Migrer, s’ancrer, appartenir : les Zerma dans le centre-ouest ivoirien https://www.mukarasani.com:443/mukarasani/index.php?id=1063 À partir de l’étude de trajectoires migratoires zerma depuis le Zermaganda (Niger colonial) vers le centre-ouest de la Côte d’Ivoire, cet article interroge les modalités d’installation et les recompositions identitaires de migrants sahéliens sur la longue durée, entre 1930 et 2010. Loin d’une migration conjoncturelle, il s’agit d’un mouvement structuré par des logiques sociales anciennes, nourries par les vulnérabilités structurelles du Niger central (insécurité alimentaire, fiscalité coloniale, sécheresse) mais aussi par des aspirations familiales à la mobilité et à l’amélioration des conditions de vie. À travers le cas emblématique des familles Maïga, l’article retrace les étapes d’un enracinement progressif en territoire forestier ivoirien. Dans un contexte d’absence de politique d’encadrement officiel des migrations, l’installation des Zerma repose sur des stratégies d’intégration informelle : choix des espaces d’implantation (Dokia, Oumé, Hiré-Watta), arrangements fonciers avec les autorités coutumières, alliances matrimoniales interethniques, et insertion dans les économies agricoles locales. Ces processus ont permis une relative reconnaissance sociale sans effacement des identités d’origine. Enfin, l’article met en lumière les recompositions identitaires qui émergent sur plusieurs générations. L’usage des langues locales (baoulé, gouro, dida et maliké ), la cohabitation religieuse autour d’un islam évolutif et l’émergence de familles métissées traduisent un ancrage territorial durable. Parallèlement, la mémoire sahélienne continue d’informer les appartenances et les récits de soi, en particulier chez la deuxième génération, tiraillée entre enracinement local et attachement symbolique au pays d’origine. Ces trajectoires montrent comment se fabrique, dans les marges rurales, une identité « locale étrangère » qui interroge les catégories classiques du national et du migrant. This article explores the long-term migratory trajectories of Zerma populations from the Zermaganda region (colonial Niger) to south-central Côte d’Ivoire between 1930 and 2010. Far from being a temporary or crisis-driven movement, this migration reflects deeply rooted social logics shaped by structural vulnerabilities in the Sahel (food insecurity, colonial taxation, drought), as well as aspirations for mobility and improved living conditions. Focusing on the emblematic case of the Maïga family, the study retraces the steps of a progressive settlement in the Ivorian forest regions. In the absence of formal state regulation, settlement was based on informal integration strategies: selective rural implantation (Dokia, Oumé, Hiré-Watta), customary land negotiations, interethnic marriage alliances, and gradual insertion into local agricultural economies. These processes enabled the migrants to gain social recognition while maintaining distinct cultural identities Dossier N°42-Dec 2025 N°42-Spécial fr mar., 24 févr. 2026 16:58:37 +0100 mar., 24 févr. 2026 16:58:37 +0100 https://www.mukarasani.com:443/mukarasani/index.php?id=1063 0