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N°43-juin 2026
Les défis pour une sobriété énergétique dans la consommation de l’électricité à l’Université Abdou Moumouni de Niamey (Niger)
Résumé
Gaspillage, équipements énergivores et des comportements non écoresponsables des usagers, constituent les modalités de la gestion de l’électricité des services publics dans de nombreux pays. Pourtant, même à l’échelle des pays riches, des réflexions et des actions ont été entreprises depuis des décennies pour renverser cette tendance à la consommation excessive qui a un impact sur la société, l’économie et l’environnement. L’Université Abdou Moumouni (UAM) de Niamey, lieu d’innovations et de diffusion du savoir ne fait pas exception de cette situation mais tente d’atténuer les effets par la recherche-action.
Ainsi, l’objectif de cet article est de contribuer à l’amélioration de la gestion de l’électricité à l’UAM par la mise en place d’une démarche développement durable qui passe d’abord par la sobriété dans sa consommation. Pour atteindre cet objectif, la méthodologie adoptée repose sur la recherche documentaire, l’observation du terrain, des inventaires, la cartographie, des entretiens et une enquête par questionnaire.
Les résultats révèlent l’absence de démarche développement durable dans la gestion de l’électricité à l’UAM, le gaspillage de l’électricité, une source d’approvisionnement en énergie très faiblement diversifiée, le manque de comportements écoresponsables des usagers et un manque d’outils et de textes réglementaires. La mise en place d’un modèle de gestion s’appuyant sur la sobriété peut contribuer, au-delà de l’UAM et des services publics, pour les villes à un développement urbain durable.
Abstract
Waste, energy-intensive equipment, and users’ inefficient behavior characterize electricity management among public utility customers in many countries. However, even in wealthy countries, discussions and initiatives have been underway for decades to reverse this trend of excessive consumption, which impacts both the economy and the environment. Abdou Moumouni University (UAM) in Niamey, a hub for innovation and the dissemination of knowledge, is no exception to this situation but is attempting to mitigate its effects through action research.
Thus, the objective of this article is to contribute to improving electricity management at UAM by implementing a sustainable development approach that begins with moderation in consumption. To achieve these objectives, the methodology adopted relies on field observations, inventories, mapping, interviews, and a questionnaire survey.
The results reveal a lack of a sustainable development approach in electricity management at UAM, a supply source with very little diversification, and a lack of tools and regulatory frameworks. The implementation of a management model based on energy efficiency can contribute to sustainable urban development not only at UAM and in public services but also in cities.
Table des matières
Texte intégral
pp. 72-93
Introduction
1Niamey, la capitale, la plus grande ville du Niger, abrite aussi la plus grande Université publique du pays. De sa création en 1971 à aujourd’hui, l’UAM continue d’accueillir des étudiants venant de toutes les contrées du pays et cela malgré la création d’Instituts Universitaires de Technologie (IUT) érigés en Universités dans les régions. Ainsi, l’effectif des étudiants qui n’était que de 7 000 en 2004 est passé à 30 323 en 2024 soit une hausse de plus de 300% dans un contexte de stagnation des ressources publiques allouées pour le bon fonctionnement de cette institution. Cette augmentation de l’effectif des étudiants amplifie de fait, les défis de fournir de manière continue des services urbains en réseau comme l’eau et l’électricité marqués par un pis-aller pendant la saison chaude (Vaucelle, Younsa, 2018).
2En effet, l’accès à l’électricité dans la ville de Niamey se pose avec plus d’acuité du fait de la dépendance à près de 80% du Nigeria voisin et de l’urbanisation rapide (Abdoul Razak, 2020). A cela s’ajoutent les fortes températures sahéliennes (46° à l’ombre) qui commencent à partir du mois de mars et qui provoquent une hausse de la demande en électricité dans la ville (Younsa, 2019). La Société Nigérienne d’Electricité (NIGELEC) ne pouvant fournir que 120 Mw sur une demande de 140 Mw1, il s’en suit alors des coupures intempestives défiant depuis plus de deux décennies des projets ambitieux de substitution pour relayer la ligne Birni-Kebbi-Niger (Abdoul Razak, 2020). Cependant, ces sources de substitution à la ligne venant du Nigeria notamment la centrale Diesel Gorou banda2 et ses extensions ne permettent pas de couvrir les besoins de la ville de Niamey (Abdoul Razak, 2020 ; Le Sahel, 2024). De ce fait, les arrêts fréquents de la fourniture d’électricité assurée par la NIGELEC inhibent le bon déroulement des activités académiques et de recherche à l’UAM. Dans ces conditions, il est évident que les comportements des usagers du service public jouent sur la consommation d’électricité qui doit se faire de manière responsable. Cependant, comme presque partout dans les différentes entités de l’Administration (hôpitaux, Ministères, Internats, Ecoles), une culture de gaspillage règne, et l’UAM ne fait pas exception.
3Les factures d’électricité de l’UAM étant prises en charges sur le budget du Rectorat (charges communes) provenant à plus de 90% de l’Etat, il est évident qu’affecter des ressources importantes pour honorer ces factures freinent les ambitions des dirigeants. Ces derniers sont engagés dans des reformes pour une gestion rationnelle des ressources allouées par l’Etat et une recherche de rayonnement à l’échelle régionale et internationale (PSC, 2024). Ce nouveau paradigme dans la gestion nécessite un état des lieux de la gestion de l’électricité en vue d’identifier les facteurs de gaspillage et les voies pouvant amener la communauté universitaire vers une sobriété dans la consommation de cette énergie. C’est dans ce cadre que le projet de recherche-action Assainissement et Développement Durable (ADD) a été conçu pour apporter des réponses aux défis de la croissance des effectifs notamment des étudiants et atténuer ses effets sur les conditions de vie et de travail à l’UAM. La gestion de l’électricité spécifiquement, suscite beaucoup de questions qui doivent permettre de faire un diagnostic afin d’atténuer les effets de la massification dont une des conséquences directes demeure une forte consommation d’énergie. C’est compte tenu de cette situation de gaspillage, qui met à mal les ressources publiques, que le Ministre de l’Enseignement Supérieur de la Recherche et de l’Innovation Technologique (MESR/IT) a pris un arrêté le 26 janvier 2026 pour exiger le retrait des congélateurs et réfrigérateurs dans les résidences universitaires. Comme le justifie-t-il, cet « arrêté est pris conformément aux textes régissant les œuvres universitaires et au regard des arriérés s’élevant à plusieurs dizaines de millions de F CFA ».
4Ainsi, la problématique centrale que pose cette recherche qui est un travail exploratoire du projet ADD est de savoir quels sont les défis pour l’atteinte d’une sobriété énergétique dans la consommation de l’électricité à l’UAM ?
Deux questions secondaires s’ajoutent à cette problématique centrale à savoir :
-
Quelles sont les sources d’approvisionnement en électricité de l’UAM ?
-
Qu’est-ce qui explique la forte consommation d’électricité constatée à l’UAM ?
5A ces questions de recherches sont formulées les hypothèses suivantes :
-
L’absence d’outils de gestion durable de l’électricité à l’UAM est un facteur qui conduit à un gaspillage accentué par la massification et de la densification des personnes dans les différentes entités
-
La faible diversification des sources d’approvisionnement en énergie électrique notamment les énergies nouvelles et renouvelables est un facteur qui conduit également à des consommations qui débouchent sur des factures élevées à l’UAM comme dans beaucoup de services publics.
6Pour répondre aux problématiques, une méthodologie basée sur les travaux réalisés collectivement (entretiens, inventaires) dans le cadre du projet ADD soutenus par les résultats de Master de Oumarou Garba (2025) a été utilisée.
Méthodologie de la recherche
7Elle est basée sur la démarche classique en sciences humaines et sociales et a débuté avec la recherche documentaire.
Recherche documentaire
8Elle s’est effectuée en grande partie sur internet pour la conception du projet, pour cela, il a fallu lire des travaux réalisés dans divers domaines sur la mise en place de la démarche développement durable à l’échelle d’une ville et dans les Universités. Pour ces dernières, s’outiller sur les critères de la démarche développement durable dans la gestion de l’électricité était nécessaire pour comprendre les contours pour le cas des Universités. Mais avant, il a fallu lire des thèses, des mémoires, des documents de politique et de programmes sur l’accès à l’électricité ont été visités pour une large connaissance sur la thématique. Le centre Géonumérique de l’UMR 5319 Passages-CNRS a été consulté régulièrement ainsi que des plateformes spécialisées comme Cairn, Google Schoolar et la bibliothèque numérique de l’UAM. Pour les documents qui ne sont pas en ligne, les bibliothèques de la place ont été visitées ce qui n’a pas empêché d’obtenir des documents administratifs lors des entretiens.
Entretiens avec la communauté universitaire
9Tout comme pour la recherche documentaire, les entretiens ont eu lieu en deux phases. Ainsi, la première phase a été menée par les membres du comité de pilotage du projet. Ils étaient repartis en 5 groupes parmi lesquels se trouvent des stagiaires c’est à dire les étudiants de ADD. Un calendrier a été établi pour la période du 19 au 30 août 2024 pour rencontrer les Doyens, les Directeurs, les Personnels Administratifs et Techniques (PAT), les étudiants et les chefs de services centraux et déconcentrés. C’est après avoir fini ces rencontres que l’étudiant a mené des entretiens spécifiquement sur la gestion de l’électricité dans le cadre de son mémoire à l’aide de guides d’entretiens validés par l’encadrement technique du projet. Cette approche a facilité aux stagiaires, de façon générale, et à celui qui travaille spécifiquement sur le sujet, de connaître les responsables administratifs de chaque entité et a permis également de mieux préparer l’enquête par questionnaire.
Enquête par questionnaire
10Les questionnaires ont été conçus à l’aide du logiciel Kobo Collect qui a permis également de faire le traitement des données. Ces dernières proviennent d’une base de sondage de 150 étudiants et de 50 Enseignants-chercheurs et chercheurs (EC/C) et PAT ; avec une population de plus de 30 000 étudiants, ils sont choisis de manière aléatoire pour l’administration des questionnaires. C’est la méthode de sondage aléatoire simple qui a été utilisée pour obtenir cet échantillon, les différentes étapes sont expliquées par Oumarou Garba (2025). Ces données produites par l’enquête par questionnaire ont enrichi les travaux de cartographie.
Cartographie
11Après la géolocalisation effectuée sur le terrain à l’aide d’un GPS, le logiciel Arc Gis a été utilisé pour la spatialisation des données. Ainsi, un accent a été mis pour identifier les sources d’approvisionnement en électricité, les espaces et commerces énergivores et les amphithéâtres. C’est une partie de ces données collectées par le projet ADD qui a permis la réalisation de la carte n°1 qui situe l’UAM au Niger et dans la ville de Niamey. Ainsi, comme le montre cette carte, l’UAM est située à la rive droite du fleuve Niger et est constituée de six Facultés, trois Instituts de Recherche et l’Ecole Normale Supérieure (ENS). Le Rectorat situé en plein cœur du quartier Karadjé n’est pas représenté ainsi que le site de la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion (FSEG) de la rive gauche, cependant, ils ont fourni des résultats pour cette recherche.
12Carte n°1 : Situation géographique de l’UAM

Résultats et analyse
13Réfléchir aux voies qui mènent vers une sobriété dans la consommation de l’électricité à l’UAM a nécessité de comprendre les contours des facteurs conduisant au gaspillage et aux factures « salées ». Mais avant, il a fallu d’abord identifier les sources d’approvisionnement en électricité de l’UAM.
Les sources d’approvisionnement en énergie électrique de l’UAM : une timide diversification
14Comme tous les services publics, l’UAM, le plus ancien établissement d’enseignement supérieur du pays est branché sur le réseau de la NIGELEC qui assurait aussi l’approvisionnement en eau jusqu’en 1987. C’est donc 100% de l’énergie électrique qui est fournie par la NIGELEC pour le fonctionnement de l’UAM qui n’avait pas forcement besoin de diversifier les sources. Il a fallu attendre la dégradation de l’offre de l’électricité dans les années 2000 marquées par des coupures intempestives pour que l’UAM songe à diversifier les sources. En effet, en 2016, suite au constat amer que la NIGELEC ne peut fournir l’électricité surtout pendant la saison sèche et la saison hivernale pour mettre en place des générateurs (groupes électrogènes). Ces derniers étaient mis à la disposition des services comme alternative pour assurer le fonctionnement de l’UAM qui, comme la ville de Niamey pouvait passer des heures sans électricité. C’est ainsi qu’un générateur de 200 Kva a été mis à la disposition de chaque Faculté, Institut, ENS par le Rectorat qui ne s’est pas oublié lui-même. Malheureusement, pour faire fonctionner ces générateurs il faut du gasoil en grande quantité, ce qui n’est pas à la portée des bénéficiaires qui dépendent des subventions du Rectorat qui se raréfiaient. C’est ainsi que dans beaucoup d’entités, les générateurs bien que présents, ne sont pas fonctionnels faute de carburant, ils font juste de la décoration et dans certaines entités, ils n’ont presque pas été utilisés. La dégradation continue de l’offre de l’électricité consécutivement à la hausse de la demande et des problèmes d’alimentation avec la ligne Birni Kebbi, l’UAM a pensé également à l’énergie solaire. Pourtant, celui dont l’Université porte le nom c’est à dire le Professeur Abdou Moumouni est le précurseur de cette énergie dans le monde avec des brevets d’invention. Ainsi, la troisième source d’énergie qui est le solaire est utilisé à titre expérimental à la Faculté des Sciences et Techniques (FAST) pour la recherche mais un projet d’installation de panneaux solaires pour le fonctionnement de l’administration même en cas de coupure est envisagé. Pour le moment, ce sont les forages, les serveurs et quelques bâtiments administratifs qui utilisent l’énergie solaire comme le montre la carte n°2, ce qui ne peut que conduire à des factures de plus en plus élevées à l’UAM.
15Carte n°2 : les sources d’énergie électrique de l’UAM

Les factures d’électricité de l’UAM : une tendance à la hausse
16L’analyse des factures d’électricité de l’UAM n’est pas facile du fait de la temporalité du payement qui ne se fait pas comme pour les abonnés ordinaires (particuliers). Alors que ces derniers payent mensuellement leurs factures, il est fréquent de voir un payement effectué par le Rectorat pour un trimestre ou un semestre. Cependant, une analyse des factures des années 2021 à 2024, comme le montre la figure n°1 montre qu’en 2022, il a atteint un peu plus de six cents millions de F CFA.
17Figure n°1 : Les factures d’électricité de l’UAM de 2021 à 2025

Service/Comptabilité Rectorat
18Ceci est lié à l’intégration des factures du dernier trimestre de 2021, mais, la tendance est à une hausse de la consommation trimestrielle (plus de 100 millions de F CFA en moyenne). Même si la corrélation n’est pas synonyme de causalité, une analyse minutieuse des factures et de l’effectif des étudiants montre que c’est en 2022 qu’il a atteint presque 26 000 personnes. Depuis, la tendance à la hausse s’est maintenue avec 29 273 étudiants en 2023 pour atteindre plus de 30 000 précisément 35 962 étudiants en 2025 y compris les doctorants. La courbe en baisse vers la fin de 2024 et le début de 2025 s’explique par le fait qu’elle représente les factures du dernier trimestre de 2024 et celles du premier trimestre 2025. Il est évident que les deux semestres de 2025 risqueront d’enregistrer des factures élevées compte tenu de la hausse des effectifs auxquels il faut ajouter les deux composantes à savoir les EC/C et les PAT3. Toutes les composantes de l’UAM participent à cette consommation de l’électricité qui est liée à la banalisation du service public qui débouche de fait sur du gaspillage.
Les facteurs de la forte consommation de l’électricité : de la banalisation du service public au gaspillage
19Plusieurs facteurs combinés expliquent le gaspillage de l’électricité à l’UAM même si l’augmentation de l’effectif des étudiants n’est pas à négliger, il n’en demeure pas moins que c’est le comportement de la communauté universitaire qui joue beaucoup.
Effectifs et comportements non-écoresponsables : un carburant qui consume l’énergie
20Les effets de la hausse de l’effectif des étudiants ont commencé à se faire sentir dès 2016 avec 16 800 alors qu’ils n’étaient que 7 000 en 2004. Cette hausse de près de 50% des étudiants a commencé à peser sur la disponibilité des salles de cours dans certaines Facultés. Pour y faire face, le Rectorat a mis en place un système de mutualisation des salles de cours entre les Facultés. De ce fait, les amphithéâtres et les salles de cours restent ouverts toute la journée et sont utilisés par des étudiants venant d’autres entités. Ce nomadisme a pour conséquence directe l’utilisation de l’électricité sans arrêt jusqu’au dernier créneau horaire de la journée (20h). Par ailleurs, la plupart des membres de la communauté universitaire ne pense à éteindre la lumière et les ventilateurs lorsque la salle est vide. En effet, comme le montre la figure n°2, 32% de notre échantillon affirme ne pas éteindre la lumière et les appareils lorsqu’ils quittent pour un moment, ce qui contribue de fait au gaspillage. Il arrive que des bureaux restent fermés plusieurs heures avec la climatisation alors que l’occupant se trouve en réunion ou à une activité hors du site.
21Figure n°2 : les comportements non écoresponsables

Oumarou Garba, 2025
22Ce comportement est beaucoup observé dans les résidences universitaires où les ampoules restent allumées alors que les étudiants sont en salle de cours. Si pour les résidences universitaires, la lumière presque H 24 s’explique par la surpopulation, pour les bureaux et autres bâtiments académiques et administratifs, c’est le rapport du citoyen au bien public qui l’explique. En effet, il n’est pas rare de voir des bureaux avec des climatiseurs allumés toute la nuit surtout après une coupure du fait que les occupants ne prennent pas la peine d’éteindre les appareils avant de quitter les lieux. L’ancrage d’une culture sur la sacralité du bien public qui nécessite protection et un bon usage n’est pas encore une réalité dans les comportements de la communauté universitaire. C’est ce qui a amené un Doyen a dénoncé en ces termes : « les gens n’ont aucune notion de la rationalité de l’électricité à l’UAM, ils se lèvent chaque matin, l’utilisent comme ils le veulent, pour eux, c’est l’électricité de l’Etat, c’est lui qui paye ». Or, l’Université a une responsabilité sociétale d’inculquer au-delà du savoir le savoir-vivre responsable pour des générations futures aptes à prendre la relève. A ce comportement peu commode s’ajoutent des équipements de plus en plus obsolètes et énergivores pour des consommations faibles d’électricité.
Des équipements énergivores en déphasage avec le temps : un facteur qui pèse sur les factures
23Les entretiens avec les acteurs dont notamment le Centre de Maintenance de l’UAM ont révélé que l’achat des équipements ne répond pas à la nécessité de trouver ceux qui ne consomment pas beaucoup (efficacité énergétique). Aussi, l’observation du terrain a fait ressortir la présence d’équipements énergivores dans les bureaux des EC/C, de l’administration, des salles de cours et des résidences des étudiants. Il s’agit des résistances, grosses consommatrices d’électricité comme les chauffe-eau, les réfrigérateurs et des climatiseurs de grande puissance appelés « coffres ». Ceci est lié à la nature des bâtiments parfois très anciens qui ont une mauvaise isolation thermique mais aussi les nouvelles constructions réalisées d’urgence pour faire face à l’insuffisance de salles de cours. C’est le cas des tentes marocaines construites il y a deux ans de cela dans lesquelles des « coffres » sont installés avec un sol en synthétique et le toit couvert avec une bâche. Ainsi, les ampoules et l’air conditionné peuvent fonctionner toute la journée alors que presque partout dans les pays du Nord, le souci de ne pas gaspiller l’énergie et la démarche développement durable imposent le recours à des équipements adaptés. Cela entraine en effet une consommation excessive d’électricité par rapport aux besoins réels. Selon le directeur du Centre de Maintenance de l’UAM : « le schéma électrique de l’UAM et les infrastructures ont besoin d’une rénovation pour une efficacité énergétique ». Quant aux Chefs Matériels et Doyens interviewés, ils ont affirmé qu’ils ne disposent pas d’une politique énergétique intégrée pour la commande et le renouvellement des équipements à l’UAM. Selon un Doyen : « l’essentiel pour eux, c’est la disponibilité du courant électrique pour leur besoin quel qu’en soit la consommation du matériel électrique à utiliser ».
24Photo n° 1 et 2 : Des plaques de cuisson utilisées pour la préparation de nourriture au Campus, nous avons observé cet équipement énergivore aussi dans des bureaux à l’UAM.

ADD, 2026
25Pour le Campus universitaire, il est inutile de présenter les équipements énergivores utilisés par les étudiants comme les fers à repasser, les congélateurs pour faire du commerce, des plaques de cuisson, des machines à coudre, tous interdits par le règlement (normalement). Outre la consommation excessive d’électricité, ces équipements sont dangereux et peuvent provoquer un court-circuit sur le réseau et des incendies comme c’est arrivé quelques fois dans les logements des étudiants. Si le règlement existe pour les résidences universitaires sur la conduite à tenir en communauté et l’utilisation des équipements électro-ménagers, alors qu’en est-il des Facultés, Instituts et servies techniques de l’UAM ?
L’absence d’outils réglementaire de la gestion de l’électricité à l’UAM : un frein à la sobriété énergétique
26L’observation du terrain et les entretiens avec les Doyens et les Directeurs ont décelé qu’il n’existe pas de textes réglementant la gestion de l’électricité à l’UAM. En effet, comme le montre la figure n°3, les résultats de l’enquête indiquent que l’écrasante majorité des étudiants (95%) n’ont pas jamais vu un texte règlementaire et législatif sur la gestion de l’électricité. Ceux qui disent avoir vu des textes (5%) font référence à ceux des résidences universitaires dont les logements sont attribués à une infime partie des boursiers. Ces derniers hébergent des camarades par solidarité comme dans beaucoup de résidences universitaires d’où la surpopulation dans ces espaces.
27Figure n°3 : Texte réglementaire sur la gestion de l’électricité selon les EC

Oumarou Garba (2025
28Ce vide réglementaire dans les Facultés, les Instituts et l’ENS sur l’utilisation de l’électricité est sans doute un facteur qui encourage le gaspillage. La gestion des salles est soumise à l’humeur et au bon sens des administrateurs qui peuvent ordonner d’éteindre les ampoules et les climatiseurs lorsque les salles de cours ne sont pas utilisées. Pourtant, dans certaines écoles publiques de la place comme l’Ecole Nationale de la Protection Civile, il y a bien des messages qui invitent les étudiants et les occupants d’une salle à éteindre tout à la fin de chaque activité pour limiter le gaspillage, qu’en-est-il de l’UAM ?
L’absence d’outils de communication et de sensibilisation sur le gaspillage à l’UAM : un vide qui coûte cher
29L’UAM manque d’outils de communication et de sensibilisation sur la gestion de l’électricité, ce qui contribue à des usages inappropriés de l’énergie. La figure n°4 montre que l’écrasante majorité des EC/C (90,2%) ont affirmé n’avoir jamais été invités à une campagne de formation, d’information et de sensibilisation sur la gestion de l’électricité à l’UAM. Pourtant plusieurs activités de sensibilisation sont organisées par des Associations tout azimut sur des questions multiples mais pas sur les enjeux et les dangers du gaspillage qui privent l’Etat de ressources qui pourraient servir à l’amélioration des conditions de vie et de travail sur le domaine universitaire. Il en est de même pour les PAT qui sont chargés de gérer les salles de cours et les bâtiments administratifs qui méritent d’être mis au même niveau de formation et d’information sur le civisme sur le domaine universitaire.
30Figure n°4 : Sensibilisation des EC/C sur le gaspillage de l’électricité

Oumarou Garba (2025)
Discussion
31L’énergie électrique est aujourd’hui incontournable pour le développement social, économique, politique et spatial des villes. Pour les Universités sahéliennes comme l’UAM, ce rôle n’est plus à démontrer et le gaspillage conduisant à des fortes consommations d’électricité n’a pas sa place. Ainsi l’un des facteurs expliquant le gaspillage constaté à l’UAM demeure le comportement des usagers. En effet, 32 % des personnes interrogées déclarent ne pas éteindre les lumières et les appareils lorsqu’elles se déplacent hors du site, de ce fait, les bureaux restent fermés pendant plusieurs heures avec la climatisation en marche. Ces résultats rejoignent les travaux de Shove (2010) et de Darby (2006) qui montrent que la consommation d’énergie électrique ne dépend pas uniquement des équipements ou des infrastructures, mais également des pratiques sociales et des habitudes des usagers. La consommation d’énergie à des heures d’inoccupations a pour conséquence directe une hausse des factures d’électricité de l’Administration de façon générale. Ce constat a été fait en Côte-d’Ivoire où un diagnostic fait par l’Etat a révélé que 25 % de l'énergie consommée l'est pendant les heures d'inoccupation en 2024 (Koaci, 2024). En termes financiers, c’est un manque à gagner de 11 milliards que l’Etat aurait pu économiser s’il y avait eu une consommation responsable de l’électricité dans les bâtiments publics.
32Par ailleurs, les insuffisances relevées en matière d’une gestion rationnelle de l’électricité à l’UAM sont également significatives. Celles-ci se traduisent notamment par l’absence de campagnes de formation, d’information et de sensibilisation sur la consommation de l’électricité comme l’ont confirmé 90,2 % des EC/C. À cela s’ajoutent l’inadéquation des équipements énergétiques et des systèmes électriques vétustes dans certaines entités comme en témoignent certains propos recueillis auprès des acteurs : « l’achat de nos équipements ne répond pas à la nécessité de privilégier des appareils économes en énergie ; l’essentiel reste la disponibilité de l’électricité, quel que soit le niveau de consommation » ou encore « le schéma électrique de l’UAM et ses infrastructures nécessitent une rénovation pour améliorer leur efficacité énergétique ». Ces constats corroborent les analyses de plusieurs organisations internationales, notamment l’Agence Internationale de l’Energie (AIE, 2014) et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE, 2015) qui soulignent que les bâtiments publics sont souvent caractérisés par une absence de stratégie énergétique, un manque de suivi des consommations et une faible intégration des principes d’efficacité énergétique. Un autre aspect aussi à prendre en compte est la source d’approvisionnement en électricité de l’UAM qui repose essentiellement sur le réseau électrique de la NIGELEC. Les quelques initiatives en matière d’énergies renouvelables, notamment le solaire, sont limitées à des usages expérimentaux au sein de la FAST ainsi qu’à l’alimentation de certains équipements tels que les serveurs du réseau internet (Wi-Fi) ou les forages. Cette faible diversification des sources d’approvisionnement énergétique reflète une réalité observée à l’échelle de l’Afrique subsaharienne. Selon l’AIE (2019) et l’Agence Internationale pour les Energies Renouvelables (IRENA, 2016), de nombreux pays de la région sont fortement dépendants des sources d’énergie fossiles, malgré un potentiel important en énergies renouvelables, notamment solaire.
33Les résultats relatifs à l’absence de cadre réglementaire interne notamment l’inexistence de textes réglementaires et de dispositifs de gestion formalisés, confirmée par 95 % des étudiants ainsi que par les autorités académiques mettent en évidence le rôle crucial des politiques institutionnelles dans la performance énergétique. Les travaux de la Banque Mondiale (BM, 2018) soulignent à cet égard que la mise en place de cadres réglementaires clairs et de mécanismes de gouvernance adaptés est indispensable pour favoriser l’efficacité énergétique et encourager les investissements. Le projet ADD par ses actions rejoint celles de certaines Universités Occidentales comme Marseille Aix pour la mise en place d’une démarche développement durable. Cette approche est la passerelle, au-delà de l’électricité, pour aboutir à mettre le développement durable comme une des réponses aux défis des Universités tout comme le fait ADD de l’UAM. Cette approche a été présentée pour le cas des Universités françaises par Domeizeil et Donneaux (2000), Petitjean et al (2021) et Beigbeder (2022).
Conclusion
34La gestion rationnelle de l’énergie électrique dans les services publics constitue un véritable défi pour les gouvernants aussi bien dans les pays industrialisés que dans les pays en développement. A l’échelle du Niger et précisément à l’UAM, ce défi est amplifié par la croissance exponentielle de l’effectif des étudiants ces dernières années nécessitant une occupation permanente des salles de cours. Seulement, en tant qu’Institution de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, l’UAM constitue un foyer de diffusion des bonnes pratiques en matière de gestion et d’utilisation d’un service essentiel qu’est l’électricité. Cependant, elle n’échappe pas manque du manque de rationalisation de la consommation de l’énergie électrique accentué par les « niches de gaspillage ». Cette recherche-action entreprise par ADD sous la conduite des autorités rectorales apparait comme la première étape pour la sobriété dans la consommation de l’électricité pour diminuer les factures de l’Etat comme en Europe, au Sénégal et en Cote d’Ivoire.
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Université Abdou Moumouni. Plan Stratégique de Communication, 2024-2027, UAM, 2024, 49 p.
YOUNSA HAROUNA Hassane. Les services d’eau face aux défis urbains sahéliens : insécurité hydrique et initiatives pour l’accès à l’eau dans les quartiers périphériques de Niamey (Niger). Université Bordeaux Montaigne ; Université Abdou Moumouni (Niger) ED 480, École Doctorale Montaigne-Humanités, UMR 5319 Passages-CNRS Thèse de doctorat en Aménagement de l’Espace et Urbanisme. 315 p.
Notes
1 Il convient de noter que la fourniture de l’électricité s’est améliorée cette année (2026) avec moins de coupure comme les années antérieures. Ceci est lié à une hausse de la production permettant couvrir les besoins des Régions du fleuve selon un responsable de la NIGELEC lors d’une conférence sur l’indépendance énergétique (électrique) dans les pays pays de l’Alliance des Etats du Sahel à Niamey le 31 août 2024.
2 La centrale de Gorou Banda inaugurée le 02 avril 2017 avec une capacité de 80 Mw produit actuellement 100 Mw grâce à un cinquième groupe installé avec une capacité de 20 Mw et 55 776 panneaux solaires produisant 30 Mw. Ce renforcement de capacités est intervenu après les événements du 26 juillet 2023 où le Niger était déconnecté de la ligne du Nigeria suite aux sanctions de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
3 L’UAM compte en 2024, 405 ECC et 504 PAT
Pour citer ce document
Quelques mots à propos de : Hasssane YOUNSA HAROUNA
Chargé de Recherches
Département de Géographie et Aménagement de l’Espace (GAME)
Institut de Recherches en Sciences Humaines (IRSH)
Université Abdou Moumouni (Niger)
Laboratoire Ville Environnement Sociétés (VESO)
Quelques mots à propos de : Harouna OUMAROU GARBA
Doctorant en Géographie
Laboratoire Ville Environnement Sociétés (VESO)
Université Abdou Moumouni (Niger)