de son discours à la Baule en 1990 conditionnée l'aide au développement aux pays Africains à l'ouverture démocratique.

6 Président du Niger de 1996 à 1999, mort assassiné sur le tarmac de l'aéroport international Diori Hamani au cours du Coup d'État de Daouda Malam Wanké, Commandant du palais présidentiel.

7 Situation économique chaotique dû aux retraits de tous les bailleurs de fonds au régime militaire d'en temps. Ce qui a favorisé le manque de salaire et des bourses des étudiants durant presque la durée de la transition de 1999, soit 9 mois.

8 Expression Haoussa qui signifie littéralement : la continuité.

9 Jean-François Dortier (dir.), Le dictionnaire des sciences sociales, Edition Sciences Humaines, 2013, 457p.

10 Pour exemple, coup de force de Tandja Mamadou qui a piétiné la constitution en organisant un referendum le 09 août 2009 afin d’obtenir un bonus de trois (3) ans au pouvoir : le Tazarcé.

11 Une société civile active, une prise de conscience citoyenne, une liberté de presse modérée, une participation citoyenne

12 On associe souvent à l’homme politique Nigérien d’être corrompu, manque de vision, de détournement de denier public

Pour citer ce document

Ibrahim YACOUBA SEYNI, «Analyse de la pratique démocratique au Niger de 1960 à 2010», Mu Kara Sani [En ligne], Dossier, N°43-juin 2026, mis � jour le : 28/07/2026, URL : https://www.mukarasani.com:443/mukarasani/index.php?id=1142.

Quelques mots à propos de :  Ibrahim YACOUBA SEYNI

Doctorant au département d’histoire

Université Abdou Moumouni de Niamey (Niger)